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	<title>Penser le ventre plein &#187; politique</title>
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	<description>Parce que Bourdieu mangeait aussi...</description>
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		<title>La fin des bigorneaux</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Nov 2012 19:25:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kim Raymond</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Si, comme moi, vous avez un cœur (et je vous soupçonne fortement d&#8217;en avoir un, en tout cas, c&#8217;est mieux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://voir.ca/kim-raymond/files/2012/11/Fishdontvote.png" ><img class="aligncenter size-full wp-image-25" src="http://voir.ca/kim-raymond/files/2012/11/Fishdontvote.png" alt="" width="351" height="465" /></a></p>
<p>Si, comme moi, vous avez un cœur (et je vous soupçonne fortement d&#8217;en avoir un, en tout cas, c&#8217;est mieux pour vous, pour toutes sortes de raisons), des documentaires comme <a href="http://www.thecovemovie.com/"  target="_blank">The Cove</a> ou <a href="http://www.sharkwater.com/"  target="_blank">Sharkwater</a> ont probablement éveillé en vous une sorte de sentiment de rage ou d’écœurement devant l&#8217;absence de volonté politique internationale à l&#8217;égard de la protection de la faune maritime. La chasse aux dauphins et aux requins, animaux souvent tués en pure perte et dans le mépris de la loi, a de quoi émouvoir, surtout lorsque l&#8217;on sait que leur viande ne sera finalement consommée que par une fraction de la population des pays qui pratiquent ces pêcheries, produits de grand luxe obligent.</p>
<p>Vous pensez que c&#8217;est mieux au Canada? Pas du tout. La pratique de la pêche commerciale dans les eaux territoriales canadiennes, dont les règles ont encore été assouplies l&#8217;an dernier dans le cadre du bill omnibus 35, n&#8217;a pas de quoi nous rendre fiers d&#8217;être canadiens (une autre raison à ajouter sur votre liste). Alors que le pays persiste à se présenter comme un leader en matière de gestion des eaux territoriales, la réalité est que le Canada est à la traîne, et qu&#8217;il refuse de mettre en place les stratégies nécessaires à la protection du patrimoine marin, et ce, malgré <a href="http://rsc-src.ca/sites/default/files/pdf/Rapport%20en%20bref.%20RSC_MBD_1_3_25_Twenty-Five_FR_FORMAT.pdf"  target="_blank">un rapport de la Société Royale du Canada</a> mentionnant que la poursuite d&#8217;une surpêche quasi-anarchique &laquo;&nbsp;aura des conséquences graves pour la sécurité alimentaire et le bien-être socio-économique des collectivités côtières.&nbsp;&raquo;</p>
<p>C&#8217;est le genre de nouvelle qui, pour une Gaspésienne comme moi, élevée aux fruits de mer et aux poissons comme les enfants de la ville sont élevés au pablum, a tous les augures d&#8217;une catastrophe. Après vingt ans de moratoire sur la pêche à la morue, la population maritime de cette seule espèce ne s&#8217;est toujours pas reconstituée. À l&#8217;extérieur des cages à homard et des casiers pour le crabe, les méthodes de pêche utilisées par une majorité de pêcheurs contribuent à la dévastation des fonds marins. Après le passage d&#8217;une drague à pétoncles, le fond de l&#8217;eau est vide, et c&#8217;est l&#8217;écosystème au complet qui devient une prise &laquo;&nbsp;accessoire&nbsp;&raquo; (accidentelle, si vous préférez). Sans cesse raclés et balayés, les milieux vivants finissent par connaître des transformations irrémédiables et irréversibles. À ce jour, l&#8217;huître d&#8217;élevage est probablement la seule espèce &laquo;&nbsp;pêchée&nbsp;&raquo; au Canada qui peut être consommée l&#8217;esprit tranquille, dans le respect de tous vos principes alimentaires et éthiques (enfin, si vous en avez).</p>
<p>Les scientifiques de Pêches et Océans Canada ont assurément toutes les connaissances nécessaires pour mettre en place un plan de survie pour nos fonds marins. L&#8217;établissement de cibles de référence pour déterminer à partir de quel moment une espèce est surpêchée et de plans pour favoriser le rétablissement de celles dont la population a diminué de façon importante ferait déjà beaucoup. Mais le gouvernement préfère plutôt couper dans les budgets de recherche de l&#8217;organisme chargé de veiller au grain, continuant de se fier à la Loi sur les pêches de 1868 (1868!) pour effectuer la gestion délicate de cette industrie en crise. Malgré les recommandations de la Société royale du Canada, le gouvernement Harper préfère continuer de chercher à faire croître l&#8217;industrie de la pêche, en dépit des conséquences graves qui nous pendent au bout du nez. Et la législation souple et obsolète qui est actuellement en vigueur a de quoi réjouir l&#8217;industrie pétrolière, qui pourra continuer d&#8217;aller de l&#8217;avant avec la recherche et l&#8217;exploitation de nouveaux gisements pétroliers.</p>
<p>Le sujet vous intéresse ? Visionnez l&#8217;<a href="http://www.radio-canada.ca/emissions/enquete/2012-2013/#"  target="_blank">excellent reportage de Josée Dupuis</a> diffusé dans le cadre de l&#8217;émission Enquête du 8 novembre dernier.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Se vomir dans la bouche</title>
		<link>http://voir.ca/kim-raymond/2012/10/24/se-vomir-dans-la-bouche/</link>
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		<pubDate>Wed, 24 Oct 2012 15:44:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kim Raymond</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ça m&#8217;est arrivé hier soir. Pas littéralement, bien sûr, mais l&#8217;arrière-goût fielleux de la bile colérique qui m&#8217;a envahie hier [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter" src="http://montequin.files.wordpress.com/2011/03/saturno-devorando-a-su-hijo-de-goya.jpg" alt="" width="313" height="480" /></p>
<p>Ça m&#8217;est arrivé hier soir. Pas littéralement, bien sûr, mais l&#8217;arrière-goût fielleux de la bile colérique qui m&#8217;a envahie hier est probablement ce qui se rapproche le plus de cet heureux évènement. Et comme je suis une personne particulièrement peu colérique de nature, ça en prend beaucoup pour me faire éprouver ce genre de sentiment. Qu&#8217;est-ce qui s&#8217;est passé hier soir, donc, pour me sortir de mon habituelle apathie caractérielle? Rien. Rien de plus, en tout cas, que <a href="http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2012/10/23/004-conservateur-medailles-antiavortement.shtml"  target="_blank">l&#8217;attribution de deux Médailles du jubilé de diamant à des militantes pro-vies</a>, criminelles de surcroît.</p>
<p>Déjà, j&#8217;en aurais long à dire sur la mascarade que représentent les Médailles du jubilé de diamant. Créées cette année pour célébrer le 60ième anniversaire de règne de la reine Élizabeth II, ces médailles sont une façon pour le Canada, selon le site du Gouverneur-général du Canada, &laquo;&nbsp;de rendre hommage de façon tangible à Sa Majesté pour son dévouement envers notre pays&nbsp;&raquo;. <em>No shit</em> ! Je suis pas mal certaine que vous ne voulez pas que je vous explique en détails pourquoi je pense que rendre hommage au dévouement de la reine pour le Canada est quelque chose comme un acte de soumission désolante à une institution désuette (et là, je ne parle même pas des mains sales de la famille Windsor, juste du fait, disons, que le Canada n&#8217;est plus un dominion de l&#8217;Angleterre depuis 1949 et qu&#8217;il serait temps qu&#8217;on s&#8217;en rende compte, mettons), alors je vais passer sur ce point, mais si quelqu&#8217;un a le temps de m&#8217;expliquer comment se manifeste le dévouement de la reine à l&#8217;égard de notre patrie, j&#8217;haïrais pas ça. <em>Anyway</em>, toujours est-il que cette médaille, sous la houlette de la Chancellerie des distinctions honorifiques, sera remise à 60 000 Canadiens cette année pour illustrer leur contribution à la communauté.</p>
<p>60 000 Canadiens, ça fait beaucoup de monde à honorer, donc une façon facile d&#8217;atteindre ce nombre est de donner à des gens importants un certains nombres de médailles à remettre de façon discrétionnaire, sans les obliger à justifier leurs choix, ni même à rendre publique la liste des gens qu&#8217;ils auront honorés. C&#8217;est comme ça que tous les députés du parlement canadien se sont retrouvés avec 30 médailles à distribuer et aucun compte à rendre en contrepartie, et qu&#8217;un député conservateur a décidé d&#8217;honorer Linda Gibbons et Mary Wagner, notamment parce qu&#8217;il considère que ces femmes sont &laquo;&nbsp;des héroïnes de l&#8217;humanité&nbsp;&raquo; et qu&#8217;elles ont eu façon exemplaire d&#8217;exemplaire d&#8217;utiliser la désobéissance civile à des fins justes.</p>
<p><em>For the record</em>, les faits d&#8217;armes de Mesdames Gibbons et Wagner incluent le vandalisme, le harcèlement de femmes à l&#8217;intérieur de cliniques d&#8217;avortement et la violation à répétition de leurs conditions de remise en liberté. Tout ça pour quoi ? Pour le respect de la vie humaine. Quelque chose du genre.</p>
<p>Là, je ne m&#8217;attarderai même pas sur le délire des porte-paroles d&#8217;organisations pro-vie qui pensent vraiment que Gibbons et Wagner font de la désobéissance civile pour vrai, qu&#8217;elles vont en prison de façon volontaire et qu&#8217;elles renient leurs libertés pour l&#8217;avancement de leur cause (faites-vous plaisir et achetez une copie usagée de <em>On civil disobedience</em> dans n&#8217;importe quelle bouquinerie, c&#8217;est très utile pour contrecarrer ce genre d&#8217;argumentaire dans une discussion houleuse), je vais juste&#8230; me poser des questions. Par exemple, je vais me demander s&#8217;il y a beaucoup d&#8217;autres distinctions honorifiques canadiennes qui récompensent des gens avec des casiers judiciaires impressionnants. Ou si les conditions d&#8217;attribution des Médailles du jubilé de diamant étaient suffisamment strictes. Ou si les députés possèdent tous les outils nécessaires, en plus du jugement qu&#8217;il faut, mettons, pour attribuer ce genre de distinction. Et je pense que dans tous les cas, c&#8217;est non. Mais ce n&#8217;est pas vraiment ça qui compte.</p>
<p>Comprenez-moi bien. Je ne sais même pas si moi, en tant qu&#8217;individu, pour moi-même, je suis pour ou contre l&#8217;avortement. Je ne sais pas trop ce que je pense du développement de la vie humaine ni à partir de quand je pense qu&#8217;un fœtus est un être humain, et tout et tout. En fait, je le sais probablement, mais je n&#8217;ai pas nécessairement envie de m&#8217;étendre sur le sujet. Je sais, par contre, que ce que j&#8217;en pense en tant que personne, pour mon bien personnel, n&#8217;a pas grand chose à voir dans le concept qui a présidé à la légalisation de l&#8217;avortement pour toutes au Canada, c&#8217;est-à-dire la liberté pour les femmes de disposer de leur corps. Leur droit à mener une vie normale, malgré certaines situations délicates. Le fait que la femme soit souveraine de sa personne au même titre que l&#8217;autre moitié des individus du pays. Je ne parle pas d&#8217;évènements traumatisants, de conditions socio-économiques, de milieu familial, juste de principes. Et je crois en ces principes, peu importe ce que je pense dans le détail de toutes les implications du droit à l&#8217;avortement.</p>
<p>Je pense qu&#8217;une société qui évolue sur de bonnes bases (de bons principes, finalement) a toutes les chances d&#8217;évoluer dans le bon sens et de permettre à ses citoyens d&#8217;avoir une société plus juste, plus compréhensive et plus démocratique (je sais, je suis pleine de naïveté). Je pense que ces principes là doivent prévaloir sur pas mal d&#8217;affaires, incluant mes convictions personnelles, et encore plus les croyances arbitraires et dogmatiques d&#8217;une partie de la population. Tout ça pour dire qu&#8217;il n&#8217;y a à peu près rien au monde qui me ferait remettre en question un principe qui veille au bien du plus grand nombre.</p>
<p>Or, j&#8217;ai l&#8217;impression qu&#8217;en attribuant les Médailles du jubilé de diamant à des femmes qui vont exactement dans le sens contraire du monde et des principes qu&#8217;on a adopté en tant que société, on recule au lieu d&#8217;avancer. J&#8217;ai l&#8217;impression qu&#8217;en attribuant une distinction honorifique octroyée par la plus haute instance de pouvoir au Canada (sans même tenir compte de tout ce que je pense de mal du cabinet du Gouverneur-général), on envoie un message tordu au monde, quelque chose comme, au Canada, on accepte de remettre en question le droit des femmes à disposer de leur vie. Même si c&#8217;est la chose la plus élémentaire qui soit.  Et cette histoire m&#8217;a rendue vraiment de mauvaise humeur.</p>
<p>Je me suis vomi dans la bouche.</p>
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		<title>Féminisme et schizophrénie</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Jun 2012 13:59:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kim Raymond</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une des questions que les gens me posent le plus souvent, quand je glisse, quelque part dans une conversation, le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Une des questions que les gens me posent le plus souvent, quand je glisse, quelque part dans une conversation, le fait que j&#8217;ai passé les trois dernières années de ma vie à étudier l&#8217;oeuvre de Simone de Beauvoir et à écrire quelque cent cinquante pages sur le sujet, c&#8217;est généralement: &laquo;&nbsp;Ah, ouin, mais tu dois être féministe toi, non ?&nbsp;&raquo;. C&#8217;est une question qui a cessé de me déstabiliser, même si j&#8217;ai passé quelque temps à grimper dans les rideaux chaque fois que quelqu&#8217;un suggérait que Beauvoir était une auteure féministe. Ce n&#8217;est pas exact, et il y a un petit quelque chose d&#8217;obsessif en moi qui n&#8217;aime pas l&#8217;inexactitude des choses. Évidemment, la confusion me semble normale: c&#8217;est vrai que Beauvoir a écrit un des livres fondateurs du féminisme de la deuxième vague, mais elle l&#8217;a fait à une époque où le mouvement féministe était en latence, et elle n&#8217;a pas vraiment épousé la cause des femmes au moment où elle a publié <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Deuxi%C3%A8me_Sexe"  target="_blank">Le Deuxième Sexe</a>. Elle s&#8217;est cependant jointe au MLF dans les années 70, et elle a milité à ses côtés jusqu&#8217;à sa mort en 1986. Ce qui est exact, donc, c&#8217;est de dire que Beauvoir était une auteure formidable et accomplie, passionnée par d&#8217;innombrables sujets politiques et culturels, dont la condition des femmes, et qu&#8217;elle a d&#8217;ailleurs milité avec le MLF lors de l&#8217;émergence du féminisme de la deuxième vague. Une fois la vérité rétablie, je me sens plus à l&#8217;aise d&#8217;expliquer que ce qui me fascinait dans l&#8217;oeuvre de Beauvoir, c&#8217;est avant tout son rapport à l&#8217;intime et son engagement intellectuel, et que le féminisme de Beauvoir n&#8217;est pas particulièrement intéressant à mes yeux. Comme les gens ont parfois le don de manquer d&#8217;originalité, cette dernière affirmation les déstabilise un peu, mais peut-être pas autant que quand je finis par leur répondre que le féminisme, moi, non, pas vraiment.</p>
<p>Mon rapport avec le féminisme est particulier et très certainement tordu. Je le connais bien pour l&#8217;avoir étudié sous toutes ses coutures. J&#8217;ai lu <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Kate_Millet"  target="_blank">Kate Millett</a>, <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Betty_Friedan"  target="_blank">Betty Friedan</a> et <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Judith_Butler"  target="_blank">Judith Butler</a>. J&#8217;ai essayé de les comprendre et presque chaque auteure féministe qu&#8217;il m&#8217;a été donné de lire me semble avoir des points de vue intéressants sur la condition des femmes. Il y a assurément certaines luttes féministes pour lesquelles j&#8217;ai une admiration féroce. Par exemple, le mouvement par lequel a culminé le féminisme de la première vague, les Sufragettes, est pour moi l&#8217;un des plus beaux exemples de luttes sociales contemporaines, aux côtés du mouvement pour les droits civiques des Noirs dans les années soixante. J&#8217;ai un petit côté romantique, et la quête de libertés civiles, moi, je trouve ça beau et poétique. Mais il y a beaucoup de postulats du féminisme auxquels je n&#8217;adhère pas non plus. Les deux grandes conclusions du Deuxième Sexe par exemple, qui supposent qu&#8217;une femme ne peut être libre que si elle est indépendante financièrement et libre des devoirs liés à la maternité, me semblent fortement éculées. <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Intercourse_%28book%29"  target="_blank">Les écrits de Andrea Dworkin me terrorisent</a> tout autant que les <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Lesbian_sex_wars"  target="_blank">Feminist Sex Wars</a> qui s&#8217;ensuivirent. En bref, je ne suis ni proche, ni éloignée du féminisme, mais je suis assurément fascinée par celui-ci.</p>
<p>À l&#8217;opposé de ma neutralité envers le féminisme, j&#8217;ai un respect immense et presque fanatique pour la liberté de choix de tout un chacun. Je ne crois pas à l&#8217;existence des fameux &laquo;&nbsp;diktats&nbsp;&raquo; de la mode, même si j&#8217;adore les robes vintage de Pin Up Couture, les souliers avec des talons beaucoup trop hauts pour pouvoir faire autre chose qu&#8217;être debout et sourire quand on les a aux pieds et que mes couleurs préférées sont des teintes de vernis à ongles. Je me fais un devoir de rappeler à l&#8217;ordre n&#8217;importe laquelle de mes connaissances qui ose commencer une phrase par <em>le regard des autres çi&#8230;</em> et le <em>tout le monde ça&#8230;</em> Je ne supporte pas l&#8217;idée que des gens aient l&#8217;impression d&#8217;obéir à une sorte d&#8217;ordre social plus grand qu&#8217;eux qui dictent leurs conduites ou leur idéal alors qu&#8217;ils ont le pouvoir de choisir de faire ce qu&#8217;ils veulent. Je suis plutôt du côté de la rationalité et de la pragmatique. Donc, l&#8217;existence même d&#8217;une <a href="http://www.canalvie.com/journee-sans-maquillage/"  target="_blank">Journée sans maquillage</a>, telle que celle parrainée par Canal Vie, me semble ridicule. <a href="http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/hugo-dumas/201205/31/01-4530276-sans-mascara-ca-fera.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&amp;utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4530783_article_POS1"  target="_blank">Je suis assez d&#8217;accord avec Hugo Dumas</a> quand il qualifie de quelque peu schizophrénique le fait que les médias qui normalement vantent les mérites des produits de beauté profitent de cette initiative pour faire le contraire de ce qu&#8217;ils font d&#8217;habitude. Je pense qu&#8217;ici, schizophrénique peut être vu comme un euphémisme pour le mot hypocrisie, qui est le premier qui m&#8217;est venu en tête. Vraiment, je pense qu&#8217;il y a quelque chose d&#8217;obscène dans le fait que plein de femmes se démaquillent en public comme s&#8217;il s&#8217;agissait là d&#8217;un exploit, et qu&#8217;on vient ensuite dire aux femmes qu&#8217;elles doivent se sentir belles au naturel. On assiste là, à mon avis, à la plus belle dérive du féminisme des années 2000. Exit le Girl Power ! Ce qu&#8217;on veut, maintenant, c&#8217;est la liberté d&#8217;être ce que nous sommes !</p>
<p>Euh, attendez&#8230; la liberté d&#8217;être ? Mais on l&#8217;a. On l&#8217;a toujours eu. On a toujours le choix de faire ou ne pas faire quelque chose, et on a encore plus le choix de se soucier ou non de ce qu&#8217;en penseront les gens qui nous côtoient au quotidien. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la peur du regard de l&#8217;autre qui est le véritable problème des femmes, et pas le maquillage. C&#8217;est plutôt en glorifiant le courage que vous avez de montrer votre visage démaquillé que vous faites naître l&#8217;impression que le maquillage est une norme sociale. C&#8217;est en faisant tout un raffut pour montrer qu&#8217;il est possible de faire ses activités quotidiennes au naturel que vous laissez entendre que c&#8217;est normalement impossible. Bref: c&#8217;est l&#8217;existence même de la Journée sans maquillage qui laisse croire que le maquillage est en fait une norme, une forme d&#8217;oppression de la femme. Et honnêtement, je suis vraiment contre l&#8217;idée qu&#8217;on fasse croire à des femmes, jeunes ou non, que le démaquillage est un fait d&#8217;armes. C&#8217;est, à mon avis, la meilleure façon de faire germer l&#8217;idée que le maquillage est un devoir. J&#8217;en reviens à ma sacro-sainte liberté de choix: tu aimes te maquiller, tu te trouves belle quand tu l&#8217;es ? Maquille-toi. Tu aimes être au naturel, et tu trouves que cela te va bien ? Ne te maquille pas. Simple comme un et deux font trois.</p>
<p>Reste donc la peur du regard de l&#8217;autre. Elle est manifeste, et pas seulement pour les femmes. Et c&#8217;est normal. Même moi qui déteste me conformer au regard des autres, il m&#8217;arrive de me sentir jugée et d&#8217;en souffrir. Entre femmes, le jugement peut parfois être sévère et pernicieux. Récemment, quelqu&#8217;un a mis un de mes mouvements d&#8217;humeur, pourtant légitime, sur le compte d&#8217;un potentiel SPM. Cette remarque, qui n&#8217;aurait pas été très bien accueillie de la part d&#8217;un homme, m&#8217;a tout simplement sidérée de la part d&#8217;une femme. Vraiment ? Une femme en proie à une déception et à un agacement ne peut qu&#8217;être une femme dont la conduite est régie par ses hormones ? Ce genre de jugement, peu importe de qui il émane, est déplorable.</p>
<p>Déplorable, certes. Mais pas autant que la remarque de Christine St-Pierre, ministre québécoise de la condition féminine, dans le documentaire <a href="http://www.canalvie.com/emissions/demasquees-les-beautes/"  target="_blank">Démasquées&#8230; les beautés!</a>, qui lancera les activités de la Journée sans maquillage sur Canal Vie. L&#8217;Honorable Christine St-Pierre, donc, nous dit: &laquo;&nbsp;Moi, si je vois une femme qui n&#8217;est pas maquillée, ça me dérange. Des fois, je vais même me passer la réflexion: vraiment, elle pourrait se mettre un peu de rouge à lèvres. C&#8217;est comme s&#8217;il manquait quelque chose. Je sais que c&#8217;est terrible ce que je dis là, parce que je suis ministre de la Condition féminine.&nbsp;&raquo; Je relis la citation, et je ne peux m&#8217;empêcher de pousser un soupir d&#8217;incrédulité. Je ne suis pas féministe, certes, mais on n&#8217;a pas mieux pour représenter la condition des femmes au Québec ? Quelqu&#8217;un qui pourrait au moins supporter de voir ses consoeurs féminines s&#8217;assumer comme elles sont ? Une amie, confrontée à cette brillante remarque de la Ministre, a fait la réflexion suivante: &laquo;&nbsp;Quand tu pars pour finir une phrase en disant que c&#8217;est terrible de dire une telle chose compte tenu de ta position, c&#8217;est un méchant bon indice que tu devrais te la fermer.&nbsp;&raquo;</p>
<p>Sais-tu Jacynthe, je suis on ne peut plus d&#8217;accord avec toi.</p>
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