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	<title>Penser le ventre plein &#187; Gastronomie</title>
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	<description>Parce que Bourdieu mangeait aussi...</description>
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		<title>Une année sans gaspillage?</title>
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		<pubDate>Thu, 03 Jan 2013 02:54:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kim Raymond</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gastronomie]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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		<description><![CDATA[C&#8217;est peut-être la tendance alimentaire la plus importante de l&#8217;année 2013: après avoir redécouvert le plaisir de transformer des aliments [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter" src="http://1.bp.blogspot.com/-Sf0p7bunH-c/T0fPcvlUNsI/AAAAAAAAAfQ/fSbe_vUc5pA/s1600/13368_love_food_hate_waste.jpg" alt="" width="437" height="394" /></p>
<p>C&#8217;est peut-être la tendance alimentaire la plus importante de l&#8217;année 2013: après avoir redécouvert le plaisir de transformer des aliments qu&#8217;ils ont ensemencés puis bichonnés, et caressé le rêve d&#8217;élever des poules pour avoir des œufs frais sous la main en tout temps, les foodies consciencieux seront invités à mettre en pratique les 3R de l&#8217;écologie à l&#8217;intérieur même de leur assiette. Fini le grand dilemme entre le local et le bio: il faut maintenant sauver les aliments de la poubelle!</p>
<p>Et ce n&#8217;est pas une mauvaise chose: selon <a target="_blank" href="http://www.fao.org/docrep/014/mb060e/mb060e00.pdf" >un rapport produit en 2011</a> par le Food and Agriculture Organization of the United Nation, c&#8217;est une quantité astronomique équivalant à 295 kg de nourriture par personne qui est perdue ou jetée chaque année en Amérique du Nord, et plus du tiers de cette quantité est gaspillée directement par le consommateur. Aux États-Unis seulement, c&#8217;est <a target="_blank" href="http://www.lemonde.fr/planete/article/2009/12/11/nourriture-jetee-recoltes-perdues-enquete-sur-le-grand-gachis-alimentaire_1279206_3244.html" >environ 40 % de la nourriture disponible qui aboutit à la décharge,</a> un triste record à l&#8217;échelle mondiale.</p>
<p>La partie la plus importante du gaspillage provient de l&#8217;industrie de la transformation. Alors même qu&#8217;ils viennent juste d&#8217;être récoltés, certains légumes sont déclassés ou jetés simplement parce qu&#8217;ils sont esthétiquement moins agréables à l’œil. Tant pis pour les carottes bipèdes et les tomates hydrocéphales parfaitement propres à la consommation: les acheteurs lèvent le nez sur les légumes mutants même s&#8217;ils sont tout aussi délicieux que leurs congénères normaux. Même chose pour les produits périssables, qui sont souvent jetés par les épiciers avant même d&#8217;avoir perdu leur première fraîcheur, à cause de la date d&#8217;expiration qui est perçue par les consommateurs comme un interrupteur qui modifie du jour au lendemain la qualité de l&#8217;aliment. Or, si le produit est pour être consommé ou transformé rapidement, il n&#8217;y a aucune raison de le gaspiller.</p>
<p>Il y a certainement une partie de cette nourriture jetée qui peut se retrouver ailleurs qu&#8217;à la poubelle. Connaître les rudiments de la cuisine peut aider à transformer un légume flétri en une base de saveur pour une sauce ou un potage. Surmonter son dédain pour les aliments qui ne sont pas au sommet de leur forme est aussi une étape à franchir. Pourquoi jeter un bloc de fromage au complet quand on peut seulement peler la partie affectée par la moisissure sans craindre lors de la consommation du produit? On n&#8217;hésite pourtant pas à manger des fromages à croûte fleurie!</p>
<p>Manger plus souvent à la maison, cuisiner plus, cuisiner mieux&#8230; Ce sont d&#8217;éternelles résolutions qui devront désormais se doubler du souci d&#8217;exploiter la nourriture au maximum. Sans nécessairement devenir <em>freegan</em> <a target="_blank" href="http://www.lapresse.ca/actualites/201212/27/01-4607108-des-tonnes-de-nourriture-aboutissent-dans-les-poubelles.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&amp;utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4607133_article_POS1" >comme le propose Stéphanie Vallet dans son article sur le glanage de nourriture</a>, une bonne façon de faire sa part commence sans doute par une bonne gestion du réfrigérateur et de son contenu. Cuisiner ce qui a été acheté en trop, récupérer les os, les trognons et les pelures (que ce soit pour concocter un bouillon et une salade de fanes ou pour enrichir votre compost), <a target="_blank" href="http://www.eatingnosetotail.com/" >apprendre à cuisiner avec les parties moins nobles</a>, congeler les restes au lieu de les laisser flétrir au frigo&#8230; Plusieurs petites choses peuvent être faites au quotidien pour assurer la plus longue vie possible aux aliments que vous achetez. Je vous propose ce défi pour l&#8217;année 2013: cuisiner chaque semaine un aliment que vous auriez normalement jeté à la poubelle.</p>
<p>En plus de la planète, c&#8217;est votre portefeuille qui vous remerciera!</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La fin des bigorneaux</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Nov 2012 19:25:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kim Raymond</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gastronomie]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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		<category><![CDATA[économie]]></category>
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		<description><![CDATA[Si, comme moi, vous avez un cœur (et je vous soupçonne fortement d&#8217;en avoir un, en tout cas, c&#8217;est mieux [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://voir.ca/kim-raymond/files/2012/11/Fishdontvote.png" ><img class="aligncenter size-full wp-image-25" src="http://voir.ca/kim-raymond/files/2012/11/Fishdontvote.png" alt="" width="351" height="465" /></a></p>
<p>Si, comme moi, vous avez un cœur (et je vous soupçonne fortement d&#8217;en avoir un, en tout cas, c&#8217;est mieux pour vous, pour toutes sortes de raisons), des documentaires comme <a href="http://www.thecovemovie.com/"  target="_blank">The Cove</a> ou <a href="http://www.sharkwater.com/"  target="_blank">Sharkwater</a> ont probablement éveillé en vous une sorte de sentiment de rage ou d’écœurement devant l&#8217;absence de volonté politique internationale à l&#8217;égard de la protection de la faune maritime. La chasse aux dauphins et aux requins, animaux souvent tués en pure perte et dans le mépris de la loi, a de quoi émouvoir, surtout lorsque l&#8217;on sait que leur viande ne sera finalement consommée que par une fraction de la population des pays qui pratiquent ces pêcheries, produits de grand luxe obligent.</p>
<p>Vous pensez que c&#8217;est mieux au Canada? Pas du tout. La pratique de la pêche commerciale dans les eaux territoriales canadiennes, dont les règles ont encore été assouplies l&#8217;an dernier dans le cadre du bill omnibus 35, n&#8217;a pas de quoi nous rendre fiers d&#8217;être canadiens (une autre raison à ajouter sur votre liste). Alors que le pays persiste à se présenter comme un leader en matière de gestion des eaux territoriales, la réalité est que le Canada est à la traîne, et qu&#8217;il refuse de mettre en place les stratégies nécessaires à la protection du patrimoine marin, et ce, malgré <a href="http://rsc-src.ca/sites/default/files/pdf/Rapport%20en%20bref.%20RSC_MBD_1_3_25_Twenty-Five_FR_FORMAT.pdf"  target="_blank">un rapport de la Société Royale du Canada</a> mentionnant que la poursuite d&#8217;une surpêche quasi-anarchique &laquo;&nbsp;aura des conséquences graves pour la sécurité alimentaire et le bien-être socio-économique des collectivités côtières.&nbsp;&raquo;</p>
<p>C&#8217;est le genre de nouvelle qui, pour une Gaspésienne comme moi, élevée aux fruits de mer et aux poissons comme les enfants de la ville sont élevés au pablum, a tous les augures d&#8217;une catastrophe. Après vingt ans de moratoire sur la pêche à la morue, la population maritime de cette seule espèce ne s&#8217;est toujours pas reconstituée. À l&#8217;extérieur des cages à homard et des casiers pour le crabe, les méthodes de pêche utilisées par une majorité de pêcheurs contribuent à la dévastation des fonds marins. Après le passage d&#8217;une drague à pétoncles, le fond de l&#8217;eau est vide, et c&#8217;est l&#8217;écosystème au complet qui devient une prise &laquo;&nbsp;accessoire&nbsp;&raquo; (accidentelle, si vous préférez). Sans cesse raclés et balayés, les milieux vivants finissent par connaître des transformations irrémédiables et irréversibles. À ce jour, l&#8217;huître d&#8217;élevage est probablement la seule espèce &laquo;&nbsp;pêchée&nbsp;&raquo; au Canada qui peut être consommée l&#8217;esprit tranquille, dans le respect de tous vos principes alimentaires et éthiques (enfin, si vous en avez).</p>
<p>Les scientifiques de Pêches et Océans Canada ont assurément toutes les connaissances nécessaires pour mettre en place un plan de survie pour nos fonds marins. L&#8217;établissement de cibles de référence pour déterminer à partir de quel moment une espèce est surpêchée et de plans pour favoriser le rétablissement de celles dont la population a diminué de façon importante ferait déjà beaucoup. Mais le gouvernement préfère plutôt couper dans les budgets de recherche de l&#8217;organisme chargé de veiller au grain, continuant de se fier à la Loi sur les pêches de 1868 (1868!) pour effectuer la gestion délicate de cette industrie en crise. Malgré les recommandations de la Société royale du Canada, le gouvernement Harper préfère continuer de chercher à faire croître l&#8217;industrie de la pêche, en dépit des conséquences graves qui nous pendent au bout du nez. Et la législation souple et obsolète qui est actuellement en vigueur a de quoi réjouir l&#8217;industrie pétrolière, qui pourra continuer d&#8217;aller de l&#8217;avant avec la recherche et l&#8217;exploitation de nouveaux gisements pétroliers.</p>
<p>Le sujet vous intéresse ? Visionnez l&#8217;<a href="http://www.radio-canada.ca/emissions/enquete/2012-2013/#"  target="_blank">excellent reportage de Josée Dupuis</a> diffusé dans le cadre de l&#8217;émission Enquête du 8 novembre dernier.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Silence, on bouffe !</title>
		<link>http://voir.ca/kim-raymond/2012/08/04/silence-on-bouffe/</link>
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		<pubDate>Sat, 04 Aug 2012 13:45:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kim Raymond</dc:creator>
				<category><![CDATA[Cinéma]]></category>
		<category><![CDATA[Divers]]></category>
		<category><![CDATA[Gastronomie]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
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		<category><![CDATA[identité culturelle]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans le dernier numéro du magazine Lucky Peach*, Elvis Mitchell et Anthony Bourdain s&#8217;interrogent sur le lien qui existe entre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le dernier numéro du magazine <a href="http://www.mcsweeneys.net/luckypeach/"  target="_blank">Lucky Peach</a>*, Elvis Mitchell et Anthony Bourdain s&#8217;interrogent sur le lien qui existe entre la nourriture et le cinéma, ou plus précisément, sur ce que la présence de nourriture à l&#8217;écran peut évoquer ou non dans certains films cultes américains, dont <a href="http://www.imdb.com/title/tt0083833/"  target="_blank">Diner</a> de Barry Levinson. Bouffe et cinéma. Pourquoi personne n&#8217;y a pensé avant ? Les deux sont tellement intéressants d&#8217;un point de vue anthropologique que de les examiner côte à côte, en un même coup d&#8217;oeil, ne peut qu&#8217;offrir un portrait inédit d&#8217;une culture. Évidemment, certains films classiques du répertoire européen, comme <em>La grande bouffe</em> et <em>Babettes gæstebud</em> orbitent autour de la nourriture, mais le premier film qui me vient à l&#8217;esprit quand je pense à la bouffe au cinéma (et il est évidemment mentionné par Mitchell et Bourdain), c&#8217;est <em>Goodfellas</em>. En particulier, la scène où Henry, Pauly et Vinnie se préparent à souper en prison. En plus de l&#8217;abondance de fromages et de saucissons qui ne peut que me donner faim, c&#8217;est le soin maniaque avec lequel le personnage de Paul Sorvino émince l&#8217;ail, au moyen d&#8217;une lame de rasoir, qui me fascine. Cette scène est mythique pour moi, mais pas seulement pour moi: Andrew Carmellini, c&#8217;est-à-dire pas n&#8217;importe lequel des chefs new-yorkais, mentionne souvent, dans les listes d&#8217;ingrédients de son livre <em>Urban Italian</em>, des gousses d&#8217;ail &laquo;&nbsp;sliced Goodfella&#8217;s thin&nbsp;&raquo;. Le pouvoir du le cinéma sur notre imaginaire social.</p>
<p style="text-align: center"><iframe src="http://www.youtube.com/embed/MQhBfRDd6GM" frameborder="0" width="560" height="315"></iframe></p>
<p>Il y aurait de quoi tirer, juste de cette scène et d&#8217;une autre, tout aussi mythique, où Henry, Jimmy et Tommy passent à table en pleine nuit avec la mère de Tommy, alors qu&#8217;ils s&#8217;apprêtent à, disons, sonner le glas de Billy Batts, une véritable analyse sociologique, ne serait-ce que parce que chacune des deux scènes met en vedette l&#8217;un ou l&#8217;autre des parents de Martin Scorcese (Charles, son père, dans le rôle de Vinnie, et Catherine, sa mère, dans le rôle de la mère de Tommy). Nécessairement, le lien entre bouffe, tradition et filiation est ici lourd de sens, mais le but de ce billet n&#8217;est pas nécessairement d&#8217;explorer toutes les scènes de boustifaille dans <em>Goodfellas</em> (sinon, je vous parlerais aussi de la scène où Ray Liotta, complètement high sur la coke et conséquemment paranoïaque, prépare des boulettes de veau pour accueillir son frère de retour de l&#8217;hôpital en écoutant les bruits d&#8217;hélicoptères qui annoncent sa chute), mais plutôt de recentrer l&#8217;objectif. Existe-t-il, dans le cinéma québécois, des scènes également mythiques, où la bouffe est à l&#8217;honneur, et mise en valeur de manière à marquer l&#8217;imaginaire québécois ?</p>
<p>J&#8217;en ai discuté avec un collègue, et même si nous avons été capables de faire une liste extensive de films québécois qui gravitent autour de la bouffe, aucun d&#8217;entre eux ne nous a paru assez connu pour que les gens puissent y faire référence de la même manière que Andrew Carmellini fait référence à Goodfellas (sauf peut-être l&#8217;horrible scène entre Karine Vanasse et un pot de confiture dans <em>Un homme et son péché</em>, mais je ne veux même pas en parler). La preuve, c&#8217;est que le premier film auquel moi j&#8217;ai pensé, c&#8217;est <em>Léolo</em> de Jean-Claude Lauzon, un film qui ne s&#8217;intéresse pas tant à la nourriture qu&#8217;au produit de celle-ci (en tout cas, pour au moins un des protagonistes). Mais bon. Il y en a d&#8217;autres. Tout le monde se rappelle le petit garçon qui mange du Kentucky, non ?</p>
<p style="text-align: center"><iframe src="http://www.youtube.com/embed/KTZQLm5uZmg" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe></p>
<p>Malheureusement, <em>Pea Soup</em> est un film tellement triste que je ne suis pas sûre que cette scène soit passée à l&#8217;histoire pour la bonne raison. Ni même que personne ne souhaite réellement qu&#8217;elle passe à l&#8217;histoire pour vrai. J&#8217;ai aussi pensé au <em>Déclin de l&#8217;empire américain</em>, dont toute la première partie, quoique relativement surréaliste, est vouée à la préparation d&#8217;un luxueux koulibiac, fièrement présenté par le personnage de Yves Jacques. Pour moi, cette scène trouve son dénouement quelque 17 ans plus tard, dans <em>Les invasions barbares</em>, quand Claude, revenu d&#8217;Italie, prépare des pâtes à la truffe noire que Rémy n&#8217;a malheureusement plus la force de manger.</p>
<p>Nous en avons relevé d&#8217;autres. La scène de bacchanale dans <em>La bête lumineuse</em> de Pierre Perrault, qui est l&#8217;occasion de toutes les déchéances pour Stéphane-Albert Boulais, ridiculisé par ses compagnons chasseurs et dont les sentiments de poète deviennent embarrassant même pour lui-même. (Ça commence à devenir épique à 16:30.)</p>
<p style="text-align: center">
<p style="text-align: center"><iframe src="http://www.youtube.com/embed/VKmHGF8fBFY" frameborder="0" width="420" height="315"></iframe></p>
<p style="text-align: center">
<p><em>Le Matou</em>, au complet, plus ou moins. Le réveillon, dans <em>Le Survenant</em> de Érik Canuel, qui est probablement plus un document historique qu&#8217;une scène mémorable (et ce, même si toute personne qui me connaît le moindrement sait que je capote sur la grande main en étoile du Survenant, mais c&#8217;est plus beau dans le livre de toute façon). <em>L&#8217;eau chaude, l&#8217;eau frette</em> d&#8217;André Forcier, et le personnage de la cantinière, qui a toutes les qualités de la Carmen du Rapido du Plateau, en plus de faire du très bon fudge. <em>Truffe</em>, de Kim Nguyen. Le très long traveling dans la cuisine du camp des <em>Bûcherons de la Manouane</em> d&#8217;Arthur Lamothe. Mais rien qui n&#8217;explore aussi viscéralement le lien entre nos origines, notre nourriture et notre cinéma comme le font des films comme <a href="http://www.imdb.com/title/tt0092048/"  target="_blank">Tampopo</a>, <a href="http://www.imdb.com/title/tt0111797/"  target="_blank">Eat Drink Man Woman</a> ou <a href="http://www.imdb.com/title/tt0101921/"  target="_blank">Fried Green Tomatoes</a>.</p>
<p>Cette impuissance qu&#8217;a le cinéma québécois à mythifier notre patrimoine gastronomique ou à créer des scènes légendaires avec notre nourriture est bien curieuse. Le cinéma italien est tellement proche de ses traditions gastronomiques qu&#8217;il en a même fait un genre cinématographique, le Western Spaghetti. Pourquoi ne sommes-nous pas aussi proches de nos racines ? Tout ceci me rappelle le bien triste <a href="http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/marie-claude-lortie/201203/31/01-4511313-existe-t-il-une-gastronomie-quebecoise.php"  target="_blank">billet de Marie-Claude Lortie</a> qui contestait l&#8217;existence d&#8217;une vraie gastronomie québécoise et reléguait tout notre patrimoine gastronomique à la poutine et aux cretons (j&#8217;espère que les artisans fromagers et les producteurs de gibier québécois se sont sentis insultés, parce que moi, je l&#8217;étais). Or, l&#8217;absence de regard cinématographique que nous avons sur notre nourriture trahit peut-être plus notre identité culturelle que je ne voudrais le croire. Est-ce encore un signe que les Québécois n&#8217;ont pas grand-chose à faire de s&#8217;affirmer et de reconnaître leur spécificité ? J&#8217;espère bien que non.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>*Au cas où vous n&#8217;auriez jamais mis la main sur ce magazine, je ne peux que vous exhorter de le faire. Il s&#8217;agit, grosso modo, de ce qui pourrait faire office de magazine de porn chez les food geeks: chaque numéro explore un thème particulier au moyen d&#8217;articles de fond, de photos, de dessins, de bande-dessinées, de récits de voyages et de recettes compliquées. Et comme la moitié des articles sont écrits par des chefs, langage grossier et blagues salaces sont aussi au rendez-vous. C&#8217;est fantastique.</em></p>
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		<title>Moutarde chou et le patrimoine culinaire du Québec</title>
		<link>http://voir.ca/kim-raymond/2012/05/20/moutarde-chou-et-le-patrimoine-culinaire-du-quebec/</link>
		<comments>http://voir.ca/kim-raymond/2012/05/20/moutarde-chou-et-le-patrimoine-culinaire-du-quebec/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 20 May 2012 19:15:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kim Raymond</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gastronomie]]></category>
		<category><![CDATA[Livres]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
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		<description><![CDATA[L&#8217;an dernier, à peu près à la même date, deux chercheuses de l&#8217;Université Concordia et de l&#8217;UQAM, Geneviève Sicotte et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter" src="http://mixeur.tv/wp-content/uploads/2012/05/cover_moutarde_chou.jpg" alt="" width="500" height="363" /></p>
<p>L&#8217;an dernier, à peu près à la même date, deux chercheuses de l&#8217;Université Concordia et de l&#8217;UQAM, Geneviève Sicotte et Marie-Noëlle Aubertin, avaient pris pour prétexte le congrès de l&#8217;ACFAS afin de faire l&#8217;état du patrimoine culinaire québécois. Cette plénière que j&#8217;avais suivie avec intérêt confirmait par l&#8217;exemple ce que Claude Lévi-Strauss sous-entendait quand il disait que la cuisine est &laquo;&nbsp;un langage dans lequel chaque société code des messages qui lui permettent de signifier ce qu&#8217;elle est&nbsp;&raquo; (Lévi-Strauss, 1967, p.276). Ainsi, au-delà <a href="http://www.lapresse.ca/vivre/cuisine/201105/14/01-4399450-y-a-t-il-une-gastronomie-quebecoise.php"  target="_blank">des pratiques culinaires relevées par Ève Dumas</a> à la suite du colloque, il faut retenir ce que ces pratiques traduisent des valeurs québécoises. Par exemple, le sacro-saint souper en famille et les traditionnelles pizzas et bières à la suite d&#8217;un déménagement sont des illustrations concrètes de l&#8217;importance que nous accordons à nos liens familiaux et amicaux, et du caractère indéfectible que nous leur conférons: c&#8217;est par la mise à table que nous consacrons l&#8217;existence de ces liens ou que nous remercions la solidarité qu&#8217;ils ont fait naître. Tout ceci est fascinant. Assez, à tout le moins, pour que j&#8217;aie eu une petite crise d&#8217;urticaire quand Marie-Claude Lortie s&#8217;est empressée de déclarer, à la suite du même colloque, que notre gastronomie avait &laquo;&nbsp;<a href="http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/marie-claude-lortie/201105/14/01-4399453-bien-des-croutes-a-manger.php"  target="_blank">bien des croûtes à manger</a>&laquo;&nbsp;.</p>
<p>Vous ne serez pas surpris: je ne suis pas d&#8217;accord. Je ne suis pas d&#8217;accord avec le fait que pour la juger, on compare la gastronomie d&#8217;une jeune société comme la nôtre à celle, millénaire, de la France. Je ne suis pas d&#8217;accord non plus quand elle dit que l&#8217;intérêt pour la tradition culinaire québécoise est trop neuf pour être considéré. Je ne suis pas du tout d&#8217;accord quand elle dit qu&#8217;on ne peut manger du poisson frais au bord du fleuve (il ne faut pas avoir cherché très loin pour en arriver à cette conclusion, parce que du très discret Restaurant du pêcheur à Bic au burlesque Capitaine Homard à Ste-Flavie, il y en a, des bons restos de poissons et de fruits de mer dans le Bas-du-Fleuve). Et surtout, je ne suis pas d&#8217;accord quand Madame Lortie affirme que &laquo;&nbsp;la profondeur de notre culture culinaire n&#8217;a rien de spectaculaire&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Il faut au contraire comprendre comment notre patrimoine culinaire est né pour en apprécier la richesse. Dans un pays où les gens ont longtemps été en état de survivance, la frugalité est inhérente à notre patrimoine culinaire: &laquo;&nbsp;Le prix des denrées alimentaires, les fluctuations du marché libre, leur abondance, éventuellement leur rationnement, tout cela compose le visage de prospérité ou de pénurie [alimentaire] d&#8217;une société. [...] D&#8217;un groupe social à l&#8217;autre, on ne consomme pas les mêmes produits, on ne les accommode pas de la même façon et on le absorbe pas en respectant le même code de manières de table. [...] Dans chaque cuisine régionale, s&#8217;il y eut invention d&#8217;une manière de faire particulière, dont la signification ou les raisons ont ensuite été oubliées, c&#8217;est en règle générale pour répondre à une nécessité, à une loi du lieu.&nbsp;&raquo; (de Certeau, 1994, p.243-249). Et oui, il est possible que ces contraintes aient diminué l&#8217;éventail des possibles et même la qualité de ce qui constitue notre patrimoine culinaire. Mais c&#8217;est tant mieux: cela se reflète encore aujourd&#8217;hui dans les réinterprétations actuelles de nos plats typiques et démontre que notre cuisine possède encore une cohérence interne qui nous permet d&#8217;avoir encore accès à l&#8217;origine et à la fonction de ces plats. Pour un certain temps.</p>
<p>Un merveilleux exemple de cet effort pour maintenir la cohérence et la connaissance de notre patrimoine culinaire est le très beau livre <a href="http://moutardechou.tumblr.com/"  target="_blank">Moutarde chou</a> d&#8217;Émilie Villeneuve et Olivier Blouin, publié le 8 mai dernier aux éditions Cardinal. Dans un effort sans précédent pour retracer les histoires des meilleurs casse-croûtes au Québec (les auteurs se réservent un droit de regard sur cette affirmation: les meilleurs selon eux et il ne faut pas le prendre personnel si notre meilleur ne figure pas parmi les élus &#8211; je le dis parce qu&#8217;apparemment, certains chroniqueurs ont été bien déçus de ne pas y trouver leur propre patate préférée), Émilie et Olivier ont parcouru le Québec pour s&#8217;intéresser à ces drôles de cabanes rabibochées qui ornent nos bords de route. Les cantines étaient peut-être les grandes absentes du colloque sur la lecture du patrimoine culinaire québécois de l&#8217;an dernier. Qui peut honnêtement affirmer ne pas avoir de lien affectif avec une cantine quelconque (ou deux, ou trois, ou cinq, comme moi) ? C&#8217;est là un peu l&#8217;idée derrière <em>Moutarde chou</em>: à travers les propos des propriétaires de ces établissements et par le biais des superbes photos d&#8217;Olivier Blouin (je pense que je fus emballée pour la première fois de ma vie par un pare-choc de <em>station wagon</em>), &laquo;&nbsp;déterrer nos racines&nbsp;&raquo; et mettre en valeur &laquo;&nbsp;la créativité de ceux et celles [...] qui façonnent le goût de nos souvenirs.&nbsp;&raquo; (Ce sont là les mots mêmes de l&#8217;introduction.)</p>
<p>J&#8217;ai embarqué dans <em>Moutarde chou</em> avec enthousiasme, d&#8217;abord peut-être parce que je me suis sentie fidèlement représentée par le livre. De la Cantine Bernard où ma mère nous amenait dîner après les pénibles avant-midis à l&#8217;école d&#8217;hygiène dentaire de St-Hyacinthe à la cantine Ross de Rimouski, en passant par la cantine Fortier d&#8217;Amqui, tous les lieux de mon enfance s&#8217;y trouvent. Il faut croire que mes parents avaient du goût, et que nous avons, par hasard, toujours mangé dans les meilleurs casse-croûtes du Québec. Malgré tout, ce qui m&#8217;a vivement intéressée dans le projet d&#8217;Émilie et d&#8217;Olivier, c&#8217;est le caractère sociologique du projet, le fait de s&#8217;attaquer à un pan de l&#8217;histoire culinaire du Québec qui a été trop peu mis en valeur &#8211; symptôme, peut-être, de notre attitude de petit peuple très prompt à renier ce qui fait notre singularité.</p>
<p>J&#8217;ai demandé aux auteurs ce qu&#8217;ils pensaient de cette idée de patrimoine culinaire québécois, de son existence ou non, et surtout, de la part que les cantines ont eu à y jouer. Pour Émilie, en plus du fait que les cantines servent exactement ce qui est abondant dans les régions où elles sont installées (des pommes de terre, du fromage frais, des clams, des crevettes nordiques et du homard dans le Bas-du-Fleuve, etc.), c&#8217;est le côté institutionnel qui ressort: &laquo;&nbsp;Souvent, les cantines sont de vrais points de rencontre dans les villages. Les gens se rassemblent là pour jaser en mangeant une patate. Ça va au-delà de la nourriture, c&#8217;est un pilier de la communauté.&nbsp;&raquo; Olivier comparait d&#8217;ailleurs ce phénomène à une sorte de micro-société constituée des clients, du personnel et des propriétaires des cantines. On peut donc supposer que la cantine est une pratique culturelle, au même titre que la cabane à sucre. Olivier va encore plus loin en disant que non seulement les cantines sont des institutions sociales, mais qu&#8217;elles sont aussi le reflet du langage architectural vernaculaire québécois: &laquo;&nbsp;Le clapboard, les bardeaux de bois qui ont besoin d&#8217;un coup de pinceau&#8230; Les cantines représentent aussi ce visage de nos campagnes qui est souvent méconnu des citadins. Et les propriétaires de cantines sont vieillissants, il n&#8217;y a pas de relève: les cantines sont appelées à disparaître. C&#8217;est une bonne chose qu&#8217;on essaie d&#8217;en préserver quelque chose.&nbsp;&raquo;. On en revient aux mots de Lévi-Strauss: la cuisine est un langage qui nous permet de signifier ce que nous sommes.</p>
<p>Si, comme moi, vous faites partie des gens qui pensent qu&#8217;il existe un patrimoine culinaire québécois, et que celui-ci s&#8217;exprime autant dans la rusticité de la cuisine des cantines que dans l&#8217;adoration monomaniaque de la qualité des produits professée par Normand Laprise, vous trouverez sûrement dans <em>Moutarde chou</em> des histoires réconfortantes et une bonne dose de nostalgie culinaire. Et si la souvenance est trop forte, et qu&#8217;il vous pogne un bon goût de hot dog moutarde chou, faites comme moi: profitez du week-end pour aller payer une visite à votre cantine préférée. Ce n&#8217;est pas parce que Rimouski, c&#8217;est loin de Montréal, qu&#8217;il faut s&#8217;empêcher de manger une guedille aux crevettes à la Cantine de la Gare !</p>
<p><img class="aligncenter" src="http://img194.imageshack.us/img194/3688/002ago.jpg" alt="" width="500" height="375" /></p>
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		<title>Fermier des villes ou fermier des champs ?</title>
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		<pubDate>Tue, 08 May 2012 13:47:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kim Raymond</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gastronomie]]></category>
		<category><![CDATA[Habitat]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
		<category><![CDATA[agriculture]]></category>
		<category><![CDATA[alimentation]]></category>
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		<category><![CDATA[ville]]></category>

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		<description><![CDATA[&#160; D&#8217;aussi loin que je me souvienne, mes parents ont toujours eu un potager. Il a varié de forme et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><img src="http://img809.imageshack.us/img809/5528/001lqe.jpg" alt="" width="450" height="338" /><p class="wp-caption-text">Parcelle de terre ayant besoin d&#039;amour</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>D&#8217;aussi loin que je me souvienne, mes parents ont toujours eu un potager. Il a varié de forme et de contenu selon les maisons où nous avons habité, mais il a toujours pris soin de nous fournir abondamment en tomates cerise et en concombres anglais. Même quand nous vivions dans le Bas-du-fleuve, où les caprices de la température rendent la culture potagère un peu plus hasardeuse, nous avions droit à des légumes locaux (pour autant que le trajet Rimouski-Amqui ne violait pas <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/The_100-Mile_Diet"  target="_blank">la règle du &laquo;&nbsp;1oo miles&nbsp;&raquo;</a>) grâce au productif jardin de mon grand-père maternel. C&#8217;est probablement pour ça, avec le fait que ma mère ait toujours cuisiné et travaillé dans des restaurants et que ma grand-mère ait eu pour métier de préparer des bouffes collectives pour toutes les occasions spéciales imaginables, que je suis actuellement obsédée par la nourriture et la place que nous lui accordons en tant que société.</p>
<p>Ce n&#8217;est malheureusement pas le cas pour tous. Si les gens de ma génération ont relativement été en contact avec de vrais aliments à l&#8217;occasion, celle qui nous suit a été frappée de plein fouet par les changements de l&#8217;industrie alimentaire et l&#8217;offre toujours plus grande en aliments transformés de toutes sortes. Sur les tablettes des épiceries, il est maintenant possible d&#8217;acheter de la <a href="http://www.katerinerollet.com/tuyaux-bouffe/aliments-degueulasses-de-la-floride/"  target="_blank">purée de pommes de terre préparée de pommes de terre à 100% et contenant néanmoins plus de vingt ingrédients</a> et du <a href="http://www.naturalnews.com/002702.html"  target="_blank">guacamole sans avocats (ou presque)</a>, et cela, dans le but de dépanner les ménages trop pressés par le temps, même pour mettre quelques légumes en purée. C&#8217;est encore pire chez nos voisins du Sud, assez bizarrement champions à la fois de l&#8217;offre de nourriture naturelle et biologique de masse et de la diversité et l&#8217;incongruité des aliments transformés. Si on peut honnêtement se questionner sur l&#8217;effet que peuvent avoir les produits transformés sur la santé des enfants qui les consomment (et des parents !), un effet pernicieux mais moins connu de ce type d&#8217;aliments est de modifier la perception qu&#8217;ont les enfants de la vraie nourriture. C&#8217;est un phénomène tellement flagrant que des études s&#8217;intéressant à cette problématique ont démontré que les enfants auxquels on aurait demandé de dessiner des carottes ou un poulet  vont, en majorité, instinctivement dessiner la version transformée à laquelle ils sont habitués: les bébés carottes et le poulet rôti, voire même les croquettes de poulet.</p>
<p>En quoi est-ce inquiétant ? Dans une certaine mesure, c&#8217;est inquiétant parce que les citadins que nous sommes ont tranquillement perdu le contact avec la campagne. Au Québec, le fossé qui existe entre les villes et les campagnes est plus que flagrant: les unes ignorent la réalité des autres et vice-versa, ce qui mène à une incompréhension de plus en plus généralisée de la réalité agricole, en plus de contribuer à l&#8217;isolement des agriculteurs qui sont pourtant essentiels au maintien de la vie des citadins. On sait pourtant depuis un bon bout de temps qu&#8217;un retour à une hygiène de vie plus proche de nos racines serait bénéfique, pour le maintien de notre santé et pour le maintien de notre savoir-faire culinaire. Dans son article <a href="http://www.nytimes.com/2007/01/28/magazine/28nutritionism.t.html?pagewanted=all"  target="_blank"><em>Unhappy Meals</em></a>, qui fut le prélude à son <em>Eater Manifesto</em> qui créa une onde de choc dans le milieu de la sociologie culinaire, Michael Pollan établit qu&#8217;au-delà de tout principe diététique, la première règle à suivre en matière d&#8217;alimentation, c&#8217;est de manger de la nourriture. De la <em>vraie</em> nourriture: &laquo;&nbsp;Dans l&#8217;état de confusion actuel, ceci est plus facile à dire qu&#8217;à faire. Essayez donc ceci: &laquo;&nbsp;Ne mangez rien que votre arrière-grand-mère ne reconnaîtrait pas comme étant de la nourriture.&nbsp;&raquo; Dans les supermarchés, il y a plusieurs simili-aliments que vos ancêtres ne reconnaîtraient pas comme étant de la nourriture. Tenez-vous loin de ceux-ci.&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Dans le fossé qui s&#8217;est creusé entre les villes et les campagnes, on a un peu perdu de vue ce qui est et ce qui n&#8217;est pas de la vraie bonne nourriture, non pas au sens nutritionnel du terme, mais au sens écologique et culturel du terme. Et c&#8217;est dommage. Mais heureusement pour nous, les choses sont tranquillement en train de bouger en ville. Il  y a actuellement une vague de retour à la terre chez les citadins qui se traduit par une multiplication des projets verts. Montréal a accueilli en 2011 <a href="http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2011/01/07/006-agriculture-urbaine-ferme-lufa-montreal.shtml"  target="_blank">sa première serre commerciale sur les toits de la ville</a> et son premier jardin coopératif, que l&#8217;on peut voir <a href="http://www.tou.tv/fermier-urbain"  target="_blank">dans la nouvelle émission de Ricardo Larrivée</a>, lui-même nouvellement &laquo;&nbsp;fermier&nbsp;&raquo;, sur l&#8217;agriculture urbaine. Pour continuer en ce sens, d&#8217;autres options s&#8217;offrent aux Montréalais et aux autres citadins qui n&#8217;ont pas accès à un terrain assez grand ou assez fertile pour y cultiver un potager. De simples boîtes à fleurs bien entretenues (on les démarre avec 40% de compost et 60% de terre noire pour s&#8217;assurer d&#8217;un maximum de vie dans le terreau) peuvent suffire à faire pousser des fines herbes et quelques tomates. <a href="http://www.newswire.ca/fr/story/968185/un-premier-verger-en-pots-a-montreal"  target="_blank">Même le jardin botanique s&#8217;est mis à l&#8217;arboriculture fruitière&#8230; en pots</a> ! Pour les plus téméraires (ou ceux qui ont plus de temps), il est aussi possible de louer pour presque rien une parcelle de terre dans le jardin communautaire de votre quartier. C&#8217;est d&#8217;ailleurs la mienne que vous voyez dans les photos illustrant ce billet. Attention toutefois: selon les quartiers, les listes d&#8217;attente peuvent être très longues, et les jardiniers de l&#8217;année précédente ont priorité sur les nouveaux venus. Si vous avez la chance de mettre la main sur un jardinet, ne déménagez plus !</p>
<p>Une dernière solution, pour les gens qui n&#8217;ont pas le pouce vert ou qui ont un horaire un peu trop chaotique pour prendre soin de quelques plants de légumes serait le projet d&#8217;<a href="http://www.equiterre.org/projet/agriculture-soutenue-par-la-communaute"  target="_blank">Agriculture Soutenue par la Communauté (ASC)</a>, géré depuis plusieurs années par l&#8217;organisme Équiterre. Le principe de l&#8217;ASC est simple: au début de la saison estivale, les gens sont invités à s&#8217;inscrire auprès d&#8217;un fermier local pour bénéficier d&#8217;un panier de légumes (et d&#8217;autres produits, selon la production de la ferme choisie) bios qui sera livré chaque semaine à un point de chute déterminé. Au lieu de payer chaque semaine pour son panier, le client défraie à l&#8217;avance le coût fixé par l&#8217;agriculteur, ce qui permettra à ce dernier d&#8217;avoir des fonds disponibles pour commencer la saison. Si la météo se fait capricieuse et que les récoltes sont moins bonnes, les paniers seront moins garnis. Par contre, en période d&#8217;abondance, les clients auront des légumes à ne plus savoir qu&#8217;en faire. C&#8217;est ce qu&#8217;on appelle le partage du risque. Parlez-moi de réduire la distance entre villes et campagnes !</p>
<p>Le bien-fondé de ce retour à la terre, c&#8217;est évidemment de reconquérir notre relation avec la nourriture (quand je vous disais que ça m&#8217;obsédait&#8230;). Pour des raisons de santé, mais aussi pour le plaisir ! Avoir accès à des produits frais, sains et goûteux (plus que les légumes en dormance entreposés dans des entrepôts réfrigérés, disons) nous force à prendre part au processus de transformation, ce qui ne peut qu&#8217;être bénéfique pour notre savoir-faire culinaire. Et après un temps considérable passé derrière les fourneaux, s&#8217;attabler devient un exercice gratifiant et relaxant, un aspect que l&#8217;on a peut-être un peu trop souvent négligé au cours des années.</p>
<p>La saison des semailles commence. Allez-vous vous y mettre ?</p>
<div class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><img src="http://img27.imageshack.us/img27/4118/018mxr.jpg" alt="" width="450" height="338" /><p class="wp-caption-text">Parcelle de terre ayant été considérablement aimée</p></div>
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		<title>Qu&#8217;est-ce que ça mange, un étudiant ?</title>
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		<pubDate>Wed, 02 May 2012 01:01:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Kim Raymond</dc:creator>
				<category><![CDATA[Gastronomie]]></category>
		<category><![CDATA[Société]]></category>
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		<category><![CDATA[économie]]></category>
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		<description><![CDATA[Pas grand chose. En tout cas, pas selon l&#8217;Aide Financière aux Études, qui considère sept dollars par jour comme étant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pas grand chose. En tout cas, pas selon l&#8217;Aide Financière aux Études, qui considère sept dollars par jour comme étant suffisant en matière de dépenses admises pour l&#8217;alimentation d&#8217;un étudiant. Sept dollars, c&#8217;est moins que ce que coûte un repas complet à la cafétéria de l&#8217;université. Sept dollars, c&#8217;est 1 dollar (et trois sous) de moins que le paquet de saucisses <em>Guatemala Picante</em> du Sabor Latino que j&#8217;ai décongelé pour le souper. C&#8217;est une bonne chose que nous soyons deux à être nourris avec celui-ci, parce qu&#8217;en ajoutant le chou-fleur et le maïs en épi qui lui servaient d&#8217;accompagnement, le budget bouffe aurait été <em>busté</em> pour la journée, et ça, sans que nous ayons abordé le sujet du dîner et du déjeuner. Sept dollars, c&#8217;est peu. Assez peu, en tout cas, pour que <a href="http://quartierlibre.ca/faim-detudes/"  target="_blank">la demande d&#8217;aide alimentaire de la part des étudiants ait augmenté en flèche </a>dans les dernières années. À l&#8217;UQAM seulement, <a href="http://montrealcampus.ca/2009/01/un-frigo-aussi-vide-que-le-portefeuille/"  target="_blank">le nombre de paniers de Noël distribués aux étudiants en difficulté a quintuplé depuis 2002</a>.</p>
<p>La difficulté qu&#8217;a la population étudiante à se nourrir convenablement peut en partie être expliquée par le fait que le manque de savoir-faire culinaire et l&#8217;horaire chaotique des étudiants les poussent parfois à faire de mauvais choix alimentaires. Les surgelés, le prêt-à-manger et les repas au restaurant du coin coûtent plus cher que les produits de base, c&#8217;est un fait. Mais même les produits de base ne sont plus si accessibles que ça. D&#8217;après Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politiques alimentaires à l&#8217;Université de Guelph, <a href="http://www.lapresse.ca/le-soleil/affaires/agro-alimentaire/201112/29/01-4481706-des-hausses-plein-le-panier-en-2012.php"  target="_blank">le prix moyen du panier d&#8217;épicerie aura augmenté de 18%</a> au cours des quatre dernières années. L&#8217;effet combiné de l&#8217;augmentation du prix du pétrole, de la spéculation sur les terres arables et de la crise économique aura fait grimper le prix de certaines denrées de façon astronomique. Le maïs, qui se transigeait <a href="http://www.journaldunet.com/economie/enquete/prix-mais/prix-mais.shtml"  target="_blank">2,35$ le boisseau</a> (environ 27 kilos) en septembre 2006, se détaille aujourd&#8217;hui <a href="http://bourse.investir.fr/bourse/cotations/fiche/fiche.jsp?code=CM&amp;place=WMPCB&amp;codif=OPID"  target="_blank">6.60$</a>. C&#8217;est presque trois fois plus cher. Dans le panier d&#8217;épicerie des personnes qui vivent une situation de précarité économique, ces augmentations pèsent lourd.</p>
<p>À sept dollars par jour, on n&#8217;a pas non plus les moyens d&#8217;être éthique et responsable dans nos choix alimentaires. Pas de légumes bios, pas de viande élevée en pâturage et certifiée sans antibiotiques, pas la chance non plus de choisir autre chose que le maïs et le soja OGM que Monsanto a contribué à commercialiser. Difficile à accepter d&#8217;être incapable d&#8217;accorder ce qu&#8217;il y a dans notre tête et ce qu&#8217;on se met dans la bouche. Mais au moment où ils étudient, les étudiants n&#8217;ont pas les moyens d&#8217;être difficiles.</p>
<p>Donc, concrètement, qu&#8217;est-ce que ça mange un étudiant en temps de grève ? Selon Nicolas Longtin-Martel, à l&#8217;origine d&#8217;une initative pour soutenir ses collègues étudiants militants, ces derniers mangent surtout du pain&#8230; pas trop frais. C&#8217;est, avec les viennoiseries tout juste expirées, les denrées qu&#8217;il réussit à obtenir pour eux avec la collaboration du directeur du marché d&#8217;alimentation où il travaille: &laquo;&nbsp;Travaillant en pâtisserie-boulangerie, je n’apporte que des pains, des baguettes, des gâteaux, des tartes, des viennoiseries et d&#8217;autres petits desserts qui expirent. Certains jours, je peux arriver avec sept gâteaux (maximum), comme je peux n’arriver qu’avec du pain. Comme ils expirent la journée même, ces produits sont encore comestibles aux yeux de la loi (et le sont assurément dans les faits), sans être de la première fraîcheur. Ce détail n&#8217;entame pas l&#8217;enthousiasme des étudiants qui en bénéficient. Certains d&#8217;entre eux profitent de l&#8217;occasion pour ramener la nourriture restante à la maison: &laquo;&nbsp;J&#8217;ai pu, à plusieurs reprises, constater la joie d&#8217;étudiants qui n&#8217;avaient pas pu, à cause de plusieurs raisons diverses (pas le temps, trop fatigués, peut-être aussi pas beaucoup d&#8217;argent), prendre de petit-déjeuner. La nourriture que j&#8217;apporte aux AG les aide à bien commencer la journée. À force d&#8217;insister, j&#8217;arrive aussi à convaincre des étudiants à repartir avec de la nourriture.&nbsp;&raquo; On constate donc que même si le besoin en aide alimentaire n&#8217;est pas criant pour la plupart des étudiants, elle est toujours appréciée. C&#8217;est que la population étudiante est vulnérable. Si elle arrive à s&#8217;en sortir relativement bien en temps normal, elle est constamment sous pression, et le moindre imprévu peut créer un stress économique important.</p>
<p>Là où je veux en venir avec tout ça, c&#8217;est que le débat sur la hausse des frais de scolarité, à force de se polariser, s&#8217;est transformé en débat de positionnement idéologique. En restant dans la dialectique droite/gauche et en opposant des arguments qualitatifs à des arguments quantitatifs, on perd de vue que la réalité étudiante est loin d&#8217;être homogène. Elle ne correspond pas à une moyenne (même si le gouvernement aimerait vraiment faire croire à la population que tous les étudiants sans exception ne paient très exactement que 12% du coût de leur éducation), et elle ne peut pas être représentée par une image archétypée. Derrière les chiffres et les moyennes, il y a des êtres humains qui essaient, chacun à leur façon, de se débrouiller. Tant mieux si certains étudiants vivent chez leurs parents et ne connaissent pas l&#8217;anxiété liée au stress financier. Mais il faut être conscients que d&#8217;autres vivent des situations difficiles, et même si la plupart d&#8217;entre eux seront sans doute à l&#8217;abri de la précarité une fois leurs études terminées, leur détresse actuelle ne doit pas être ignorée. La hausse des frais de scolarité entraînera une pression économique de plus pour tous les étudiants. Les plus vulnérables seront les plus touchés. Il y a lieu de penser que soumis à cette pression, l&#8217;un des postes budgétaires étudiants qui risque d&#8217;écoper, c&#8217;est l&#8217;alimentation. Je ne connais aucune société qui est en santé quand elle laisse ses membres avoir faim. Juste pour cette raison, il me semble évident que le gouvernement doit décréter un moratoire sur le financement des universités. Qu&#8217;on fasse le ménage avant de faire payer des gens dont le revenu disponible n&#8217;est pas toujours suffisant pour assumer leurs besoins de base.</p>
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