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		<title>L&#8217;éducation sacrée</title>
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		<pubDate>Fri, 31 Aug 2012 09:44:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Léa Clermont-Dion</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Je sais. Je ne devrais pas écrire ce billet ce matin. Il faudrait plutôt que je redouble d&#8217;efforts pour terminer ma session à l&#8217;UQAM et en débuter une autre en simultané à Sciences Po Paris. Mais, je ne peux m&#8217;empêcher de mettre sur papier cette réflexion très simple et banale en cette rentrée estudiantine. Je ne vous parlerai pas d&#8217;élections, je ne vous parlerai pas de Legault ni de Charest. Je vous parlerai de ma découverte du printemps.</p>
<p>***</p>
<p>À la fin de mon primaire, j&#8217;étais une première de classe. Hyperactive, je faisais partie de ces bolés qui passaient leur temps à la bibliothèque. Je me rappelle dans la cour d&#8217;école, à dix ans, je dévorais la biographie de René Lévesque, écrite par Pierre Godin. Je me suis arrêtée au quatrième tome, parce que je connaissais bien la suite de l’histoire. La fin me déprimait particulièrement. Vous comprendrez pourquoi.</p>
<p>À partir du secondaire deux, j’ai vite découvert que je ne cadrais pas tout à fait dans le le cursus traditionnel élitiste de l’éducation. Rapidement, je me suis aperçue que les meilleurs seraient destinés aux sciences. Oui, on nous répétait que les étudiants les plus doués étaient ceux qui se consacreraient aux mathématiques, à la physique et à la chimie. Et moi, je n’en avais rien à foutre de notions algébriques. J’avais envie de lire Platon, Machiavel ou Bourdieu. Mais rien de cela n’était vraiment possible. J’ai bien vite saisi à quel point les sciences humaines étaient dévalorisées à l’école publique. (Je ne peux pas parler pour le privé, je ne l’ai pas fréquenté)</p>
<p>J’ai fait mon secondaire dans une polyvalente qui offrait un programme d&#8217;éducation internationale. À partir de secondaire trois, j’ai commencé à sécher beaucoup de mes cours (mes anciens collègues pourront le confirmer: «Léa, on ne la voit jamais», disaient-ils). Je m&#8217;impliquais, je faisais de la radio, je voulais changer le monde ailleurs qu&#8217;en classe où je ne me sentais pas à ma place.</p>
<p>Je me rendais donc, contre mon gré, à la polyvalente jour après jour comme un forçat qui fait son temps en prison. Pour plaire à la famille, j’ai choisi l’option bonne à prendre, celui des sciences. Déprimée, je me disais secrètement que mon plus grand souhait serait de lâcher l&#8217;école. Oui, oui. Lâcher l&#8217;école. Tout le monde autour de moi voulait devenir pharmacien, médecin, dentiste. Et puis, moi, je disais différent des autres. À 16 ans, je lançais un peu blasée:«Ça sera peut-être science politique, philo pour moi.- Pour faire quoi Léa? -Pour faire&#8230;.Euh? Pour comprendre et questionner.» J&#8217;étais un extraterrestre.  J’ai fini le secondaire avec des notes excellentes, mais blasée à l’os du système scolaire.</p>
<p>J’ai choisi un programme pratique de communications au cégep, influencée encore une fois, par la vague de la professionnalisation des études autour de moi. Les grandes questions posées par les sciences humaines m’ont manquée au cégep. Encore une fois, j’ai eu le syndrome du forçat, celui de la légume qui s’en balance de l’école et qui a l’impression de perdre son temps. Je m’excuse encore au près de mes enseignants. Il y a eu une exception au cégep, une lueur d’espoir dans mon cursus scolaire pour le moins soporifique, celui de la philo. Mes profs de philosophie, eux, posaient des questions sérieuses sur le monde. J’étais motivée à me rendre à leurs cours. Ils me sortaient de ma torpeur et ils m’ont donnée le goût de comprendre et de réfléchir réellement. Je les remercie d’exister.</p>
<p>Quand j&#8217;entendais certaines personnalités politiques nous réitéré à quel point l&#8217;école était importante, je n&#8217;y croyais pas trop. Blasée. Oh que j&#8217;étais blasée. À quoi ça sert l&#8217;école? Se trouver un boulot? Bah, pourquoi j&#8217;étudie en science politique à l&#8217;université, alors? Pourquoi j&#8217;étudie tout court? Je vais me retrouver à faire des films, de la radio, peut-être de la télé. Ça c&#8217;était la Léa blasée d&#8217;il y un an.</p>
<p>***</p>
<p>Mais, il y a six mois, mon regard sur l’éducation a radicalement changé. Pour la première fois de ma courte existence, depuis mes premiers moments de la maternelle, j&#8217;ai pris une pause estudiantine. Une longue pause? Oui, comme beaucoup de jeunes québécois. Six mois, pour moi, c&#8217;est très, très, très long. Et j’ai compris. J’ai compris à quoi servait l’école. L’école s’effrite au nom de la professionnalisation, de la rentabilité, des exigences du commerce. Avec la grève, le combat des derniers mois, je n’ai jamais autant lu de ma vie. J’ai lu, pas par obligation, pas pour penser à ma future job, j’ai lu pour comprendre ce qui se passait autour de moi. J’ai lu parce que les médias ne répondaient pas à mes questions. J’ai compris, aussi, que l’éducation perdait son rôle qu’elle avait autrefois alors qu’elle était plus humaniste. L’éducation perd son autonomie morale au nom d’un changement sociétal profond, un changement qui tend vers une mercantilisation du savoir.</p>
<p>Si l’école avait un tant soit peu promulgué davantage les sciences humaines, même si elles ne sont pas rentables, j’aurais probablement été une élève bien plus assidue, une élève curieuse qui se sent valorisée. La grève m&#8217;aura donc appris plusieurs choses: le goût réel de comprendre, de lire, de m&#8217;interroger. Mais, elle m’aura surtout appris à quel point l&#8217;école est sacrée.</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Chartrand et la solidarité.</title>
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		<pubDate>Fri, 25 May 2012 16:13:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Léa Clermont-Dion</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Voici un extrait d&#8217;une déclaration de Michel Chartrand au Congrès du CCSNM en 1969. Des propos pertinents dans le contexte [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Voici un extrait d&#8217;une déclaration de Michel Chartrand au Congrès du CCSNM en 1969. Des propos pertinents dans le contexte politique actuel.</em></p>
<p><strong>La solidarité</strong></p>
<p>On sera en mesure d&#8217;embrigader toute la nouvelle génération, lui fournir une idéologie et des moyens d&#8217;action pour bâtir la nouvelle société qu&#8217;on veut bâtir et que nos pères n&#8217;ont pas été en mesure de bâtir parce qu&#8217;ils étaient trop mal pris. On sera capable de résister à la répression actuelle qui est pire que celle qu&#8217;on avait connue. Voilà notre choix, du moins, ça m&#8217;apparaît comme ça.</p>
<p>Ou bien on veut transformer la société et alors, il ne faut pas l&#8217;attaquer tranquillement et de temps à autre et à peu près. Il faut d&#8217;abord se bâtir de petits mécanismes primaires pour pouvoir vous rejoindre quand on veut vous rejoindre. Quand un syndicat a besoin de l&#8217;aide des autres syndicats, il faut pourvoir rejoindre les officiers, pas en trois semaines mais en 24 heures, et les membres également. Il faut bâtir des mécanismes aussi simples que ceux-là mais difficiles à organiser pour que la solidarité représente quelque chose.</p>
<p>(&#8230;)</p>
<p>Voilà notre problème fondamental de solidarité pour avoir une influence dans le milieu: on sait que toute la presse écrite, la presse parlée, la télévision sont systématiquement contre nous. Ce sont des intérêts privés et ils trouvent qu&#8217;on va contre les intérêts privés.</p>
<p><strong>Michel Chartrand</strong></p>
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		<title>Le 99e jour</title>
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		<pubDate>Mon, 21 May 2012 14:23:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Léa Clermont-Dion</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;"><em>La guerre n’est que la simple continuation de la politique par d’autres moyens.</em></p>
<p style="text-align: right;">Clausewitz</p>
<p>Ça fait aujourd’hui 99 jours. 99 jours de grève, de manifestations, de questionnements, de déceptions, d’attente et de violence. Un 27e soir, aussi, où je m&#8217;inquiète pour mes pairs, mes amis, mes camarades. Parce que les tensions montent. Parce que l&#8217;on répond à la violence par la violence.</p>
<p>Ce soir, même, je reçois à la tombée de la nuit un texto d&#8217;une amie qui travaille pour l&#8217;un de ces bars qui a été gazé par les forces de l&#8217;ordre ces derniers jours. «Le centre-ville est à feu et à sang. Pleins de blessés. Peut-être un mort. C&#8217;est la folie au bar. Les gens accourent à l&#8217;intérieur pour se protéger. Je suis bouleversée.» Le réalisme de cet échange témoigne de ces derniers 99 jours où angoisses, peurs et violences ont constitué une laide combinaison, réponse à un échec démocratique. Bonne journée des patriotes tout le monde.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>Ça fait près de 99 jours que je passe environ cinq heures quotidiennement devant mon ordinateur à suivre de près l’actualité. Le temps a passé vite, vraiment vite. Quand j’y pense, ça fait environ 495 heures, donc environ vingt jours consécutifs où je suis restée seule devant mon écran LCD à décortiquer les moindres avancements de la crise. Sans compter les heures de militantisme, d’écriture, de lecture, de marche&#8230; Constat: 29 7000 minutes d’attente, d&#8217;action, d&#8217;attente, d&#8217;action, d&#8217;attente.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p>Ce qui est un peu inquiétant, c’est que quand j’y pense de plus près, chacune de ces minutes a précédé une envie, celle de la résolution de conflit. Si j’avais eu une psy, voici ce que je lui aurais confié: « Je me sens devenir un peu dingue avec l’actualité. Incapable de décrocher complètement. C’est drôle, je sens que je perds contact avec la réalité avec tout ce qui passe. Une psychose politique individualo-collective, ça se peut tu?» Ce à quoi elle m’aurait peut-être répondu: «Mais ça vient de l’attente, chère Léa&#8230;»</p>
<p>Cet atermoiement non-nécessaire qui nous a été imposé par notre gouvernement a donné lieu à une désillusion profonde face aux institutions démocratiques. Le pire sentiment qu’ait pu nous infligé les Libéraux est celui d’attente infernale. Nous faire poireauter ainsi pendant ces 99 jours nous auront fait perdre la notion du temps. L&#8217;attente, on le sait, a donné lieu à quelques propositions inacceptables du gouvernement puis à une véritable déroute démocratique par l&#8217;adoption du projet de loi 78 à 68 voix pour, 48 voix contre. L&#8217;arrogation du pouvoir judiciaire par l&#8217;exécutif marque une triste époque pour la démocratie.</p>
<p style="text-align: center;">***</p>
<p><strong><em>Sur la désobéissance civile</em></strong></p>
<p>Revenons-en à la rue. Car, c&#8217;est bien celle-ci qui nous intéresse aujourd&#8217;hui, 99e jour de grève.</p>
<p>À force d’attendre cette foutue résolution de conflit, ce qui n’arrivera pas de sitôt avec l’adoption de la loi 78, je commence à comprendre les casseurs. Comme je ne suis pas porte-parole d’aucun groupe, je me permets ce coming-out. En plus de brimer les droits fondamentaux d’expression, la loi 78 tente de nous clouer le bec vulgairement pour nous faire mieux attendre. Encore.</p>
<p>La désobéissance civile s’apparente à une action politique illégale et non-violente fondée sur des motifs de conscience et destinée à modifier une loi ou à contester l’ordre juridique dans son ensemble. En 99 jours,  je suis rendue presque sympathisante de celle-ci. Je ne crois pas qu’elle soit pour autant très stratégique (le grand public ne nous aimera pas plus), mais elle exprime la colère des uns et fera peut-être évoluer ce statu quo.</p>
<p>Je souhaite, vraiment très sérieusement, qu&#8217;il n&#8217;y ait pas une victime plus grave dans toute cette histoire. Après 99 jours, je suis réaliste et appréhende le pire de soir en soir.</p>
<p>Le 99e jour n&#8217;est que le début d&#8217;une crise sociale. Profonde, envenimée, sérieuse. Restons solidaires et refusons d&#8217;obtempérer, d&#8217;obéir et de se soumettre, comme dirait Michel Chartrand.</p>
<p><strong><br />
</strong></p>
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		<title>Jour noir pour la démocratie</title>
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		<pubDate>Fri, 18 May 2012 19:04:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Léa Clermont-Dion</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Je suis une citoyenne modérée qui croit en l’État et en la démocratie. De bonne foi, j’ai cru pendant un instant au processus de négociation, à une sortie de crise. Au terme de plus de 13 semaines de grève, un constat s’impose. Notre idéal démocratique s’effrite sévèrement par le choix d’une gouvernance qui se rapproche de plus en plus à ce que certains qualifient «d’État policier». Le cauchemar, dépeint ces derniers temps, se transforme en réalité.</p>
<p style="text-align: center">***</p>
<p>Aujourd’hui 18 mai 2012, l’appel à la modération ne tient plus devant le tout à fait immodéré projet de loi 78. Une société se questionne sur les déterminants démocratiques. Avec raison.  Rappelons les faits que nous connaissons déjà bien.</p>
<p><strong>La disparition de manifestations spontanées?</strong><br />
Selon le projet de loi, les organisateurs de toute manifestation réunissant plus de dix personnes devront transmettre aux policiers l’heure, la durée et l’itinéraire.</p>
<p>Les rassemblements empêchant le déroulement des cours est interdit au sein même d’un établissement ou dans un rayon de 50 mètres. (Une super-injonction, donc?)</p>
<p>Une menace à une voie démocratique légitime.</p>
<p><strong>Les amendes</strong><br />
Quiconque qui ne respecte pas la loi est passible d’amendes variant entre 1000$ et 5000$. Les représentants d’une association étudiante, quant eux, risquent des sanctions variant entre 7000$ et 35 000$. Pour une association ou une organisation, les amendes s’élèvent entre 25 000$ et 125 000$.</p>
<p>Et la portée de la loi est plus grande qu’on le croit:<br />
Voici l’article 29.</p>
<p><em>Quiconque, par un acte ou une omission, aide ou, par un encouragement,</em><br />
<em> un conseil, un consentement, une autorisation ou un ordre, amène une autre</em><br />
<em> personne à commettre une infraction visée par la présente loi commet lui-même</em><br />
<em> cette infraction et est passible de l&#8217;amende prévue au premier alinéa de l&#8217;article</em><br />
<em> 25 ou de celle prévue au paragraphe 1 o ou au paragraphe 2° du deuxième alinéa</em><br />
<em> de cet article s&#8217;il est visé par un tel paragraphe.</em></p>
<p>Sans parler de la confirmation par la ministre de l’Éducation du port illégal du carré rouge. Gare aux amateurs des médias sociaux! Celui qui twittera un appel à manifester s’expose à des amendes. La «Loi permettant aux étudiants de recevoir l&#8217;enseignement dispensé par les établissements de niveau postsecondaire», est une entrave démocratique sérieuse. Elle renforce l’idée avancée de plusieurs d’«État policier».</p>
<p>J’ai bien peur que ce gouvernement ait jeté de l’huile sur le feu. La colère que nous ressentons dans les manifestations ces dernières semaines ne pourra plus se contenir. Le 18 mai 2012 est un jour noir pour la démocratie. Comme Normand Baillargeon, je porterai le carré noir. Et je me pose sérieusement la question: les Libéraux viennent-ils de déclarer la guerre aux étudiants? Pour tout dire, ils ne seront pas les seuls à se soulever.</p>
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