Reconnu pour ses frasques dans la vie comme en littérature, Jay McInerney est l’auteur de romans tapageurs, provocateurs; Bright Lights, Big City, publié il y a dix ans, portait sur la vie dissolue d’une jeunesse dorée new-yorkaise, mais dans laquelle pouvait se reconnaître bien du monde. Décrivant les milieux branchés, le jeune romancier raille dans Glamour Attitude (ne pouvait-on pas trouver un titre plus subtil?) l’artifice et le narcissisme d’individus privilégiés, qui se fichent complètement du reste de la planète.
Journaliste «people» pour un magazine américain très connu, Connor McKnight traque les vedettes pour leur soutirer quelques confidences bien croustillantes sur leurs amours ou leurs drinks préférés; boulot auquel il ne tient pas vraiment. «Au journal, je fais la honte de la collectivité parce que je ne possède pas une seule pièce de vêtement frappée du logo de Prada ou de Gucci.» À six semaines de l’échéance de son contrat, Connor s’interroge sur ses ambitions, et surtout, sur le sens de la vie. Il est amoureux de Philomena, top-modèle, rencontrée à Tokyo et avec laquelle il vit depuis trois ans. «Ma seule crédibilité dans l’institution me vient de mes relations avec Phil, dont la photo a orné plusieurs fois des pubs et des articles.» Mais voilà que sa Phil papillonne, situation qui précipite la chute métaphysique de Connor.

Bien qu’il n’aille pas en profondeur, ce roman trace par petites touches le portrait d’une époque où la solitude pèse; où les idéaux s’effrondent; où même la famille ne réconforte plus tant les valeurs de loyauté et de respect ne veulent plus rien dire, point sur lequel le père s’exprime avec un certain sens de la provocation. «Pourquoi ne pas tout mettre sur la table, comme vous dites, les enfants? Très moderne. Je suis trop bête de m’accrocher à ces notions démodées de décence et de pudeur. En retard sur mon temps. Rien n’est tabou, rien n’est sacré. C’est à la télé tous les jours, désormais, les gens se battent pour venir révéler leurs secrets les plus intimes, les plus dégoûtants.»

Avec des parents qui picolent, Brooke, sa sour, qui refuse de voir qu’elle souffre d’anorexie et d’empathie chronique avec la terre entière, l’écrivain construit un théâtre personnel attachant. Sur cette scène intime se joue aussi l’avenir d’un écrivain, Jeremy, ami et «double» de Connor, que la quête artistique mènera au désespoir. Admirateur de Thoreau et de Poe, il érit pour les cinq mille «lecteurs sérieux» des États-Unis, et déteste la critique. «Jeremy soupire et se contorsionne; on croirait qu’un bel écrivain vautré sur un fauteuil de repos évoquerait l’image de Truman Capote jeune, mais Jeremy fait plutôt penser à un homme étendu sur le chevalet pour y être torturé par d’invisibles inquisiteurs.»

Jouant avec les clichés et les mauvais sentiments, McInerney fait la critique d’un milieu qu’il semble détester, mais qui l’inspire. L’écriture «journalistique», l’accumulation de brefs récits font de Glamour Attitude une chronique légère mais pertinente d’un milieu qui se regarde un peu trop vivre (et qui n’est pas que new-yorkais). Éd. de l’Olivier, 1999, 220 p.

Partagez cette page

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel