Elle n’a pas été facile la vie des premiers habitants de Terre-Neuve, à la fin du dix-huitième siècle, et au début du dix-neuvième; Bernice Morgan nous en convainc, dans Cap Random, roman à saveur historique bien écrit, détaillé à souhait, et, ce qui n’est pas négligeable, touchant.

Elle n’a pas été facile la vie des premiers habitants de Terre-Neuve, à la fin du dix-huitième siècle, et au début du dix-neuvième; Bernice Morgan nous en convainc, dans Cap Random, roman à saveur historique bien écrit, détaillé à souhait, et, ce qui n’est pas négligeable, touchant.

Vivant à Saint-Jean, TN, Morgan a fait partie de plusieurs associations d’enseignants, a été journaliste avant de se mettre à l’écriture de ce roman publié originellement en 1992. Salué partout au Canada depuis sa parution, il est aujourd’hui traduit, aux éditions XYZ, par Hélène Rioux.

L’histoire nous est racontée à travers le regard de deux personnages, Lavinia – pendant environ les trois-quarts du roman-, et Thomas; et ce, à la lumière de leur journal intime, qui chapeaute chaque début de chapitre. «Qui aurait cru que Hazel aurait pu vivre si longtemps? Elle ne sera peut-être pas la première à partir. Nous avons tout le temps faim. Aucun de nous n’a envie de se lever le matin…» C’est qu’il fait gris, qu’il neige, dans cet endroit désert, avancé sur la mer mais qui n’offre aucune douceur. C’est aussi que les deux familles vivant sur le Cap Random n’ont rien à se mettre sous la dent. Et tous souffrent de faim, mais aussi de maladie, de solitude, de désespoir. «Les enfants travaillent aussi fort que les adultes; même les petits, Isaac, Willie et Charlie Vincent, qui fait tout juste ses premiers pas, apprennent à retourner le poisson et à le couvrir lorsque le soleil devient trop brûlant.» Si l’hiver est impitoyable, l’été l’est également: il faudra faire vite pour traiter les captures avant que ne revienne la saison froide, et pour accumuler assez de réserves.

Une fois que quelques années seront passées, que les habitants de Cap Random auront dompté cette vie sauvage, ils pourront y mettre un peu de fantaisie, d’amour, de beauté. Ils découvriront les bois environnants, la flore majestueuse; les bienfaits du savoir lorsqu’ils aménageront une école de fortune, et qu’ils liront pour la centième fois les trois livres qui leur servent d’ouvrages scolaires. Ils s’aimeront aussi, malgré la promiscuité; et, petit à petit, c’est une micosociété qui se créera, en marge de la grande, établie plus loin sur la côte, à Saint-Jean.

Morgan décrit au ruban près les jupons des femmes, les couvertures de leurs lits improvisés, et sait habilement créer un climat psychologique: les tensions entre les membres des familles, leurs joies, leurs peines, leurs disputes et leurs rancoeurs.

C’est à travers une écriture simple, parfois un peu froide, que l’auteure déroule son récit. Si les dialogues sont vivants, et font exister les personnages, la narration, au présent, est presque celle d’un reportage tant elle est dépourvue de fioritures. Mais elle rend tout à fait palpable cette histoire de pionniers, ancêtres de Morgan, dont elle s’est inspirée et à qui elle dédie le roman. Voilà sans doute l’un des prochains best-sellers, auquel on donnera suite dans un deuxième tome, à l’automne 2001.

Cap Random de Bernice Morgan
Éd. XYZ, 2000, 347 p.


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