Danièle Vallée et Christian Quesnel font une fois de plus équipe dans Langue de poche, un ouvrage de récits graphiques auréolé de la question identitaire. Rencontre avec le fécond duo.

Cette jolie histoire a débuté avec le roman de Danièle Vallée Le D2ux (Éd. David, 2004), que l’artiste visuel Christian Quesnel a choisi de mettre en images. Était alors sortie du fourneau une oeuvre inventive, colorée, pétillante et d’une qualité esthétique indéniable, que les lecteurs ont reçu comme la dernière des merveilles à se pointer sur les rayons locaux. Les deux comparses constatèrent alors, cette réponse et leur complicité naissante à l’appui, que leurs univers se répondaient d’une magnifique façon.

Depuis, les collaborations entre les deux funambules des arts se sont multipliées. Manche de pelle (Studio Premières Lignes, 2005) voyait le jour l’année suivante: une plaquette graphique en deux actes qui commençait lentement à gratter la thématique de la quête identitaire et de la lutte linguistique. Un projet de scène plus tard (Contes à bulles lors du Festival international de la BD de Gatineau), le duo lance Langue de poche qui s’articule autour de quatre récits fictifs de Danièle Vallée agrémentés des superbes tableaux de Christian Quesnel, qui en assure aussi le travail de graphisme et d’édition.

Arborant quelques couleurs locales, Langue de poche a substitué dans son propos le mot crise à celui de quête identitaire, les personnages subissant ici des tempêtes intérieures par rapport à la question de l’appartenance. "J’avais un peu d’hésitation à écrire sur la question identitaire; ce n’est pas mon mandat. Je n’ai jamais été forte sur les discours politiques. Finalement, je l’ai abordée d’une manière humoristique, j’ai exagéré la réalité, comme je le fais toujours. C’est ma façon d’écrire", explique Danièle Vallée, qui répondait dans un premier temps à une commande du Théâtre du Nouvel-Ontario pour une pièce de théâtre sur le sujet. Trois récits en ont découlé: Marie Deux-Poches, Vente de garage et Magie-Noire.

"J’aime beaucoup la forme d’écriture de Danièle, commence Christian Quesnel. Elle laisse beaucoup de place à l’image. J’apprécie le ton "bonhommesque" de ses textes, la naïveté. C’est léger. Parfois, on dirait que c’est une petite fille qui parle. C’est pour ça que mon dessin sort de cette façon, c’est quasiment de l’illustration pour enfants parce que je ne vois pas autrement la narratrice", avance Christian Quesnel au sujet des personnages de Marie Deux-Poches et de Vente de garage.

Est ensuite venu se greffer Madame Bérénice, récit le plus puissant de l’ouvrage, qui raconte l’histoire d’un immeuble et de ses habitants qui vivent au rythme des voyages de la mystérieuse Madame Bérénice: ils attendent qu’elle revienne de ses pérégrinations pour s’agglutiner dans son appartement et s’abreuver de ses aventures. Pour ce récit, Christian Quesnel a choisi de créer des personnages à têtes d’animaux. "Danièle ne décrit pas nécessairement l’apparence de ses personnages, alors je me suis payé la traite: j’avais envie d’illustrer un récit animalier. Les oiseaux étant des voyageurs pour la plupart, j’ai choisi de mettre Madame Bérénice ainsi. [...] Cette histoire m’a beaucoup touché parce que l’identité est dans les yeux des autres autour… Je trouvais intéressante la façon par laquelle elle a amené cette histoire."

La moitié de l’ouvrage donne dans le noir et blanc – dont Christian Quesnel a poussé encore plus loin tout le potentiel -, alors que la seconde partie donne dans les couleurs, vives, chaudes, douces… On sent que l’illustrateur a vraiment pris son pied: "Je peux vraiment me laisser aller par rapport à ce que je faisais avant. Danièle ne me fixe aucune limite, elle est ouverte à tout, alors je peux me laisser aller", raconte celui qui met environ deux heures à peaufiner chacune de ses toiles, des oeuvres d’art en soi.

Sur leur travail commun, Danièle Vallée révélera aussi ceci: "Aussitôt que Christian m’a montré ce que Le D2ux lui inspirait, j’ai dit: "O.K., on y va! Carte blanche!" Je lui faisais totalement confiance et c’est resté comme ça. Ça va tout seul, c’est simple, c’est facile", dit-elle, le sourire dans la voix.

Les deux complices travaillent déjà sur un prochain projet, qui poussera Danièle Vallée à revoir sa méthode d’écriture puisqu’elle devra écrire dans une vraie bande dessinée à bulles. L’auteure a aussi manifesté son envie de renverser la vapeur et d’écrire à partir d’oeuvres de Christian, plutôt que de lui envoyer des textes à illustrer… Elle promet d’autre part plusieurs rendez-vous de contes sur scène dans la région et ailleurs, avec son amour de musicien, Jean Cloutier.

Le livre n’est donc pas encore fermé que déjà les projets fusent, pour le plus grand bien d’un bassin d’adeptes toujours grandissant…

Langue de poche
de Danièle Vallée et Christian Quesnel
Studio Premières Lignes, 176 p.

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