Henning Mankell lance un hybride de roman et de polar qui met en scène une archéologue suédoise ayant rendez-vous avec l’horreur dans une Afrique ravagée par le sida.

Les polars d’Henning Mankell ne relèvent jamais que de la simple intrigue policière à résoudre comme un problème de mathématiques. L’écrivain suédois a le don d’ouvrir son récit à un moment choisi pour laisser éclore des impressions qui témoignent d’une conscience sociale aiguisée. Par exemple, dans Meurtriers sans visage, ce polar jouissif qui a mis Mankell sur la carte il y a 15 ans, l’attachant enquêteur Wallander émet une réflexion sur la société suédoise à partir de l’étude de l’évolution de sa criminalité… Quand un auteur sait conjuguer art du récit "thrillant" et observations éclairantes – les fameuses antennes de l’écrivain -, le lecteur est chaque fois au rendez-vous.

Bien que ce Cerveau de Kennedy (un nom bizarrement choisi et quelque peu trompeur puisque ledit cerveau n’est pas tellement à l’avant-plan) ne soit pas un bouquin à ranger dans la série des polars mais plutôt à classer parmi les "fictions" avec Profondeurs et autres Tea-Bag, il y a bel et bien une énigme à résoudre et elle est de taille: un jour, Louise Cantor trouve son fils mort dans son lit, soi-disant suicidé. Convaincue qu’il s’agit d’un assassinat, l’archéologue âgée d’une cinquantaine d’années mènera elle-même l’enquête avec l’énergie du désespoir, de façon d’abord intuitive, puis suivant son flair d’archéologue, en assemblant les tessons dans le but de reconstituer la scène du crime.

En deuil, en double deuil même puisqu’en cours de route, elle perd aussi le père de son fils, souvent plus ou moins enivrée et en grave déficit de sommeil, la Suédoise se lance à corps perdu dans une enquête qui s’avérera beaucoup plus complexe que prévu puisque son fils Henrik avait non seulement une double, mais une triple vie, et autant d’adresses dans le monde. Ses recherches la mèneront dans un continent en tout point différent de son pays: l’Afrique. Au menu: mouroirs pour sidéens, singes éventrés vivants et cupidité crasse des compagnies pharmaceutiques. Bienvenue en enfer.

L’auteur est également émotivement lié à son sujet. En postface, il explique que le visage d’un Africain sidéen qu’il a vu mourir et une colère nourrie par l’inaction des Européens devant cette misère l’ont habité durant l’écriture d’un roman magnifiquement informé sur une réalité dont on ne soupçonne pas les ramifications.

Au lieu d’installer une tension dès le départ et de jouer avec les nerfs de son lecteur sur 400 pages comme dans ses polars à la forme plus classique, Mankell nous place devant un personnage auquel on adhère complètement. Inquiet mais jamais aussi fébrile que lorsqu’on accompagne Kurt Wallander dans ses aventures sordides, on s’abîme avec Louise Cantor, bien loin du commissariat de police. Ce n’est que vers la toute fin, quand le dénouement est proche, que la nervosité s’empare du lecteur. Malheureusement, une conclusion évasive rend la compréhension ardue. L’aboutissement ultime de l’énigme demeure embrumé et on ressort de là frustré, incertain de la conclusion.

Le Cerveau de Kennedy
d’Henning Mankell
Éd. du Seuil, 2009, 391 p.

À lire si vous aimez /
La Constance du jardinier de John le Carré, La Cité des Jarres d’Arnaldur Indridason, l’oeuvre de Mankell

Les yeux grand fermés Critique par - 2009-04-30
Cote: 3


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