Partant du douloureux sujet de la disparition d’un enfant, Andrée A. Michaud propose un séduisant roman, enveloppé de ce mystère auquel on reconnaît sa signature d’écrivaine.

Le dernier roman d’Andrée A. Michaud, Lady Bird, mettait en scène un animateur de radio nocturne nommé Bob Richard dont la vie tranquille se voyait troublée par les menaces de mort d’une auditrice. Comme son homonyme dont les parents s’étaient enlevé la vie, le nouveau héros de l’écrivaine, Bill Richard, s’est transformé en exilé solitaire à la suite d’un drame familial: la disparition jamais élucidée de sa petite fille. C’est le sujet poignant de Rivière Tremblante qui fait alterner les récits de deux disparitions d’enfant que 30 années d’intervalle séparent et de leurs conséquences sur ceux que la vie a condamnés à l’attente, au questionnement et au doute éternels.

Le livre s’ouvre sur le récit de Marnie Duchamp qui avait 11 ans lorsque, une journée du mois d’août 1979, elle est revenue seule de cette forêt maléfique qui a "avalé" son ami Michael Saint-Pierre, dont le corps ne sera jamais retrouvé. Après une absence de trois décennies, Marnie décide de revenir vivre à Rivière-aux-Trembles, patelin fictif où les événements avaient fait d’elle une paria: "J’étais coupable de n’avoir pas disparu en même temps que lui. Si je m’étais évanouie dans la nature pour ne laisser derrière moi que le ruban nouant mes cheveux, jamais on n’aurait songé à m’accuser à demi-mot d’être ressortie de la forêt sans tenir dans la mienne la main crottée de Michael Saint-Pierre."

Le sentiment de culpabilité de Marnie rejoint celui de Bill qui, récemment installé à Rivière-aux-Trembles pour y refaire sa vie, s’interroge sur l’univers parallèle où pourrait se retrouver sa fille: "Lorsqu’un enfant disparaît, emporté loin de notre champ de vision, il est propulsé hors du temps et de l’espace, vers un inconnu dont les nuées l’enveloppent, minuscule dans l’immensité du froid." Si Michaud ne manque pas de faire traverser à ses personnages les divers stades psychologiques vécus par les parents de disparus, le principal intérêt de son roman réside dans ce point de vue essentiellement littéraire développé sous la plume de Bill (qui, ironiquement, est auteur de contes pour enfants).

Fidèle à son habitude, l’auteure prend ainsi le temps de poser son sujet avant que n’éclate un nouveau drame, celui d’un autre enfant porté disparu près de la rivière, à quelques mètres de la maison de l’écrivain. Marnie et lui, considérés comme suspects, seront tour à tour interrogés par la police, ce qui ouvrira les plaies encore vives de leur propre passé. Et le mystère est si bien entretenu que le lecteur et les protagonistes eux-mêmes se demanderont jusqu’à la toute fin s’ils sont vraiment innocents des crimes dont on les soupçonne… C’est surtout le cas de Marnie qui, comme l’héroïne du même nom d’Alfred Hitchcock, croit qu’elle pourrait détenir la vérité dans les replis de sa mémoire.

Avec ses références cinématographiques et musicales (qui sont aussi la marque de Michaud), Rivière Tremblante se dévoile comme un texte dense, correspondant à l’image de la forêt qui y est entretenue en tant que lieu mythique, royaume des démons, des loups-garous, de toutes les croyances engendrant la peur. Forêt pourvue d’une conscience propre, d’une vie enfouie qui peut faire irruption à tout moment, et où la moindre racine d’arbre contre laquelle bute le pied a des airs de main griffée sortant de la terre.

Rivière Tremblante
d’Andrée A. Michaud
Éd. Québec Amérique, 2011, 368 p.

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