Écrivains, musiciens et chanteurs se réunissent autour de l’oeuvre-vie de Ti-Jean pour Québec Kerouac 2012. Le contrebassiste Normand Guilbeault esquisse le portrait de son Jack à lui.

C’est Pierre Flynn qui insistera à la fin de notre conversation en prévision de Québec Kerouac 2012, événement marquant le 90e anniversaire de naissance de l’auteur du petit catéchisme des rebelles sans cause, On the Road, et le 25e anniversaire de la Rencontre internationale Jack Kerouac ("Les poètes de parloir et / les poètes qui ont perdu / leurs guitares dans les / pawnshops et les poètes / sans poèmes sont tous là // Les rues de Québec / suent et puent / le vieux coeur du poète", écrit Patrice Desbiens dans son recueil Décalage au sujet de ce happening pour lequel les mythiques Allen Ginsberg et Lawrence Ferlinghetti s’étaient pointés en ville.)

Pierre Flynn, donc: "Faut absolument que tu parles à Normand Guilbeault. Moi, j’aime et je connais Kerouac, mais Normand, c’est un vrai kerouacien qui a fait plusieurs visites à Lowell (sa ville natale)."

Alors on a obtempéré (ce n’est pas tous les jours qu’on reçoit un conseil de Pierre Flynn) et passé un coup de fil à Guilbeault, contrebassiste révéré, encyclopédie vivante du jazz et indéfectible ami de la poésie, qui lit, creuse et compulse son Kerouac depuis plus de 12 ans. "La première affaire qui m’a marqué en lisant les romans de Jack, c’est l’omniprésence du jazz", se rappelle celui qui désignera systématiquement le roi des beatniks par son prénom. "Il disait souvent qu’il voulait écrire comme un saxophoniste be-bop qui fait une improvisation, dans un flot continu, sans ponctuation. Il voulait transposer cette spontanéité dans son écriture. Quand t’écoutes les enregistrements de Jack qui lit sa prose, t’as l’impression d’écouter de la musique [Guilbeault scate pendant quelques secondes]. La première fois que je l’ai entendu, je me suis dit: "Yeah, c’est ça écrire de la prose avec un swing, un feeling, avec un rythme soutenu, un peu à la manière d’un solo de batterie." [Il scate de nouveau.]"

Directeur musical et principal guide de C’tà ton jour Jack!, show one-night stand réunissant Flynn, Yann Perreau, Isabelle Blais, Raôul Duguay, Karim Ouellet, Nicolas Landré et Cindy Doire (méchante gang!), Guilbeault redonnera aussi vie au plus québécois des écrivains américains dans Visions de/of Kerouac. Fruit d’un scrupuleux travail de lecture, ce pow-wow jazz et théâtral reconstitue chronologiquement la vie de Ti-Jean en glanant anecdotes et illuminations, en anglais comme en français, dans la quinzaine de romans laissés derrière. Spectacle que Guilbeault a d’ailleurs présenté – insigne honneur – avec ses musiciens à Lowell, Mass., en 2007. "J’y retourne chaque fois avec une certaine excitation, parce que Jack a lui-même beaucoup décrit la ville dans Visions de Gérard, Docteur Sax ou Maggie Cassady. C’est une petite ville ben ordinaire de travailleurs d’usine. Il y a un million de Canadiens français, comme les parents de Jack, qui ont immigré au début du siècle dernier dans ce coin-là. Chaque fois que j’y vais, je rencontre des maniaques de Jack. Quand t’es un dévot, c’est normal de faire un pèlerinage de ce genre-là, d’aller sur sa pierre tombale, d’aller voir sa maison, sa petite école."

Pour Guilbeault, nul doute: Kerouac est un écrivain canadien-français. "Sa quête d’identité l’a beaucoup fait souffrir. L’Américain qui se gargarise en disant: "He’s one of the greatest american writer", je lui réponds: "Fuck you!". C’est pas juste un american writer ce gars-là, c’est un Canadien français qui a vécu l’assimilation, qui n’a appris l’anglais qu’à l’âge de six ans et qui a parlé français avec sa mère jusqu’à sa mort. Dans La nuit est ma femme, un de ses deux romans en français qui ont été retrouvés, il dit: "Quand j’écris, j’écris toujours en français." Même lorsqu’il écrivait en anglais, c’est le français qui habitait son esprit."

Visions de/of Kerouac
Le 22 novembre à 20h
À l’auditorium du Musée national des beaux-arts du Québec

C’tà ton tour Jack!
Le 24 novembre à 20h
Au Cabaret du Capitole

Québec Kerouac 2012
Du 21 au 25 novembre
www.jazzaquebec.ca

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Jack Kerouac selon Pierre Flynn

"Il y a chez Kerouac un enthousiasme, une fascination pour la beauté du monde, c’est ce qui fait qu’on y retourne. Il y a dans son regard une sensibilité extrême, un émerveillement constant. Il voyait la beauté dans tout, même si ce n’était pas un gars très doué pour le bonheur. Son besoin d’écrire était peut-être un peu le résultat d’un mal de vivre. Comme disait Cohen: "There is a crack in everything, that’s how the light gets in.""

Jack Kerouac selon Yann Perreau

"Je lisais Les vies parallèles de Jack Kerouac, un livre d’entretiens avec ses amis, sa famille et ses maîtresses, pendant le premier voyage pack-sack que j’ai fait sur le pouce de Montréal jusqu’à San Francisco. J’ai été happé par le mythe du voyou, du vagabond, du routard, comme plusieurs jeunes le seront bientôt quand l’adaptation cinématographique de On the Road va sortir."

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