Blogue de Manon Dumais Cinémaniaque RSS

Après des études en arts, en cinéma et en littérature, j’ai tenté de me trouver un poste d’enseignante au cégep ou devenir muse d’un grand écrivain. Ayant un loyer à payer, je suis tour à tour devenue correctrice-réviseure, rédactrice de manuels scolaires et fille de pub. Puis, par un beau jour d’automne, je devins journaliste et critique de cinéma. The rest is history, comme qu’on dit…

Karlovy Vary 2012 : le système D

9 juillet 2012 · Divers · Manon Dumais

À écouter les propos de Martin Villeneuve, la réalisation de son premier long métrage, Mars et Avril, fut une odyssée pour le moins périlleuse, voire cauchemardesque. Ainsi, peu importe la question, il en revient toujours aux nombreuses difficultés rencontrées en chemin, lesquelles l’ont toutefois permis de se dépasser de son propre aveu. Il faut dire que ce projet, qui avait débuté modestement en photo-roman il y a une dizaine d’années, était plus qu’ambitieux, c’est-à-dire, très coûteux. « Le livre a toujours été un objet de grand intérêt et de fascination pour moi, affirme Villeneuve. Quand j’ai commencé le tome 1, j’étudiais en design graphique et en cinéma; c’était une plate-forme de grande liberté de revisiter le photo-roman avec un parti pris moderne où je pouvais raconter une histoire qui n’était pas tributaire d’une machine complexe comme le cinéma et le théâtre. C’est Robert Lepage qui a eu l’idée d’en faire un film en venant faire les photos du tome 2; il avait lu le premier tome et avait assez aimé ça pour s’impliquer dans le second. Selon lui, de combiner les deux tomes ferait un bon film. » Le premier tome ayant été bien accueilli, il allait de soi [...]

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Karlovy Vary 2012 : un couple étonnant

9 juillet 2012 · Divers · Manon Dumais

Jacques Languirand a rencontré Martin Villeneuve il y a une dizaine d’années alors que celui-ci étudiait en design graphique. L’homme de radio ayant tâté du théâtre avec la troupe des Compagnons du père Legault ne se doutait pas que ce jeune homme rêvant de travailler avec lui allait lui permettre de jouer au grand écran l’amoureux transi d’une jeune femme, qui plus est, l’actrice d’expérience Caroline Dhavernas. « J’ai adoré ça, faire semblant, c’est un sport extraordinaire, lance Jacques Languirand. J’ai beaucoup aimé joué avec les instruments qui étaient plus fous les uns que les autres. Toute cette folie-là m’a intéressé, c’est pourquoi lorsqu’il m’a appelé et qu’il m’a dit qu’il avait un rôle pour moi, je croyais que c’était d’apparaître ici et là. »  Dans Mars et Avril, le débutant de 81 ans incarne un musicien célèbre dont les instruments à vent sont conçus d’après des corps de femmes par un jeune créateur (Paul Ahmarani) et son génie de père (Robert Lepage). Lorsqu’arrive un jour Avril (Dhavernas), photographe asthmatique, le vieux musicien et le jeune créateur ont tous deux le coup de foudre pour cette muse folle d’amour pour le vénérable vieillard. Au même moment, l’Homme s’apprête à [...]

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Karlovy Vary 2012 : Père et fils

5 juillet 2012 · Divers · Manon Dumais
Karlovy Vary 2012 : Père et fils

Camion de Rafaël Ouellet possède des qualités narratives et visuelles indéniables, mais il ne faudrait certainement pas passer sous silence le superbe trio d’acteurs que forment Julien Poulin, Patrice Dubois et Stéphane Breton : « La direction de Rafaël est extrêmement importante, reconnaît Poulin. Tu as beau diriger, il faut que tu puisses guider avec des images, avec un ton. Rafaël a créé un climat très, très intime. L’autre élément important, c’est l’endroit. Pour le tournage, je me suis retrouvé à Dégelis, un endroit plein de camionneurs. J’allais dîner avec des camionneurs; tranquillement, je les observais pour m’en inspirer. » « C’est tellement important de vivre avec ce qu’on fait et de faire avec ce qu’on vit, renchérit Dubois. Il y a une espèce de cohabitation avec nos projets, ça change notre façon de vivre, ce travail-là devient plus un temps que tu donnes à quelque chose. Je ne craignais pas d’avoir deux jours de congé à Dégelis, de restes dans mes affaires. » Sombrant peu à peu dans la dépression après avoir subi un accident de la route, le père Racine (Poulin), veuf, appelle son fils Samuel (Dubois), qui [...]

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Karlovy Vary 2012 : De Bergman… à Passe-Partout

5 juillet 2012 · Divers · Manon Dumais
Karlovy Vary 2012 : De Bergman… à Passe-Partout

« Jusqu’à quel âge est-on encore considéré comme un jeune réalisateur? » a demandé aux journalistes québécois Rafaël Ouellet, 38 ans, venu présenter son quatrième long métrage, Camion, en compétition officielle au 47e Festival international de films de Karlovy Vary. J’aimerais bien pouvoir lui répondre, toutefois après avoir vu Camion, prenant portrait d’hommes à la dérive, je me dis que bientôt on laissera tomber l’épithète « jeune » pour la remplacer par « accompli ». De fait, avec Camion, Ouellet signe son film le plus mûr, le plus abouti, tant au niveau du récit que de la mise en scène. Alors qu’il songeait à tourner un film-laboratoire sur son père camionneur et son frère, le réalisateur, craignant que le résultat soit plutôt ennuyant a alors imaginé une fiction mettant en scène un camionneur. Lui est apparu le visage de Julien Poulin pour ce rôle, puis celui de Patrice Dubois, vu dans Derrière moi, dans le rôle du fils, et enfin, celui de Stéphane Breton, qui avait joué sous sa direction dans un court métrage improvisé à Regard sur le court, pour incarner le second fils. Film traitant de la dépression, de la [...]

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Karlovy Vary 2012: Dobry den Québec!

3 juillet 2012 · Divers · Manon Dumais
Karlovy Vary 2012: Dobry den Québec!

Mars et Avril de Martin Villeneuve: une étonnante fantaisie cosmique punk et baroque. (photo: Alliance Vivafilm)

Du Montréal futuriste à la planète Mars, en passant par le Québec rural, Martin Laroche, Rafaël Ouellet et Martin Villeneuve ont démontré aux enthousiastes et jeunes spectateurs du Festival international de films de Karlovy Vary que le cinéma québécois rimait avec singularité, audace et débrouillardise. Dans son troisième long métrage, Martin Laroche (La logique du remords, Modernaire) traite de mutilations génitales dans un contexte de fête foraine du point de vue de Sophie (Marie-Évelyne Lessard, belle révélation du film), aspirante réalisatrice d’origine africaine. Tourné en caméra subjective, Les manèges humains prend la forme d’un documentaire ludique ponctué d’amusantes conversations entre amis et confrères qui se transforme bientôt en thérapie bouleversante. Afin de s’émanciper sexuellement, Sophie fera une demande des plus troublantes à un collègue de travail. « Je n’ai pas rencontré de femmes excisées, explique Laroche, mais quand j’ai vu des entrevues d’Ayaan Hirsi Ali, militante somalienne ayant subi l’excision enfant, j’aimais son côté femme forte, et c’est ce que je voulais [...]

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Karlovy Vary 2012 : une belle révélation

1 juillet 2012 · Divers · Manon Dumais
Karlovy Vary 2012 : une belle révélation

Martin Laroche et Marie-Évelyne Lessard se sont connus à Sherbrooke où ils évoluaient au sein de la ligue d’impro. S’étant perdus de vue, ils se retrouvent à Montréal. Laroche refile alors à la jeune comédienne un scénario traçant le portrait d’une Africaine ayant subi l’excision toute petite. À peine avait-il tourné les talons qu’elle s’est plongée dans la lecture du scénario. Durant sa lecture, elle passe du rire aux larmes, c’est donc sans hésiter qu’elle accepte d’incarner Sophie. « Je me suis beaucoup renseignéesur le sujet, une aberration qui perdure, se souvient -elle, j’ai beaucoup lu, regardé des témoignages. J’ai eu les larmes aux yeux souvent. C’est audacieux d’amener quelque chose d’aussi tragique dans un contexte forain. C’est comme un lieu hétéroclite qui a quelque chose de très québécois comme signature. On se ramasse en région où on aurait pu aller dans le documentaire, dans le témoignage. » En plus d’avoir à traiter d’un sujet grave, le rôle impliquait d’être très souvent derrière la caméra plutôt que devant : « Lors des répétitions, on l’a travaillé comme si j’allais être devant la caméra. On voulait [...]

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Karlovy Vary 2012 : une histoire d’amour et d’excision

1 juillet 2012 · Divers · Manon Dumais
Karlovy Vary 2012 : une histoire d’amour et d’excision

Troisième long métrage de Martin Laroche (La logique du remords, Modernaire), Les manèges humains nous transporte au sein d’une petite bande travaillant dans un parc d’attractions ambulant afin de traiter… de mutilations génitales. Bachelière en cinéma, Sophie (Marie-Évelyne Lessard) y travaille avec sa meilleure amie Geneviève (Stéphanie Dawson), Guillaume (Alexandre Dubois), petit ami de celle-ci, Frédéric (Marc-André Brunet), à qui elle plaît, et Normand (Normand Daoust), la force tranquille du groupe. Lorsque le patron du parc (Michel Vézina) demande à Sophie de tourner un documentaire sur l’établissement, cette dernière, ne pouvant plus se séparer de sa caméra, lèvera le voile sur l’excision qu’elle a subie à quatre ans avant d’émigrer de l’Afrique au Québec. « J’ai un cousin qui travaille au parc d’amusements où on a tourné, expliquait le réalisateur après la projection de presse du samedi matin. Il m’avait un jour offert d’y tourner. C’est un lieu que je trouve super intéressant où j’ai toujours eu envie de tourner et j’avais aussi lu quelques livres sur l’excision. J’avais donc les deux idées séparées, deux scénarios; à un moment donné, je [...]

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Karlovy Vary 2012 : La reine Helen

1 juillet 2012 · Divers · Manon Dumais

Vendredi soir, lors de la cérémonied’ouverture, l’actrice britannique Helen Mirren a reçu le Globe de cristal pour sa contribution exceptionnelle au cinéma. Au cours de son discours, où elle a rendu hommage à la regrettée Nora Ephron, Mirren déplorait qu’il y ait peu de femmes réalisatrices. Afin d’appuyer ses propos, elle s’est retournée vers le président du Festival de Karlovy Vary pour lui demander combien de films réalisés par des femmes y étaient programmés, ce à quoi il n’a pu répondre. Le lendemain, à la conférence de presse, Helen Mirren est revenue sur le sujet. « Je ne parlais pas spécifiquement des actrices, mais bien des réalisatrices. Il y a beaucoup de femmes dans l’industrie mais peu d’entre elles se retrouvent sur les plateaux. J’ai toujours dit aux scénaristes qu’ils n’avaient pas à se soucier d’écrire des rôles pour les actrices en leur expliquant qu’ils n’avaient qu’à les écrire pour les acteurs et ensuite leur donner un nom féminin. Dans La tempête, de Julie Taymor, où j’ai joué Prospera, le rôle était écrit pour un homme et la conversion a bien fonctionné. Je ne me suis jamais plainte à propos des rôles de femmes en fiction, mais [...]

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Tomboy : Un film queer?

8 juin 2012 · Divers · Manon Dumais

L’an dernier, l’excellent Tomboy de Céline Sciamma remportait le Grand prix du jury aux Teddy Awards de Berlin, lesquels saluent depuis 1987 les films évoquant de façon positive la communauté LGBT. Lorsque je l’ai rencontrée au Rendez-vous d’Unifrance en janvier dernier, j’ai osé lui demander si elle craignait que son film ne soit ainsi «ghettoïsé», risquant de lui faire perdre des spectateurs peu attirés par la culture queer. Voici ce qu’elle m’a répondu: «Le film est soumis à plusieurs interprétations, il est très ouvert et c’est sa façon d’être politique que de ne pas s’adresser à une communauté, mais au contraire de créer des liens. À l’inverse, si jamais la communauté LGBT n’arrivait pas à connecter au film, j’en aurais été fort triste parce qu’elle est la première concernée officiellement par cette thématique. Je suis ravie qu’elle puisse s’approprier le film, mais je ravie qu’elle n’en soit pas la propriétaire. Ça prouve justement que le film est utile, qu’il est un refuge pour plein de gens. Le film a plusieurs couches, il  parle aussi des petits garçons, le public masculin s’identifient beaucoup à ce personnage de fillette se faisant passer pour un garçon. C’est là où [...]

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Cannes 2012: démocratique mais pas unanime

29 mai 2012 · Divers · Manon Dumais

En descendant de l’avion dimanche soir, mon premier réflexe a été d’aller lire les résultats du palmarès du 65e Festival de Cannes. Quouaaaah? De rouille et d’os de Jacques Audiard ne s’y trouve pas? Quouaaah? Le Grand prix du jury à Reality de Matteo Garrone? Dis donc, Nanni, tu veux vraiment que je laisse échapper mon iPhone sur le tarmac? De fait, si Amour de Michael Haneke mérite tout à fait la Palme d’or du 65e Festival de Cannes, certains choix de Nanni Moretti et son jury laissent perplexe. Un peu plus tôt ce dimanche, ces derniers ont remis leurs prix, sacrant sans surprise le drame gériatrique Amour de Michael Haneke, grand favori de cette compétition en dents de scie où, selon le cinéaste italien, «les cinéastes m’ont semblé plus amoureux de leur style que de leurs personnages». En recevant la Palme d’or trois ans après Le ruban blanc, le grand réalisateur autrichien rejoint les Coppola (The Conversation, Apocalypse Now), August (Pelle le conquérant, Les meilleures intentions), Imamora (La ballade de Narayama, L’anguille), Kusturica (Papa est en voyage d’affaires, Underground) et les frères Dardenne (Rosetta, L’enfant) au club sélect des double-palmés d’or.

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