Cuisiner le web dans la cuisine de Francfort

24 mars 2012 22h54 · Marie D. Martel

La cuisine de Francfort est l’oeuvre de la première femme architecte autrichienne : Margarete Schütte-Lihotsky (1897-2000), une pionnière de l’architecture domestique et une militante anti-nazie.

La cuisine de Francfort a été dessinée en 1926 suivant l’approche du design fonctionaliste visant à optimiser, à peu de frais, l’exécution des tâches ménagères. Cette première cuisine laboratoire moderne, mesurant 1,9 X 3,4 mètres, s’inscrivait dans le cadre du projet d’habitat social à Francfort-sur-le-Main conçu par l’architecte Ernst May.

Le problème de la rationalisation du travail de la ménagère a la même importance dans toutes les couches de la société. Les femmes de la classe moyenne, travaillant souvent sans aide [sans domestique] chez elles, ainsi que les femmes de la classe ouvrière, ayant souvent un travail en dehors du foyer, sont surchargées au point que leur stress peut entraîner des répercussions sérieuses sur la santé publique au sens large. (Margarete Schütte-Lihotsky)

Un documentaire sur la cuisine de Francfort a été présenté dans le cadre du FIFA, le 23 mars 2012. C’est là dont j’ai entendu parlé de l’influence des travaux de Christine Frederick sur la démarche de Margarete Schütte-Lihotsky. Christine Frederick a, dans ses propres termes, domestiqué – dans le sens de : appliqué à la sphère domestique -, la gestion rationnelle et l’efficacité scientifique que Taylor avait développé pour le monde industriel.

On n’imagine pas à quel point le design d’une cuisine véhicule tout un ensemble de présupposés sur notre rapport à la nourriture, la consommation, l’hygiène, la famille, sur les rôles respectifs des femmes et des hommes, et comment des propositions comme celles de Schütte-Lihotsky visaient délibérement à les confronter.

Quelques remarques suite à la recherche web que j’ai effectuée par curiosité après le visionnement de ce film et qui a pris, comme cela arrive régulièrement, l’allure d’un butinage médiagraphique varié :

1. La photo (ci-haut) de la cuisine de Francfort, n’est plus sous droit d’auteur, elle appartient au domaine public.

2. On peut aussi trouver une agréable photo (ci-haut) des tiroirs en aluminium qui caractérise la cuisine de Francfort et qui a été volontairement placée dans le domaine public par son auteur, Christos Vittoratos. Quand je lis cette licence : « Moi, propriétaire du copyright de cette œuvre, la place dans le domaine public. Ceci s’applique dans le monde entier », j’éprouve toujours un léger choc. C’est un geste politique fort qui soutient la possibilité d’une approche alternative de la création en ce moment où l’hystérie du copyright est assez commune.

3. On peut dénicher des classiques de Christine Frederick comme The New Housekeeping: Efficiency Studies in Home Management (1913), sur Internet Archives dans la section American Libraries. Dans le domaine public, ce livre numérisé provient des collections de la bibliothèque de Harvard. Sur la page de Internet Archives, on offre la possibilité de télécharger un pdf à partir de Google mais lorsque l’on se rend sur la page de Google Books, on n’y repère pas de ebook téléchargeable. Même ma solution de contournement via Google Book Downloader n’a pas donné de résultat. Les seules options proposées sont marchandes. Que se passe-t-il avec les copies numérisées appartenant au domaine public de ce qui était appelé à devenir la plus grande bibliothèque du monde au temps du Google Print Project ? Est-ce un problème temporaire comme on a pu l’observer récemment du côté des téléchargements gênés apparemment par la venue du service Google Play ? Hum…

Quoiqu’il en soit, j’ai pu télécharger le livre, en dehors de Google, dans une version epub qui faisait aussi partie des choix proposés sur Internet Archives.

4. L’article sur Christine Frederick dans Wikipédia n’existe pas en français. C’est un figure anglophone certes mais majeure. Juste un déséquilibre entre le français et l’anglais ou Wikipédia est-il sexiste ? Ou encore, Wikipédia est-il biaisé faute de femmes contributrices pour assurer la mémoire de leurs paires ?

5. Pour aller plus loin : Le MOMA a acquis l’an dernier un exemple complet de la cuisine de Francfort qui a été exposée lors de l’événement, Counter Space: Design and the Modern Kitchen. Une publication qui porte le même titre accompagne cette exposition.

6. La Bibliothèque du Congrès offre aussi une médiagraphie détaillée sur l’histoire des technologies du travail ménager réalisée par la bibliothécaire en chef de la section référence, division Science, Technologie et Affaires. De la curation professionnelle – bien que la facture de la présentation soit un peu quelconque.

Sur le web, on trouve beaucoup de réponses et encore plus de questions.

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