Blogue de Marielle Couture Voir au loin RSS
Idées émergentes, folies passagères, humeurs flottantes, au gré des vents de Sainte-Rose-du-Nord.
Je travaille dans le domaine de la création. Dans un domaine où tout-à-coup, parce que la nouvelle caméra HD de Sony est en spécial chez Costco, les vidéos de bébés qui pètent avec de la poudre entre les fesses pullulent sur Youtube. Avec un minimum de débrouillardise, on peut cracker Photoshop et se prétendre designer graphique. En plus, tout le monde a offert un nouvel appareil numérique à tout le monde pour Noël. On peut donc tous se joindre au mouvement global et envahir la planète de millions d’images, parfois jolies, parfois en mouvement, parfois ridicules, souvent plus révélatrices des nouvelles perversions de la société qu’autre chose. Mais un phénomène est fascinant. Dans ce monde où nous sommes submergés d’images, de couleurs ultra-saturées, de beaux bodys photoshopés, de faux vintage mal vigneté, la plupart des gens font preuve d’un manque d’imagination épeurant. Je parlais récemment avec un professeur d’art au primaire qui me racontait que désormais, quand on demande aux enfants de dessiner quelque chose, ils ont d’abord besoin d’aller voir sur Google images marque déposée. Plus de bonhommes disproportionnés, avec les doigts en boudins et le ventre rond. Plus de chats avec plus de moustaches que de poils. Plus [...]
Fin décembre, je pensais bien faire une petite revue personnelle de l’année. Je l’imaginais légère, drôle, sans regrets, toute reluisante d’espoir pour l’année à venir. Début janvier, je voulais faire une critique de notre Bye Bye régional, Bebye làlà. J’ai pas aimé ça. Je voulais penser que c’était de la mauvaise foi, j’aurais voulu passer par dessus. Mais finalement, je reste avec un sentiment qu’avec tout le talent qui bouillonne ici, mieux aurait pu exister. Facilement. C’était une belle initiative, mais tellement enrobée dans le partenariat douteux de la commandite saguenéenne, que c’en est devenu du chauvinisme mal placé. La Une du Quotidien, resplendissante. Les gens en pamoison. Coudonc. Je dois être de mauvaise foi, j’ai pas aimé ça. En tout cas, je voulais défoncer l’année avec quelque chose de terrible. Et puis ce matin, je me disais qu’il était rendu bien trop tard pour critiquer le Bye Bye. Franchement. On est le 12 janvier. Pour l’actualité brûlante, le lendemain soir était déjà un peu tard pour en parler. Mais voilà que Simon Jodoin lui-même ose aborder le sujet dans sa chronique. Soudainement, c’est la foule sur ma planète. Moi qui pensais être la seule à me sentir décalée, [...]
19 décembre. Ça vient de me prendre, direct au ventre. Comme quand j’avais cinq ans. J’ai hâte. J’ai envie de faire des folies, des choses toutes spéciales. Tout d’un coup, ma soif de justice sociale se transpose en soif d’amour universel, de moments partagés, de calme, de sucreries, de nostalgie, de mon nez plongé dans les cheveux de mes enfants, de fins de soirées au bord du feu avec l’homme de ma vie, de bon vin. Je lis les articles polémistes avec un sourire en coin, les frasques de Richard Martineau ne me font même pas sourciller. Je n’ai pas envie de travailler. Alors j’écris. Noël est une belle occasion pour donner. J’aime donner. J’ai tellement de plaisir à donner, que j’ai fait deux enfants. Et là, je vous jure, je donne tout ce que j’ai. J’ai une entreprise et tendance à ne pas charger assez cher, je le sais. Mais je n’y peux rien, la soif de profits ne m’habite pas. Je n’aime pas la vente, je ne sollicite jamais un client potentiel. Ça m’écoeure. J’écris aussi pour Voir. Je blogue, gratuitement*. Je donne mes mots contre une tribune, j’adore ça. Je n’ai pas la prétention de me mesurer [...]
Difficile de critiquer en région. Être artisan de la culture en région est un exploit en soi, alors critiquer le travail de ceux et celles qui la font relève de l’acte de pur courage, de celui qui nous faisait admirer les preux chevaliers. Parce que si tu critiques, tu te feras trancher la tête. Les raisons en sont fort simples, et même compréhensibles. Quand une compagnie de théâtre (par exemple) attire un public restreint et la plupart du temps déjà converti, aller dire dans le journal ou à la radio que la pièce manque de ci ou de ça, que tel ou tel comédien joue mal ou avec un français pas très international, c’est tirer dans le pied d’une industrie qui peine à survivre. Mais plus que ça, la proximité régionale fait en sorte que le comédien que tu as vertement critiqué, tu vas le croiser avant qu’une semaine ne soit passée dans un vernissage, un 5 à 7, bref, faudra que tu te justifies en personne. L’enfer est pavé de bonnes intentions L’objet qui soulève la critique aujourd’hui est une initiative du RAJ02 (Regroupement action jeunesse) et de Migraction, qui ont pour mission de garder nos jeunes ici, en [...]
Quand j’étais petite, je prenais l’avion souvent. Mon père à Saskatoon, ma mère à Montréal. J’avais 6 ans, un gros macaron rouge et blanc pour m’identifier, mineure non accompagnée. J’allais visiter mon « autre parent » à tous les trois mois environ, c’est dire si j’ai traîné dans les salles de break des employés d’Air Canada. Je ne sais pas pourquoi, peut-être parce qu’ils étaient moins chers, peut-être parce que mes parents avaient une commandite tellement ils utilisaient le service pour me partager, mais du plus loin que je me rappelle, entre l’âge de 6 ans et 11 ans, j’ai vraiment beaucoup fréquenté les hôtesses de l’air chez Air Canada. Mon père était un militant. Un vrai. Un pur. Et il tenait mordicus à faire sa part pour promouvoir la langue française. À Saskatoon? Oui, à Saskatoon. Il y a des francophones, des communautés entières de gens qui parlent français, en-dehors de notre nombril québécois. Pour vous dire, je recevais un enseignement francophone à l’école Canadienne-Française. Il y avait une compagnie de théâtre, qui existe toujours d’ailleurs, La Troupe du jour. Un journal en français, l’Eau Vive. À Radio-Canada, le même téléjournal que dans ton salon et le dimanche soir, la vibrante voix de Jacques [...]
En fin de semaine dans La Presse, il y a avait un joli dossier sur les Villes du Québec, après l’ère des fusions. Un regard en arrière. Quossé ç’a donné? En entrevue, majoritairement des maires, dont notre malheureusement célèbre Jean Tremblay. À toutes les fois que je vois un journaliste de l’extérieur se pointer ici, j’ai le fantasme qu’il tombe sur un os. Qu’il trouve quelque chose, qu’il y morde. En lisant l’article, je me suis demandé si Patrick Lagacé avait réellement eu Jean Tremblay en entrevue. Sûrement que oui. Mais s’est-il vraiment déplacé ou avait-il simplement vu quelques photos pour monter son descriptif? Le franc tireur n’aurait pû passer plus loin de la cible avec un tel résumé d’entrevues de surface. À Saguenay, ce n’est pas vrai que la fusion a si bien passé. Pour preuve, il existe encore dix ans après, un comité chargé de promouvoir le nom de Chicoutimi. Parler des fusions ici, et juste de ça, c’est comme parler de mon nouveau mascara. C’est un peu superficiel. Mais je ne juge pas La Presse de faire un dossier au titre parodiant une émission de télé américaine traduite ici, simplement, je trouve que ce qui en transparaît n’est pas [...]
407 habitants, ou une prémisse de proximité
9 novembre 2011 · Société · Marielle CoutureDans moins de sept jours, je deviendrai Roseraine d’adoption. C’est fou, j’ai tellement voyagé et déménagé dans la vie, que je cumule aisément les origines. Je suis fransaskoise de naissance et québécoise dans le sang. J’ai habité Régina, Saskatoon, Montréal, Roberval, Chicoutimi. Et mardi prochain, je déménage à Sainte-Rose-du-Nord, un petit village d’à peu près 407 habitants. Quand j’ai téléphoné, hier après-midi, pour faire transférer mes services de communication (téléphone et internet), mon fournisseur m’annonce qu’il ne couvre pas la zone de mon village. Par contre, il ne sait pas quel fournisseur peut bien couvrir cette zone (mon oeil). Rupture de contrat gratuite faute de responsabilité, je reste de longues minutes devant le téléphone, incapable de le prendre pour composer le numéro 310 de cette maudite compagnie à laquelle j’ai juré de ne jamais plus verser un sou. Parce que service, dans la belle réalité de cette entreprise, il n’y a pas. Bref. Un peu perplexe devant la perspective d’aller à contre-valeurs, je finis par téléphoner la municipalité, pour savoir s’il n’y aurait pas une alternative. Oui, me dit la dame, curieuse de savoir quelle maison j’ai acheté dans le village. Si vous habitez dans le village même, téléphonez à [...]
«Le mot processus vient du latin pro (au sens de vers l’avant) et de cessus, cedere (aller, marcher). Ce mot est également à l’origine du mot procédure qui désigne plutôt la méthode d’organisation, la stratégie de changement.» Source : Article Processus de Wikipédia en français (//fr.wikipedia.org/wiki/Processus) Les indignés s’essoufflent. Les critiques jubilent. Le froid aura raison d’eux. Ils ont peut-être raison. L’occupation a sonné l’alarme de la fin du silence d’une majorité. Un cri. Celui d’une masse de gens engluée dans un sentiment d’impuissance collective. Une masse informe, peuplée de toutes sortes de monde. Des lucides, des naïfs, des conscients, des beaux et des laids, des jeunes et des vieux, des intuitifs, des instruits, des intelligents de coeur, des frères et des soeurs. Ils ne veulent pas tous la même chose. Ils ont peur. Ils ont espoir. Si l’être humain est un paradoxe en soi, je vois mal comment on pourrait exiger de lui un comportement égal, organisé dans une seul et unique but précis, devant être défini et régi, suivi à la lettre comme un protocole sans failles, sans erreur. Ce que l’occupation promettait, elle l’a atteint. Les occupants de Wallstreet définissaient dans leur manifeste un but très précis. Lancer un processus. Et ils ont clairement [...]
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