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	<title>Martin Forgues</title>
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	<description>Un site utilisant Voir</description>
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		<title>Trahir sa soeur d&#8217;armes</title>
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		<pubDate>Fri, 17 May 2013 03:45:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin Forgues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divers]]></category>

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		<description><![CDATA[Cette sordide histoire d&#8217;une militaire de Valcartier à qui des frères d&#8217;armes sans honneur ont volé son téléphone puis diffusé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a target="_blank" href="http://www.journaldequebec.com/2013/05/16/un-sextape-a-ruine-sa-vie" >Cette sordide histoire d&#8217;une militaire de Valcartier</a> à qui des frères d&#8217;armes sans honneur ont volé son téléphone puis diffusé un <em>sextape</em> destiné à son amoureux déployé en Afghanistan me fait hurler.</p>
<p>Bon, c&#8217;est archi-connu, l&#8217;armée est un milieu macho. L&#8217;image de soldats déployés en zone de guerre, tous regroupés autour d&#8217;un ordinateur portable dans une chambre de fortune ou sous la toile d&#8217;une tente et regardant de la porno ne nécessite que très peu d&#8217;imagination.</p>
<p>Dans une autre vie, j&#8217;en fus, au fil de mes onze années de service militaire et de mes deux missions à l&#8217;étranger. Je m&#8217;en confesse. Mais l&#8217;industrie de la fornication rémunérée, aussi controversée et philosophiquement discutable soit-elle, implique néanmoins, de façon générale, des adultes consentants et payés pour des actes sexuels dont ils sont parfaitement conscients qu&#8217;ils seront diffusés à très grande échelle. On les verra, nus comme des vers, ou vêtus de cuir ou de latex ou je ne sais quoi, dans des positions défiant parfois les lois de la physique et d&#8217;une sexualité plaisante pour tous les partenaires impliqués. Contrairement à un <em>sextape</em> de nature privée et rendu public seulement à la suite d&#8217;un vol odieux perpétré par des soldats qui, de toute évidence, sont indignes de porter l&#8217;uniforme.</p>
<p>Une jeune femme ayant décidé de troquer ses talons hauts pour des bottes de combat et de servir sous le drapeau du Royal 22e Régiment. Une soldate d&#8217;infanterie ayant fait le choix courageux d&#8217;oeuvrer dans un milieu encore dominé par les hommes et qui le restera certainement pour un bon moment. Un courage qu&#8217;il faut saluer nonobstant nos allégeances idéologiques &#8211; c&#8217;est la façon dont elle a choisi de servir sa société. Une soldate maintenant brisée non pas par l&#8217;horreur du combat, l&#8217;acte de tuer ou la perte d&#8217;un frère d&#8217;armes. Non, brisée par la trahison de ses collègues qui ont bafoué son honneur et qui ont choisi consciemment de l&#8217;offrir en pâture aux sens lubriques de la collectivité militaire.</p>
<p>La suite? Des regards lascifs, des remarques déplacées, des demandes d&#8217;autographes par des homologues américains. Une soldate traînée dans la boue par ses frères d&#8217;armes. Un leadership déficient qui a échoué à prendre des actions appropriées. Le résultat? Une carrière ruinée, un rêve qui se termine.</p>
<p>L&#8217;honneur et la loyauté envers ses frères d&#8217;armes sont le noyau des valeurs militaires. En volant le bien d&#8217;autrui et en diffusant une vidéo qui allait humilier leur soeur d&#8217;armes, ces soldats s&#8217;en sont montrés indignes. Indignes de porter l&#8217;uniforme, indignes d&#8217;arborer sur leurs bérêts l&#8217;écusson de leur régiment, indignes du sacrifice consenti par leurs prédécesseurs sur la crête de Vimy ou à Casa Berardi. Ces pleutres sont une honte. Ils consolident ce mur qui s&#8217;érige devant les femmes désirant servir dans les armes de combat. Certains diront qu&#8217;elle connaissait la réalité du milieu avant de s&#8217;enrôler &#8211; peut-être, mais rien ne justifie d&#8217;humilier un frère ou une soeur d&#8217;arme de quelque façon que ce soit. Jamais.</p>
<p>Au centre de ce scandale se trouvent, en plus du sexisme évident, les notions d&#8217;honneur et de confiance en ses frères d&#8217;armes, cruciaux lorsque vient le temps d&#8217;affronter l&#8217;horreur de la guerre. J&#8217;ai servi avec plusieurs femmes au cours de ma précédente carrière. <a target="_blank" href="http://martinforgues.files.wordpress.com/2012/07/chacc82telaine-vecc81tecc81ranes-octobre-2012.pdf" >Quelques-unes m&#8217;ont d&#8217;ailleurs récemment parlé de leur malaise face à la culture militaire et des tabous relatifs au service des femmes dans les forces armées</a>. Je fus témoin à plusieurs reprises de l&#8217;intérêt de plusieurs de mes ex-camarades envers des collègues féminines. Je m&#8217;en suis moi-même rendu coupable. Rien, cependant, qui transgressait ces valeurs et qui allait au-delà d&#8217;un &laquo;&nbsp;non&nbsp;&raquo; bien senti et davantage respecté.</p>
<p>Les femmes sont peu nombreuses dans l&#8217;infanterie et, oui, parfois, des histoires dignes d&#8217;un roman-savon couleur vert kaki surviennent. La jalousie et l&#8217;envie s&#8217;installent au sein de l&#8217;unité et, bien sûr, pernicieusement, on blâmera la femme d&#8217;avoir brisé la cohésion qui régnait avant son arrivée au sein de l&#8217;unité. On l&#8217;accusera d&#8217;utiliser ses charmes pour obtenir des avantages. Mais même si certaines le faisaient vraiment, un acte tel que celui qui nous occupe demeure impardonnable. Les profiteurs n&#8217;ont, après tout pas de genre assigné et il existe des mécanismes pour régler le problème sans double standard.</p>
<p>Si les forces armées ont décidé d&#8217;ouvrir les rangs aux femmes, il revient aux soldats de faire preuve du professionnalisme nécessaire pour s&#8217;adapter au changement. Les femmes ont beaucoup à apporter dans les armes de combat &#8211; il est heureux d&#8217;y constater un lent, très lent changement de culture, un progrès malheureusement réduit à néant par des gestes aussi révoltants. Le succès de telles réformes aussi irrépressibles que souhaitables dépend d&#8217;un leadership fort encore trop souvent timide, voire absent lorsque survient un tel cas.</p>
<p>Malheureusement pour la soldate Alexandra-Kim Martin-Roberge, la devise <em>Je me souviens</em>, celle du Royal 22e Régiment, prendra désormais un tout autre sens.</p>
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		<title>Boston &#8211; montrer les images, oui ou non?</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Apr 2013 14:42:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin Forgues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Des bombes ont explosé au milieu d&#8217;une foule au fil d&#8217;arrivée du marathon de Boston. Une autre tragédie qui vient [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Des bombes ont explosé au milieu d&#8217;une foule au fil d&#8217;arrivée du marathon de Boston.</p>
<p>Une autre tragédie qui vient faire des victimes innocentes. L&#8217;horreur de la haine en images tournant sans cesse depuis lundi après-midi.</p>
<p>On en sait encore trop rien en ce mardi matin sinon les faits &#8211; deux bombes ont explosé, il y a des morts et des blessés. Le reste n&#8217;est que spéculation et désinformation crasse.</p>
<p>Parlons donc médias et journalisme. Plusieurs réactions réalimentent un sempiternel débat sur la diffusion d&#8217;images-choc de blessés. Doit-on montrer des images frappantes, souvent morbides, de tragédies dans les médias? Est-ce nécessaire pour en comprendre la portée? Je partage ici un texte écrit pour ProjetJ.ca l&#8217;an dernier à propos d&#8217;images publiées dans le Los Angeles Times montrant des soldats américains posant avec les restes d&#8217;un kamikaze en Afghanistan.</p>
<p>Voici donc le texte. Je vous invite, bien sûr, à débattre de la question.</p>
<p>&laquo;&nbsp;La vérité sans censure ni vernis</p>
<p>Par Martin Forgues</p>
<p>Que se passe-t-il dans les rangs de l’armée américaine pour que soient publiés d’hallucinants reportages qui suscitent un profond dégoût, tant par l’histoire racontée que par un supposé manque d’éthique de la part des médias?</p>
<p>Autant d’encre que de sang ont coulé dans la foulée des derniers scandales impliquant l’armée américaine en Afghanistan. Encore aujourd’hui, l’opinion publique s’embrase.</p>
<p>Suite à l’autodafé de copies du Coran il y a deux mois, et après que des Marines aient été accusés d’avoir soulagé leurs vessies sur des cadavres d’insurgés en janvier dernier, l’indignation provient cette fois de photos montrant des soldats d’élite de la 82e Division aéroportée posant fièrement, tels des chasseurs revenus au camp avec leur gibier fraîchement abattu, à côté des restes de ce que le Los Angeles Times, qui a sorti la nouvelle, décrit comme un kamikaze.</p>
<p>De quoi glacer le sang. Des images semblant sortir tout droit d’un mauvais <em>snuff</em>, ces films clandestins mettant en scènes de véritables séquences de torture et de meurtre.</p>
<p>Mes trois personnalités – l’être humain, le journaliste et l’ex-soldat – ont crié d’indignation, à l’unisson, dans un rare moment où elles ne m’entraînent pas dans leur spirale conflictuelle.</p>
<p>L’être humain et le journaliste ne peuvent néanmoins s’empêcher de chercher à comprendre ce qui a mené à cette faillite morale chez des soldats appartenant à un corps d’élite, des parachutistes pourtant réputés comme possédant une résilience dépassant de loin celle du commun des mortels.</p>
<p>L’ex-soldat se remémore alors son séjour en Afghanistan, témoin de la déshumanisation qu’engendre la guerre. Sans chercher à justifier ce que montrent ces photos, il connaît la réalité que vivent les soldats américains alors qu’ils combattent toujours sur deux fronts, afghan et irakien, et que les troupes sont trimballées d’un endroit à l’autre, sans trop de répit, durant des années, alternant missions de combat, entraînement et, surtout, vivant quotidiennement le deuil et la frustration devant la mort de leurs frères d’armes. De quoi pomper l’humanité hors de l’âme, laissant ainsi libre cours aux instincts bestiaux qui hibernent dans ses recoins les plus sombres.</p>
<p>Mais cette fois, comme il arrive souvent lorsque les médias couvrent les guerres ou autres catastrophes, ce ne sont pas seulement les informations et ces clichés qui soulèvent la grogne, mais leur publication même.</p>
<p>La controverse se résume bien dans un seul tweet posté sur le réseau éponyme. «Ce que les soldats américains ont fait est extrêmement ignorant et offensant. Ce que le<em> LA Times</em> a fait est extrêmement irresponsable et un manque d’éthique», pouvait-on y lire. La question qui pend au bout des lèvres: doit-on publier ces images?</p>
<p>Le spectre de la publication des photos du cadavre du bébé de Charles Lindbergh, dans les années 30, revient de nouveau hanter les médias qui marchent encore une fois sur ce mince fil entre information et sensationnalisme, parfois, faut-il l’admettre, avec l’aisance d’un funambule qui aurait pris un verre de trop avant sa prestation.</p>
<p>Un exemple plus récent – et local – est cette photo d’une main inerte et pendant hors des décombres d’un immeuble en Haïti suite au séisme qui a semé la désolation dans la Perle des Antilles et qui avait orné la une de La Presse en janvier 2010.</p>
<p>Sans prétendre au monopole de la vérité, ma réponse est oui, absolument, il fallait publier ces images n’en déplaise aux chantres du «propre», aux apôtres de l’information aseptisée, aux disciples de la rectitude politique et aux <em>bleeding hearts</em> qui ne veulent pas voir le monde tel qu’il est.</p>
<p>Le rôle des médias n’est pas de peindre une toile impressionniste bucolique ou d’embellir une histoire pour préserver yeux et oreilles chastes. Ce qu’ils préservent, c’est l’authentique, le réel. Le travail des journalistes est de rendre compte de la réalité qui, faut-il le rappeler, est plutôt laide sur la majeure partie du globe.</p>
<p>Des réalités dont nous, citoyens du monde «développé», devons être informés tant pour une raison de décence humaine que, dans le cas qui nous occupe, pour tenir en joue les institutions, leurs agissements, leurs succès, mais, surtout, leurs dérapages.</p>
<p>Tant que l’intérêt public est servi, loin devant les impératifs pécuniaires des médias qui publient ces images fortes et impressionnantes, la vérité doit être dévoilée, contextualisée, sans censure ni vernis.</p>
<p>Tout comme devra être connu, le temps venu, le sort de ces soldats, qui devront maintenant affronter la sévérité de la justice militaire.&nbsp;&raquo;</p>
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		<title>Un anniversaire à-propos</title>
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		<pubDate>Mon, 25 Mar 2013 16:52:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin Forgues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Mediapart fête ses cinq ans cette année. Des noces de bois, donc, pour ces vaillants guerriers de l&#8217;information indépendante qui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Mediapart fête ses cinq ans cette année. Des noces de bois, donc, pour ces vaillants guerriers de l&#8217;information indépendante qui ont épousées une forme de journalisme et une langue qui ne le sont certainement pas.</p>
<p>Les faits d&#8217;armes de Mediapart sont nombreux, mais un d&#8217;entre eux les a élevés au sommet des petits médias que les puissants devront désormais craindre &#8211; l&#8217;éclatement au grand jour, en 2010 de l&#8217;affaire Liliane Bettencourt, ce scandale politique qui amène ces jours-ci l&#8217;ex-président Nicolas Sarkozy devant un juge d&#8217;instruction suite à sa mise en examen &#8211; une procédure pénale &#8211; pour &laquo;&nbsp;abus de faiblesse&nbsp;&raquo;, soupçonné d&#8217;avoir un peu trop bénéficié des largesses pécuniaires de la richissime héritière des cosmétiques L&#8217;Oréal. Un exploit journalistique majeur pour la petite organisation qui a depuis vu le nombre de ses abonnements exploser.</p>
<p>Un anniversaire fort à-propos, alors que le journalisme traverse une crise non seulement économique, mais aussi existentielle.</p>
<p>On le sait, la méfiance du public envers les médias s&#8217;accentue au rythme des multiples accusations auxquels journaux, radios et réseaux télévisés font face. Des accusations provenant de part et d&#8217;autre du spectre idéologique &#8211; à ce chapitre, l&#8217;invective anti-<em>establishment</em> médiatique est politiquement et socialement ambidextre. Convergence et concentration de la propriété par de grandes corporations en génuflexion devant le <em>Kapital</em>. Agendas politiques cachés. Complaisance envers le pouvoir et protection des privilèges. Présence grandissante du mercenariat de l&#8217;opinion au détriment de l&#8217;information. On sent également une retenue dans la  couverture des manifestations étudiantes et des brutales interventions policières, voire une biais favorable envers le pouvoir dans le cas plus flagrant de la nébuleuse médiatique québécorienne.</p>
<p>Le plus navrant dans tout ça? Ces accusations sont fondées &#8211; du moins en ce qui concerne les grands médias. La bonne nouvelle? C&#8217;est rarement la faute des journalistes qui, en grand nombre, possèdent des idéaux et souhaitent, comme avec un cabot un peu trop récalcitrant, mettre le nez des puissants dans leur propre merde. Il est aussi injuste de généraliser et de placer les journalistes et les grands patrons des sociétés propriétaires de médias dans le même panier qu&#8217;il est correct d&#8217;affirmer que c&#8217;est via le travail de journalistes d&#8217;enquête chevronnés qu&#8217;on assiste aujourd&#8217;hui au début du nettoyage de ces écuries d&#8217;Augias qu&#8217;est devenue la politique dans notre Belle Province.</p>
<p>Il est aussi vrai que le paysage médiatique québécois est aussi fortement contaminé par la démagogie et la petite pensée et la bactérie mangeuse de rigueur intellectuelle se trouve en plus forte concentration du côté de la radio-poubelle qui, chaque jour, déverse son fiel à coups de trois syllabes ou moins via des animateurs qui roulent leurs mécaniques avec un faux-semblant de virilité et dont les pets de cervelle occultent l&#8217;existence d&#8217;une réelle réflexion économique, sociale et politique de droite qui pourrait enrichir les débats. Ils aiment citer les Bastiat, Tocqueville, Hayek et Ron Paul sans trop en saisir les nuances tout en balayant du revers de la main tout ce qui se situe moindrement à gauche, rendant l&#8217;exercice fort dangereux. Non, ce n&#8217;est pas simplement de la radio-poubelle &#8211; c&#8217;est la poubelle de la poubelle, celle où un jette une poubelle rongée par trop de déchets corrosifs. Mais je m&#8217;égare.</p>
<p>Il existe un avenir pour les Mediapart de ce monde qui, contrairement à un <em>establishment</em> médiatique devenant lourd, possèdent une grande liberté, un large espace créatif et peuvent s&#8217;abreuver des idéaux de ses journalistes, sans toutefois pouvoir se dérober à un important devoir de rigueur. Le site web américain ProPublica, fort du soutien de la Fondation Sandler et de son prix Pulitzer reçu en 2010, renouvelle la pratique du journalisme d&#8217;enquête. Des initiatives comme le journal web Le République commencent aussi à bourgeonner dans l&#8217;espace médiatique québécois.</p>
<p>Le journalisme doit impérativement redevenir ce pourfendeur d&#8217;injustice et ce chien de garde de l&#8217;intérêt du public dont il doit regagner la confiance si on tient à une réelle démocratie. Il sera d&#8217;ailleurs question de la place du journalisme indépendant et de son engagement sociopolitique <a target="_blank" href="https://www.facebook.com/events/353484154760700/?ref=25" >à cette causerie, ce soir </a>- <a href="tablerondeublo.eventbrite.ca/#">il y a encore de la place.</a></p>
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		<title>Dérives&#8230;d&#8217;entrave</title>
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		<pubDate>Wed, 27 Feb 2013 17:28:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin Forgues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[J&#8217;ai l&#8217;habitude de traiter d&#8217;autres choses ici mais, aujourd&#8217;hui, le sujet s&#8217;est imposé de lui-même. &#171;&#160;La prochaine fois que je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>J&#8217;ai l&#8217;habitude de traiter d&#8217;autres choses ici mais, aujourd&#8217;hui, le sujet s&#8217;est imposé de lui-même.</p>
<p>&laquo;&nbsp;La prochaine fois que je te vois travailler de même autour des policiers, je t&#8217;arrête pour entrave [...] Toi t&#8217;es pas une police, moi je suis une police&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Ah, l&#8217;entrave! Cette accusation en vertu du Code criminel qui, dans les circonstances, ne peut aucunement devenir la frime dans le jeu de cartes légal des forces policières lorsque vient le temps d&#8217;entraver le travail des journalistes.</p>
<p>Plusieurs d&#8217;entre vous l&#8217;aurez vu, ce matin, <a target="_blank" href="http://www.lapresse.ca/videos/actualites/201302/27/46-1-des-journalistes-bouscules-par-la-police.php/5f34d8bb6f914506ae47982f68bcc510" >cette pièce d&#8217;anthologie</a> où le journaliste de La Presse Jasmin Lavoie et son caméraman sont littéralement assaillis par Daniel Lacoursière, le responsable médias du Service de police de la Ville de Montréal. Il empile insultes par-dessus menaces, le tout enrobé d&#8217;arrogance pour donner, au final, un argument supplémentaire au postulat selon lequel le lien de confiance entre les forces policières et un pourcentage substantiel de la population est bel et bien brisé.</p>
<p>&laquo;&nbsp;T&#8217;avais pas d&#8217;affaire où t&#8217;étais hier, si tu recommences, je te <em>booke</em>. C&#8217;est clair, c&#8217;est CLAIR?&nbsp;&raquo;, tonne Lacoursière au caméraman, l&#8217;index autoritaire bien pointé et vigoureusement agité. Des actes et des paroles indignes de sa fonction et de son insigne. Il trouve que les journalistes n&#8217;ont pas à lui dire comment faire son travail? Sortez un miroir, monsieur l&#8217;agent, et redites ce que vous avez dit. Il va sans dire que le lien de confiance entre journalistes et policiers se fragilise également au rythme des agressions commises envers reporters, photographes et vidéojournalistes. On assiste au Jour de la marmotte de la violence inutile &#8211; on se souviendra de la résilience d&#8217;un Jacques Nadeau, photographe du Devoir, alors qu&#8217;il était piétiné par le cheval d&#8217;un policier de la cavalerie.</p>
<p>Les frappes policières commises envers les journalistes sont, au même titre que la tactique de charge massive contre des foules pacifiques, inacceptables dans une société dite de droit. Des actes isolés méritent des interventions isolées. Si les journalistes ne peuvent exercer librement leur profession en toutes circonstances, le lien qui les relie à la population qu&#8217;ils ont le devoir d&#8217;informer se fragilise lui aussi. On le voit déjà massivement, tant sur les réseaux sociaux que dans l&#8217;opinion publique en général &#8211; <a target="_blank" href="http://www.google.ca/url?sa=t&amp;rct=j&amp;q=&amp;esrc=s&amp;source=web&amp;cd=1&amp;ved=0CC8QFjAA&amp;url=http%3A%2F%2Fwww.crej.ca%2Fpublications%2FCREJBarometre2012.pdf&amp;ei=60IuUcygJ-TH0QH_soHYBw&amp;usg=AFQjCNGwlCWb2lAPJCTJsbidewpygFyuLA&amp;bvm=bv.42965579,d.dmQ&amp;cad=rja" >les journalistes font les frais de la méfiance du public.</a></p>
<p>En somme, ces liens qui nous relient tous &#8211; population civile, journalistes, forces de l&#8217;ordre, gouvernement &#8211; se rompent, conséquence de cette malsaine corrosion sociétale qui ronge les maillons de la chaîne. Et ironiquement, plus ce genre d&#8217;incident arrivera, plus les journalistes seront sur le terrain à affirmer leur droit inaliénable de rendre compte des événements sans entrave.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas une question d&#8217;obtenir le <em>money shot </em>ou la meilleure entrevue, c&#8217;est une question de liberté de mouvement pour les journalistes qui, comme tout autre citoyen d&#8217;ailleurs, n&#8217;ont pas d&#8217;ordre à recevoir d&#8217;un policier sans raison valable. Cette ridicule accusation d&#8217;avoir entravé une arrestation, alors que le caméraman se trouvait loin de la scène, témoigne de la nervosité des policiers de voir leur travail enregistré et rapporté par des journalistes, indépendants de leur volonté et libres de leur contrôle.</p>
<p>Comme l&#8217;a fait Jacques Nadeau par le passé, les journalistes devront s&#8217;insurger contre les tentatives, par toute organisation qui fait l&#8217;objet de leur travail, de restreindre la liberté de presse, principe par lequel la démocratie demeure en santé. Notre travail est trop important pour faire autrement.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas ici une question de droit, mais une question de principe. La liberté de presse n&#8217;est pas négociable et la rupture progressive du lien de confiance entre journalistes et forces de l&#8217;ordre ne pourra que motiver davantage les premiers à témoigner tout en conservant professionnalisme et rigueur. <a target="_blank" href="http://conseildepresse.qc.ca/actualites/chroniques/le-canada-retrograde-par-rsf-dans-le-peloton-de-tete-de-justesse/" >La dégringolade du Canada quant à la liberté de presse doit s&#8217;arrêter ici</a>.</p>
<p>Plusieurs journalistes sont prêts à risquer la prison pour ne pas avoir à divulguer leurs sources confidentielles devant l&#8217;ordre d&#8217;un juge. Le journaliste de guerre ne laisse pas des forces militaires ou civiles dicter ses allées et venues, au prix d&#8217;un risque encore plus grand. Difficile et triste de constater que ça devienne la même chose pour les journalistes qui couvrent des manifestations au sein d&#8217;un État de droit.</p>
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		<title>De cette subjective objectivité</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Feb 2013 20:52:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin Forgues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[&#171;&#160;Le journalisme actuel, lorsqu&#8217;il parle de politique, contribue à raconter des mensonges. Que des dictateurs soient nommés &#8216;Monsieur le président&#8217; [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;Le journalisme actuel, lorsqu&#8217;il parle de politique, contribue à raconter des mensonges. Que des dictateurs soient nommés &#8216;Monsieur le président&#8217; par des journalistes, alors qu&#8217;ils sont des assassins, c&#8217;est une honte. C&#8217;est pourquoi je ne ferai plus jamais rien d&#8217;autre que de l&#8217;humeur et de la fiction.&nbsp;&raquo;</p>
<p>- Gil Courtemanche, discours de clôture du congrès de l&#8217;Association des journalistes indépendants du Québec, 2006</p>
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<p>On revient périodiquement sur le sujet de cette damnée objectivité, cette incessante quête du Graal journalistique qui suscite tant de débats quant à sa pertinence, voire son existence même.<a href="http://voir.ca/martin-forgues/2013/01/21/cinq-jours-a-bamako/" > Ce fut brièvement discuté ici</a>. Le collègue Steve Proulx avait jadis commis ici-même cette chronique &#8211; fort pertinente &#8211; au sujet de <a href="http://voir.ca/chroniques/angle-mort/2011/07/27/cette-foutue-objectivite/" >&laquo;&nbsp;cette foutue objectivité&nbsp;&raquo;</a>.</p>
<p>Dans le contexte d&#8217;une guerre, elle devient carrément insaisissable.</p>
<p>Un jour, vous vous rendez dans un village récemment bombardé par l&#8217;aviation d&#8217;une force armée étrangère. Celle-ci, de surcroît, appartient au pays qui a colonisé celui dudit village dans un passé pas si lointain et vient aider l&#8217;armée nationale à repousser une invasion menée par des fous de Dieu qui ont décidé que Celui-ci avait besoin d&#8217;eux, petits hommes, pour imposer une volonté qui serait divine. Vous rencontrez un vieil homme qui vous raconte son histoire. Un beau jour, il voit son village envahi par les fous de Dieu et deux camionnettes lourdement armées se stationnent juste à côté de sa maison. Une mitrailleuse anti-aérienne grossièrement soudée à la boîte du camion est maniée par un jeune homme au visage masqué par un <em>keffiyeh </em>rouge et blanc qui scande la grandeur de son Dieu au rythme des salves qui déciment les rangs de soldats de l&#8217;armée nationale, sous-équipés et sous-entraînés (et qui, accessoirement et en majorité, prient le même Dieu). Un bombardement aérien de la force étrangère détruit les camionnettes, mais une volée d&#8217;éclats de métal et de débris de la maison en terre cuite blesse grièvement la femme et les enfants du vieil homme. Vous vous indignez contre l&#8217;aviation de la force étrangère qui, encore une fois, blesse et tue des civils en écrasant une mouche avec une massue.</p>
<p>Un autre jour, vous vous trouvez dans un autre village, lui aussi en ruines suite à de violents combats. Vous voyez un puits bizarrement recouvert d&#8217;un amas de branches d&#8217;arbustes qui semble avoir été placé là un peu à la hâte. Vous vous rendez au puits depuis la route, malgré les avertissements des troupes locales &#8211; auxquels vous croyez plus ou moins &#8211; que les abords du puits sont minés. Vous approchez du puits &#8211; néanmoins avec précaution &#8211; et soulevez l&#8217;amas de branches. Une forte odeur de charogne émane du fonds du puits et, du coup, vous refoulez une subite envie de vomir car, vos soupçons étant désormais confirmés, vous voulez éviter de profaner davantage ce tombeau improvisé. Vous vous penchez au-dessus de l&#8217;ouverture du puits pour prendre une photo, mais sans équipement d&#8217;éclairage, vos prises de vue sont pour le moins mauvaises. Vos yeux enregistrent tout de même l&#8217;atroce spectacle &#8211; une sombre marre stagnante de liquide pourri qui fut jadis de l&#8217;eau potable parsemé de sandales flottant à la surface. Ça fait des jours que vous entendez parler des rumeurs d&#8217;exactions commises par les troupes locales sur des civils suspectés d&#8217;être ou de sympathiser avec les fous de Dieu, les indices suffisant aux troupes locales étant barbes, peau claire, articles de vêtements islamiques et statut de <em>talibé</em>, ou étudiant coranique. Malgré le fait que vous êtes courant des exactions commises par les rebelles et les fous de Dieu contre les troupes au nord du pays, vous vous indignez contre les forces locales qui se livrent lâchement à un exercice de vengeance systémique.</p>
<p>Puis, juste avant de rentrer dans le confort de votre foyer dans votre pays riche, développé et relativement pacifique, vous visitez un camp de réfugiés dont la population a fui les villes du nord pays, occupées par les fous de Dieu. Au fil des témoignages recueillis, vous accompagnez ces réfugiés alors qu&#8217;ils revisitent l&#8217;horreur. Cet homme dont la fille, enseignante, a été abattue d&#8217;une balle dans le dos alors qu&#8217;elle fuyait à moto l&#8217;école qui était assaillie par les combattants. Cette femme, mère de quatre enfants, dont le mari a organisé la fuite pour éviter à son fils de 11 ans d&#8217;être drogué et recruté comme combattant, pratique courante pour renflouer leurs rangs. Cet autre homme qui s&#8217;est résigné à abandonner maison et atelier de soudure pour trouver refuge plus au sud avec sa famille, dont le voisin a été amputé d&#8217;une main après avoir été condamné à la hâte par un tribunal de pacotille utilisant, pour seul ouvrage légal de référence, un livre &laquo;&nbsp;saint&nbsp;&raquo;. Tous ces réfugiés qui ont déserté ces villes où musique, danse, arts et liberté de presse ont été remplacés par la prière, la répression et l&#8217;obscurantisme. Vous vous indignez contre ces fous de Dieu qui instrumentalisent la religion pour étancher leur soif de pouvoir*.</p>
<p>Journaliste que vous êtes, vous pourchassez votre Graal alors que vous rédigez vos reportages et la coupe, les rares fois où vous l&#8217;entrevoyez au-travers du brouillard, vous glisse des doigts sans cesse. Désespérément dans le besoin d&#8217;un guide pour trouver à votre travail le sens critique nécessaire, vous en arrivez à vous demander si l&#8217;objectivité ne serait pas, en fait, la somme de vos indignations? Un point de convergence où se rencontrent toutes ces situations, toutes ces personnes envers lesquelles vous avez porté un sévère jugement?</p>
<p>Vous vous laissez alors guider par cette réflexion dans votre travail. Vous décidez d&#8217;appeler un chat un chat, un &laquo;&nbsp;combattant rebelle&nbsp;&raquo; un fou de Dieu, un &laquo;&nbsp;dommage collatéral&nbsp;&raquo; une victime civile et un &laquo;&nbsp;puits recouvert&nbsp;&raquo; une fosse commune.</p>
<p>Vous décidez aussi de rendre compte de ce que vous voyez avec l&#8217;humilité de vous savoir subjectif, mais vous cherchez à apporter toute la rigueur possible et nécessaire à un travail journalistique que vous espérez générateur de discussions et de débats.</p>
<p>J&#8217;aimerais souhaiter paix à l&#8217;âme de l&#8217;auteur de <em>Un dimanche à la piscine à Kigali</em>. Hélas.</p>
<p>*L&#8217;art de produire des fous de Dieu, au sens plus large, sera l&#8217;objet d&#8217;un billet ultérieur.</p>
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		<title>Le brouillard de la guerre</title>
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		<pubDate>Wed, 30 Jan 2013 10:22:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin Forgues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[« La grande incertitude [liée au manque] d&#8217;informations en période de guerre est d&#8217;une difficulté particulière parce que toutes les actions [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>« La grande incertitude [liée au manque] d&#8217;informations en période de guerre est d&#8217;une difficulté particulière parce que toutes les actions doivent dans une certaine mesure être planifiée avec une légère zone d&#8217;ombre qui (&#8230;) comme l&#8217;effet d&#8217;un brouillard ou d&#8217;un clair de lune, donne aux choses des dimensions exagérées ou non naturelles »</p>
<p>- Carl von Clausewitz, <em>De la guerre</em></p>
<p>De retour sur Bamako depuis quelques jours, le temps de se reposer un peu, écrire un peu, retoucher des photos et préparer la suite.</p>
<p>Du temps aussi pour réfléchir sur la complexité de cette crise qui embrase le Mali. Une complexité déjà existante, bien avant la révolte touareg de janvier 2012, leur défaite face aux islamistes quelques mois plus tard et un coup d&#8217;état à Bamako entre les deux, mais que l&#8217;actuelle guerre vient exacerber. Pour moi, il s&#8217;agit là du filon à explorer pour comprendre ce qui s&#8217;est passé au cours de la dernière année pour qu&#8217;en un an à peine, le Mali s&#8217;embrase au rythme d&#8217;un feu de paille sèche inondé de kérosène.</p>
<p>Un brasier d&#8217;où se dégage une épaisse fumée qui embrouille les sens.</p>
<p>Au milieu de ce nuage opaque, une population qui, malgré sa résilience et son refuge dans le foot &#8211; c&#8217;est la Coupe Afrique actuellement &#8211; peine à se remettre de ce qui s&#8217;est passé ici au cours de la dernière année, à plus forte raison de la guerre. Une guerre dont les combats ont rapidement pris fin avec la déroute, sans trop de résistance face à la puissance militaire française, des combattants du MUJAO et de Ansar Dine. On parle ici des combats majeurs, bien sûr, car la retraite rapide d&#8217;un ennemi &laquo;&nbsp;non-conventionnel&nbsp;&raquo;, sans uniforme et recourant à des tactiques de guérilla donne une impression de déjà vu dont l&#8217;Histoire regorge d&#8217;exemples, certains très récents. Une guerre fantôme, menée sous le couvert de la censure des autorités, qui trient sur le volet les journalistes et observateurs pour l&#8217;accès aux zones de combat, le temps de faire le ménage avant.</p>
<p>Mais à la différence d&#8217;une réception mondaine où on nettoie la maison avant l&#8217;arrivée des invités, ici on parle d&#8217;allégations d&#8217;exactions et de vengeance envers les populations minoritaires &#8211; touaregs, peulhs, tamasheqs, arabes &#8211; des actes violents et vengeurs qui seraient commis par l&#8217;armée malienne et une population civile en colère. De combattants islamistes qui ont imposé durant près d&#8217;un an une impitoyable loi faussement inspirée d&#8217;une religion autrement tolérante cautionnant amputations et humiliations publiques, notamment envers les femmes, sont pourchassés et punis, parfois coupables, souvent simplement suspectés. L&#8217;épicier arabe de Bamako qui, désormais, sombre dans une grande incertitude et qui vit dans la crainte. Des tensions ethniques exacerbées par la présence dans les rangs des milices islamistes de combattants de toutes origines entraînant peur, suspicion, méfiance au sein d&#8217;un pays qui, comme tous les autres, ne mérite pas son sort actuel. Une guerre qui, malgré la déroute islamiste, n&#8217;est pas terminée alors que les touaregs revendiquent toujours l&#8217;indépendance de l&#8217;Azawad, l&#8217;immense territoire désertique couvrant le nord du Mali au milieu duquel trône la mythique Tombouctou, joyau du patrimoine culturel mondial, défigurée à jamais suite au saccage de ses artefacts et de ses mausolées. Une intervention militaire étrangère pour le moment salvatrice, accueillie favorablement par la population mais dont les motivations profondes sont encore, légitimement, remises en question, donnant suite à l&#8217;apathie générale de la communauté internationale qui, par son trop long mutisme, laisse les plaies de ce pays &#8211; et de tout un continent &#8211; s&#8217;infecter.</p>
<p>Et au milieu de ce brouillard, des questions sans réponses, la difficulté de dire avec certitude qui a raison, qui a tort. Remettre en question ses propres convictions.</p>
<p>Rudyard Kipling, à qui la Première Guerre Mondiale a arraché son fils, disait que la première victime de la guerre était la vérité. C&#8217;est également l&#8217;innocence, perdue pour le Mali, désormais balafré à son tour par la folie humaine.</p>
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		<title>Cinq jours à Bamako</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Jan 2013 23:12:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin Forgues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Cinq jours à Bamako, dans l&#8217;attente de l&#8217;accréditation de presse malienne, est un exercice de patience &#8211; et de réflexion. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Cinq jours à Bamako, dans l&#8217;attente de l&#8217;accréditation de presse malienne, est un exercice de patience &#8211; et de réflexion.</p>
<p>Beaucoup de réflexion.</p>
<p>Bon, j&#8217;exagère, l&#8217;attente elle-même ne dure que depuis hier. Mais l&#8217;obtention de ce bout de papier qui vous permet de vous rapprocher des zones de combat et de passer les innombrables contrôles routiers des armées française et malienne prendra désormais le nom de &laquo;&nbsp;laissez-passer A38&#8243;.</p>
<p>Une référence à Astérix dans un billet écrit en direct d&#8217;un pays désormais en guerre&#8230;Voilà, c&#8217;est fait.</p>
<p>Mais ce n&#8217;est pas le sujet qui m&#8217;inspire le plus ici.</p>
<p>Vous le savez, vous le voyez, vous l&#8217;entendez &#8211; le Mali est maintenant officiellement un pays en guerre. Une guerre surtout interne, un gouvernement putschiste instable qui affronte l&#8217;avancée sournoise des combattants islamistes. &laquo;&nbsp;Des fanatiques religieux, des théocrates coupeurs de main, des hypocrites qui camouflent sous le couvert d&#8217;une guerre de religion leur trafic de drogue et leur racket d&#8217;otages&nbsp;&raquo; &#8211; voici là un résumé de leur réputation parmi la population générale.</p>
<p>Les Talibans, sauce Afrique de l&#8217;ouest. Il faut aussi reconnaître que la situation est fort complexe et les intérêts miniers ne sont jamais très loin de cette opération, certes. Mais si vous cherchez dans leur motivation une sorte de résistance face à l&#8217;impérialisme occidental, au colonialisme européen et au sionisme, il se peut que Kader Touré, courageux journaliste radio de Gao qui a défié l&#8217;ordre de fermeture de sa station et qui a été laissé pour mort après avoir été sauvagement battu par la police islamiste, soit en désaccord avec vous. Demandez-lui, il est toujours vivant. Ironie du sort, celui qui a ordonné sa sentence a été lynché par une foule en colère. La foule qui n&#8217;a pas raté son coup, elle.</p>
<p>Une guerre qui a commencé par une énième révolte des touareg, cette fois fraîchement équipés des restes de l&#8217;arsenal de Kahdafi &#8211; camionnettes <em>pick-up </em>armées de mitrailleuses lourdes, bien alimentés en munitions et en fusils d&#8217;assaut et déterminés plus que jamais à conquérir l&#8217;Azawad, ce territoire désertique convoité par les nomades depuis des décennies. Une révolte qui a vaincu sans mal une armée mal préparée, mal équipée et sous-entraînée. Un capitaine de l&#8217;armée qui, au beau milieu d&#8217;une révolte hors-contrôle, détourne des ressources militaires importantes &#8211; comme une unité de parachutistes &#8211; pour orchestrer un coup d&#8217;état. Tout pour aider.</p>
<p>Puis, le retour sur la terre indépendante de l&#8217;ancien colonisateur, imploré de venir à la rescousse de ses anciens vassaux. Un retour qui est, dans les circonstances, le bienvenu, mais qui ne devra pas excéder son mandat d&#8217;assistance.</p>
<p>Une guerre complexe. À 500 kilomètres de la ligne de front, la belle Bamako. Belle de son humilité, de sa population accueillante, résiliente quant à son perpétuel sort. De ses milliers de voitures, motos et bus qui nourrissent un éternel nuage de smog épais comme un essaim d&#8217;abeilles mais à quoi la circulation chaotique donne des airs de bal routier. De ses commerçants qui, avec clients et amis, regardent le match de foot en plein quart de travail, assis autour d&#8217;un bol de riz et du traditionnel thé &#8211; boisson de choix par temps chaud, ironiquement. Du chaos général, un grand désordre qui, pourtant, semble fonctionner. La beauté de sa musique, ses restaurants, ses bars, ses artistes.</p>
<p>Cette beauté est menacée. Menacée par des fous de Dieu voulant imposer leur version tordue d&#8217;une religion pourtant pacifique. Un scénario familier tout au long de l&#8217;Histoire. Une population qui accueille les chars français défilant boulevard de l&#8217;Indépendance, des hommes et des femmes, descendants des colonisés, drapés du Bleu-Blanc-Rouge de la République. Des enfants vendant drapeaux miniatures, français et maliens, tout en les agitant.</p>
<p>Une population fière, résiliente et, encore une fois, victime de la folie humaine.</p>
<p>Au milieu de tout ça, chercher à relativiser, se poser des questions morales, se dire que le monde n&#8217;est ni noir, ni blanc, que des teintes de gris. Mais aussi y voir un <em>redux</em> de la libération de Kandahar en 2001 et craindre le pire si, encore une fois, on oublie de retenir l&#8217;Histoire.</p>
<p>Après cinq jours à Bamako, cinq jours près des lignes de front. On se revoit plus tard.</p>
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		<title>Du fusil à la plume&#8230;</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Jan 2013 03:53:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Martin Forgues</dc:creator>
				<category><![CDATA[Société]]></category>

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		<description><![CDATA[Certains connaissent d&#8217;emblée leur vocation professionnelle. D&#8217;autres, comme moi, doivent se résigner à l&#8217;approche &#171;&#160;essai-erreur&#160;&#187;, avec, comme les produits de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Certains connaissent d&#8217;emblée leur vocation professionnelle. D&#8217;autres, comme moi, doivent se résigner à l&#8217;approche &laquo;&nbsp;essai-erreur&nbsp;&raquo;, avec, comme les produits de <em>fitness</em> vendus dans ces infopubs pour insomniaques virtuoses de la carte de crédit, des résultats qui peuvent varier.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que, après avoir porté bérêt, bottes et fusil d&#8217;assaut durant près de 12 ans, j&#8217;entame maintenant ma troisième année en tant que journaliste indépendant &#8211; et de jeune retraité de l&#8217;armée.</p>
<p>Transition étrange, penserez-vous. Pas tant que ça. Dans son incarnation la plus idéaliste, le soldat veut sauver le monde. Le rôle qu’il se donne – du moins celui qu’on devrait lui donner -, de nos jours, au-delà de la défense du pays, est de protéger les faibles. Sa force physique et mentale constitue un rempart entre les populations opprimées et ses ennemis. Son arme est le dernier recours après l’échec de la diplomatie.</p>
<p>Le journaliste aussi. Dans son incarnation la plus idéaliste, le journaliste veut sauver le monde. Le rôle qu’il se donne – du moins celui qu’on devrait lui donner -, de nos jours, au-delà de tout ce qu&#8217;on peut penser de l&#8217;état actuel des médias, est de monter aux barricades du pouvoir au nom du citoyen. <em>&laquo;&nbsp;Comfort the afflicted, afflict the comfortable&nbsp;&raquo;, </em>pour reprendre une expression de Finley Peter Dunne, journaliste <em>muckraker</em> &#8211; les ancêtres des journalistes d&#8217;enquête d&#8217;aujourd&#8217;hui &#8211; du tournant du 20e siècle. Sa curiosité et sa résilience dans sa perpétuelle quête d&#8217;information sont le fer de lance de la démocratie. Sa plume aiguisée peut infliger plus de mal aux empêcheurs de justice et aux malfrats qui foirent sans honte sur le dos du peuple.</p>
<p>Vous pardonnerez ce simplisme et ma naïveté &#8211; je suis encore enthousiaste dans l&#8217;exercice de mon métier. C&#8217;est ainsi que nous brisons la glace ici, vous et moi, sur cet espace blogue qui se voudra plutôt libre, mais qui accordera ces temps-ci un peu plus d&#8217;importance à un projet un peu fou.</p>
<p>Car c&#8217;est ce même enthousiasme pour le journalisme, indépendant de surcroît, qui m&#8217;a inspiré l&#8217;idée de partir pour le Mali, ce pays dont on entendait peu parler jusqu&#8217;à la semaine dernière. Un ancien &laquo;&nbsp;pays-modèle&nbsp;&raquo; d&#8217;Afrique de l&#8217;ouest en termes de stabilité politique &#8211; relative à la réalité politique du continent, qui collectionne coups d&#8217;état et invasions &#8211; et désormais en proie à une guerre qui ne manquera pas de faire, comme elle sait bien s&#8217;y prendre, ravages, réfugiés tout en semant mort et destruction.</p>
<p>Je couvrirai donc le conflit en tant que journaliste indépendant. Soyez à l&#8217;affût!</p>
<p>C&#8217;est parce que je déteste la guerre que je veux qu&#8217;elle cesse. Et si j&#8217;ai longtemps cru que le rugissement des canons pouvait enterrer ses cris les plus stridents, mon idée fut profondément transformée au lendemain de mon service en Afghanistan il y a quelques années. Et à force d&#8217;essais et d&#8217;erreurs, j&#8217;ai fini par troquer le fusil pour la plume. Combattre avec d&#8217;autres armes. Rendre compte de grandes calamités dans l&#8217;espoir d&#8217;intéresser les vrais décideurs &#8211; nous tous.</p>
<p>Encore une fois, pardonnez ma naïveté d&#8217;avance lorsque vous lirez ici sur mes états d&#8217;âme et peut-être le récit de quelques péripéties. Voyez ça comme notre première rencontre &#8211; la timidité laissera place à plus de complexité.</p>
<p>Je vous souhaite une bonne lecture et vous invite aussi à commenter et à discuter.</p>
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