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	<title>Diaspora</title>
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		<title>Interlude entre deux lettres</title>
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		<comments>http://voir.ca/mathyas-lefebure/2012/10/19/interlude-entre-deux-lettres/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 19 Oct 2012 22:20:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathyas Lefebure</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divers]]></category>

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		<description><![CDATA[Mon cher Pascal, Tu excuseras mon petit retard, plus long que prévu, à entamer ces lettres sur ton « déniaisage », comme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Mon cher Pascal,</p>
<p>Tu excuseras mon petit retard, plus long que prévu, à entamer ces lettres sur ton « déniaisage », comme tu me l&#8217;as toi-même écrit. Bien que je t&#8217;avais suggéré dans ma première lettre d&#8217;user de précaution et de mesure dans l&#8217;adoption du joual pour ne pas passer pour un vulgaire colonisateur qui le mime en le créolisant avec une ironie maladroite, tu as osé, et tu as dans ce cas usé bien justement du québécisme « déniaiser ». Je te prie cependant de ne pas t&#8217;en enorgueillir au point de vouloir sur-le-champ te lancer dans une déclinaison improvisée qui serait trop hâtive de la délectable mutinerie sémantique des mots du rite chrétien qui nourrit une des belles racines de la langue orale et même écrite des québécois. Surtout à la façon dont tu risquerais de rouler des R ridicules comme plus personne ne les roule ici – que dis-je, comme personne ne les a jamais roulés.</p>
<p>Déniaiser. J&#8217;étais devant la liste des thèmes, griffonnés, j&#8217;en ai bien une trentaine, que je dois aborder, pour ton déniaisage, assis au PMU sous les derniers rayons du soleil de la Provence dont je me gave avant de retourner au Québec en luminothérapie, ils sont si nombreux et je veux éviter de m&#8217;éparpiller. Et surtout les aborder dans un ordre très pragmatique par rapport aux chocs que tu vas vivre en arrivant à Montréal, pour y vivre. Un exercice de tri dédoublé de l&#8217;angoisse de la page blanche, car comme tu les sais, je suis un tantinet intéressé dans cet exercice épistolaire de déniaisage, j&#8217;en fais un blogue. Le serveur a posé mon 51 sans glace et mon tiercé (12-6-1, je joue toujours le choix du patron sur l&#8217;ardoise), j&#8217;hésitais entre les thèmes à approfondir pour ma lettre II, et mon Android m&#8217;a signalé un message de toi sur Facebook, celui où tu as usé du mot. Cela a nuit à mon travail, qui était laborieux – de quoi allais-je t&#8217;entretenir en profondeur, en priorité, puis par la suite, dans quel ordre allais-je t&#8217;entretenir de tous ces sujets qui déboulent, pour faciliter ton intégration et t&#8217;éviter des écueils, mais surtout pour aller au plus urgent. Quel propos est le plus urgent, quel « de » presse le plus, méthodiquement? Du bipartisme à la britannique? De la neige sale et la dépression hivernale? De la SAQ qui va, je le répète, te faire perdre connaissance? De la collusion et la corruption dans la construction qui fait la une même du Monde (en gros, c&#8217;est comme Marseille mais avec la candeur et l&#8217;innocence mignonnes de découvrir que ça fonctionne comme ça)? Cela a nuit à mon travail, car cela m&#8217;a plongé dans un souvenir d&#8217;enfance, rattaché à une des dénotations de déniaiser.</p>
<p>Je dis d&#8217;enfance, je dirais mieux d&#8217;adolescence, ou de pré-adolescence. Disons vers l&#8217;âge de douze ou treize ans, âge ingrat dont on ne cherche pas la madeleine, mais voilà que ton message est madeleine, je ne t&#8217;en tiens pas rigueur. C&#8217;est le slow dans un party de sous-sol de banlieue. La bière en cachette (en cachette, comme dans « en cachette des femmes », retiens), et les gars veulent frencher (frencher, de french kiss, freedom kiss en amérique depuis le refus de Chirac d&#8217;aller en Irak, c&#8217;est à dire rouler une pelle), et les filles ne veulent pas. C&#8217;est là qu&#8217;un des amis d&#8217;enfance lance, portant dans son cri tout le désarroi de la testostérone en devenir, « les filles sont trop pédé pour frencher », et qu&#8217;il arrête le cassettophone (retiens, l&#8217;ancêtre du IPOD, avec les cassettes TDK) d&#8217;un coup de poing violent. Des filles, pédé, ça peut sembler étrange, n&#8217;est-ce pas, mon cher Pascal.<br />
Mais voilà, je demande alors, avec la confiance inquiète qu&#8217;implique de révéler son ignorance, à un ami de confiance, ce qu&#8217;on entend, exactement, par pédé, qui se gaussant, avec cependant la mesure de l&#8217;amitié, de ma naïveté, m&#8217;explique qu&#8217;il s&#8217;agit de l&#8217;abréviation de Pas Déniaisée, PD. Et que les pires des filles pédés, c&#8217;est les PDND – les Pas Déniaisées Non Déniaisables.</p>
<p>Tu excuseras cette petite digression étymologique, j&#8217;en étais donc, et il m&#8217;a fallu un deuxième 51, à trier, à perdre au tiercé et à me demander ce que que serait ton plus violent choc culturel en arrivant après la laideur de Dorval et des infrastructures routières en ruine et contingentées par la gestion de trois alternances en bipartisme. Du bipartisme à la britannique? De la neige sale et la dépression hivernale? De la SAQ?</p>
<p>Oh mon cher ami, en souvenir de ce Bourgogne Hautes Côtes de Beaune que nous avons partagé il y a quelques semaines et que les québécois ne verront jamais, tout comme tout ce divin nectar dont on les prive en les abreuvant de piquette, il me semble incontournable de te prévenir, en toute amitié mais aussi un peu en toute colère, de ce que tu vas vivre quand tu vas vouloir, pour la première fois, t&#8217;acheter du vin en Nouvelle-France.</p>
<p>Je te poste, si je puis, cette lettre seconde dès demain &#8212; de la SAQ, ou l&#8217;insulte oenologique.</p>
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		<title>Lettre I</title>
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		<pubDate>Fri, 05 Oct 2012 22:12:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathyas Lefebure</dc:creator>
				<category><![CDATA[Divers]]></category>

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		<description><![CDATA[Cher Pascal, &#160; Je remontais la Canebière après ce déjeuner où tu m&#8217;as annoncé ton grand projet et torpillé de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Cher Pascal,</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je remontais la Canebière après ce déjeuner où tu m&#8217;as annoncé ton grand projet et torpillé de questions, et les idées se bousculaient, furieuses. Je me suis assis à la terrasse d&#8217;un PMU – notre repas s&#8217;étant étiré si longuement au gré de tes questions, de tes emballements et de ta ferveur qu&#8217;il était déjà l&#8217;heure de me permettre une mauresque en griffonnant tout ce qui déboulait de ma tête et en tentant d&#8217;y mettre un peu d&#8217;ordre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ainsi, tu veux quitter la France pour aller vivre à Montréal, emballé par la certitude que là-bas la vie est meilleure qu&#8217;en ta République en décadence, emballé par un court voyage dont les souvenirs exotiques d&#8217;accent, de ferveur d&#8217;un festival d&#8217;été, de grands horizons sauvages, et d&#8217;hybridation entre la Gaule perdue et l&#8217;Amérique t&#8217;ont laissés rêveur.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>J&#8217;ai répondu dans la spontanéité de la discussion devant l&#8217;aïoli – si fort que je pleure et rote encore – assez mécaniquement, pragmatiquement, sur les détails et les aléas de la vie quotidienne sur le Plateau, où tu vas emménager en colocation grâce à une annonce trouvée sur Internet, avec des gens géniaux, un grand 7 et demi (T8) peuplé d&#8217;un amalgame d&#8217;artistes, de professionnels et d&#8217;étudiants qui cohabitent comme c&#8217;est inimaginable en France, jubiles-tu.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Je répondais mécaniquement et je suis là, après, – fébrile et dépassé par l&#8217;agitation neurologique, par la subtilité avec laquelle je voudrais te répondre, en déconstruisant un peu ta folklorisation des choses sans complètement la détruire, et en focalisant sur ma représentation de ce qu&#8217;est ma « Belle Province » &#8212; moi qui suis, somme toute, maintenant, du moins à mi-temps, de sa diaspora.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center">*</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Voilà qui ouvre des chemins – on en dit que ca y est le bordel identitaire en ce moment. Tu me montrais avec jubilation la une de Libé du printemps dernier qui fantasmait en le Printemps Érable Mai 68 presque en mieux, et je me demandais comment te nuancer succinctement. Tu me montrais ton « dictionnaire de la parlure québécoise » et me disais que tu avais hâte de driver ton char dans le frette en imitant quelque chose comme l&#8217;accent d&#8217;un belge trisomique, et je me demandais comment t&#8217;éviter le ridicule en toute amitié et avec délicatesse, comment t&#8217;éviter de te retrouver la plotte à terre.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Voilà qui ouvre des chemins et voilà mon empressement et ma jubilation devant le calepin, deuxième mauresque: en perpendiculaire aux notes de tout ce qu&#8217;il faudrait te dire, te nuancer, te raconter en toute subjectivité assumée, j&#8217;écris en grosses majuscules dans la marge DEFOLKLORISER .<br />
Puis encore en gros, encore, les idées sont sur l&#8217;autoroute, PRAXIS, LIEN EPISTOLAIRE (LETTRES PERSANES), → → → blogue. C&#8217;est écrit tout croche et dans l&#8217;urgence, c&#8217;est un genre d&#8217;euréka.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: center">*</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>PRAXIS – te raconter, certes la vie quotidienne, les us et coutumes, le coat d&#8217;hiver pour affronter le froid. La somme de tes questions, de tes idéalisations de l&#8217;Amérique en français, de tes étonnements (oui, c&#8217;est vrai que le parti qui vient tout juste de former un gouvernement minoritaire s&#8217;appelle le papier cul en abrégé; oui c&#8217;est presque vrai qu&#8217;il y a des dépanneurs vietnamiens à tous les deux coins de rues où l&#8217;on ne vend que des loteries, du tabac et de la mauvaise bière industrielle en très grosses bouteilles et qu&#8217;ils ne parlent que vietnamien; non ce n&#8217;est pas vrai qu&#8217;en fait il existe une ville souterraine dont personne ne sort jamais l&#8217;hiver tant il est rude, et moult et caeteras).</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>LIEN EPISTOLAIRE LETTRES PERSANNES – ah, il faut les relire, simplement pour piquer à Montesquieu l&#8217;idée de raconter son propre pays (et dans ce cas qui n&#8217;est pas un pays) avec cet amalgame subtil de candeur et de surexcitation de l&#8217;intelligence ethnographique du voyageur étranger. Vivant maintenant à mi-chemin de lui mais y ayant tout de même subi l&#8217;affront de la naissance, de l&#8217;hiver et de l&#8217;éducation, j&#8217;ose espérer, en te proposant un lien épistolaire sur ton émigration (ou immigration, c&#8217;est selon, je suis des deux bords), lui piquer l&#8217;idée avec originalité.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>BLOG – comme il est maintenant planétaire, mon cher Pascal, de se médiatiser dans l&#8217;urgence avec l&#8217;urgence de la rétroaction, et que je suis d&#8217;une oisiveté débilitante devant la page blanche, de médiatiser sur le site d&#8217;un hebdomadaire culturel de Montréal notre correspondance ne pourra qu&#8217;y ajouter du piquant et de la célérité.</p>
<p>Ainsi, je te propose de te conter le Neuve-France dont tu rêves, de répondre à toutes tes questions, et de copier coller tout cela sur le web, quitte à y adjoindre les questions ou nuances de tes compatriotes dans la même situation, et surtout les nuances de mes compatriotes, si j&#8217;en ai.</p>
<p style="text-align: center">*</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>En gros, en vrac, dernière mauresque, raconte-moi vite le Québec dont tu rêves, et repose-moi vite d&#8217;autres questions qui te brûlent avant d&#8217;y vivre, que je les ajoute à mes notes post-aïoli; et même une fois là-bas si l&#8217;exercice nous semble avoir la pertinence de se poursuivre. Histoire de défolkloriser et de cabotiner un peu, l&#8217;hiver va y être si rude.</p>
<p style="text-align: center">*</p>
<p>Tu pars là-bas, j&#8217;y suis enraciné et de sa diaspora lointaine et déracinée à la fois, et je ne suis pas certain que l&#8217;on sache exactement de quelles racines je parle.</p>
<p>Certes, je pourrai répondre à ta question, et à d&#8217;autres du même acabit, à savoir si « de la démocratie en Amérique » de Tocqueville c&#8217;est toujours d&#8217;actualité au regard de la dernière élection&#8230; Mais blogue et praxis oblige, mon cher ami, allons aussi au concret, dans la légèreté, car il faudra bien que tu saches aussi comment entrer dans une SAQ sans t&#8217;évanouir la première fois, ce qui distingue les danseuses du centre-ville des danseuses des régions éloignées (tout comme les électeurs qui y vont), comment ne pas commenter la poutine, comment payer chacun son tour au bar en calculant méticuleusement, comment écouter Plume Latraverse et se comporter décemment pendant un de ses concerts, comment draguer les québécoises différemment des marseillaises ou en fait comment ne jamais draguer pour draguer, comment déprendre un char dans une tempête, comment accepter la haine des intellectuels en société, comment comprendre l&#8217;humour faisant allusion à l&#8217;hygiène en France, comment comprendre l&#8217;usage du mot « colon » sans entrer dans un débat sur la décolonisation de l&#8217;Algérie française, comment choisir le moment opportun s&#8217;il en est un pour citer le « Vive le Québec libre » de de Gaulle, et j&#8217;en passe.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>En toute amitié et au plaisir de t&#8217;éclairer, mais aussi de t&#8217;amuser, dans ta découverte de ces arpents de neige qui, j&#8217;en suis convaincu, se feront fort de t&#8217;étonner plus que tu n&#8217;oses le penser.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Mathyas</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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