Faire bonbon avec le texte

14 janvier 2012 18h32 · Mélanie Robert

«Si vous êtes une femme, vous voulez probablement que je vous dise comment mes yeux adorent jour et nuit vos formes obsédantes. Vous voulez probablement savoir à quel point mes bras se meurent de tenir votre corps ne serait-ce qu’un instant, alors qu’ils sont assez forts pour vous soutenir pour l’éternité. Vous voulez sûrement savoir à quel point ma bouche a pris la forme des mots d’amour que je vous susurre à l’oreille, qu’elle n’a de cesse de souffler le chaud et le froid sur vos lèvres, de vous embrasser tendrement, violemment, joyeusement, impétueusement. Vous voulez que je vous parle de mon cul musclé et ferme, de mes cuisses noueuses et puissantes, de tout ce que je ferai pour vous mener à l’extase éternelle.» Extrait de Pr0nographe

Depuis 2003, la «pétroleuse nymphomane» fait beaucoup de ravages sur le net. Avec Pr0nographe, Anne Archet se lance dans l’autoédition numérique pour le plus grand plaisir de ses admirateurs. Saura-t-elle attirer de nouveaux lecteurs ?

 En librairie, la littérature érotique se retrouve bien souvent sous la rubrique littérature sentimentale ou littérature rose. Il y a encore de nos jours un rapport non assumé avec la chose. Et pourtant, elle est bien vivante, et ce depuis vingt ans, dixit Anne Archet.

La littérature érotique n’est pas un genre nécessairement frivole, doit-on le préciser. Écrire est un art difficile, mais écrire de la littérature érotique ou pornographique est encore plus ardu. Essayez-vous à écrire une scène de cul sans cliché, vous m’en donnerez des nouvelles. Quelqu’un qui s’applique à écrire dans ce genre peut écrire ce qu’il veut par la suite.

L’anarchiste de Gatineau maîtrise cet art avec talent. Ce qui fait d’elle plus qu’une simple blogueuse. Anne Archet est selon moi une véritable auteure. Pourquoi n’est-elle pas encore publiée par une maison d’édition reconnue ? Elle a proposé justement Pr0nographe à un éditeur qui semblait intéressé; elle ne reçut aucune réponse positive de ce dernier. Un directeur littéraire (Barbe) d’une autre maison d’édition bien connu disait de ce livre qu’il était impubliable.

Alors, pourquoi parler d’Anne Archet ? Parce que je considère que les amoureux de cette littérature devraient avoir une copie de son livre dans sa liseuse. Puis tout simplement parce que je la trouve intéressante et qu’elle mérite sa place au soleil. Elle m’écrit qu’elle n’a aucune ambition littéraire. Eh bien… Pourtant, si elle le faisait, elle se ferait un peu de blé. Pourquoi confiner son talent à internet et à quelques revues ? Il me semble qu’elle mérite le titre d’écrivain. Elle passe beaucoup d’heures à peaufiner ses micronouvelles, non ? Je trouve que son art s’inscrit dans l’ère du temps.

Pr0nographe se trouve à être du «leet speek», une langue informatique utilisée par certains geeks. Pr0n étant porn. Ce livre numérique est en fait un recueil des textes «réécrits, remaniés, améliorés et additionnés de vitamine C », m’écrit-elle. Tout cela est bien sûr lié par-ci par-là par un texte qui est en fait un dialogue entre son amoureuse et la narratrice. On pourrait appeler ça une suite de coïts brefs souvent comiques. D’ailleurs : « Avoir le souffle court est une conséquence normale de l’orgasme à répétition. » Page 77. Archet excelle dans l’art de faire court et on aime ça. Jeux formels, jeux langagiers parsèment ses textes.

Remarquez vous-même son humour lorsque la narratrice est d’avis que toute femme devrait observer un homme manger des sushis avant de lui faire l’amour.

Extrait, page 36 :

« Car il est évident que la manière dont un homme manipule le sushi est directement lié à la manière dont il traite la femme dans son lit. Évidemment, les patauds, les balourds et les lourdauds sont exclus d’office. Ce sont toutefois les petits détails qui en général font toute la différence. Par exemple, l’homme mord dans son inari et le mange en deux bouchées ou, pire encore, le dissèque au lieu de le placer entièrement en bouche, sera un amant timide, ennuyeux comme une assiette composée uniquement de kappi maki. Quant au glouton qui gobe en vitesse ses maze, il risque d’être énergique, mais brutal et égoïste – de ceux qui s’activent frénétiquement et s’endorment après quelques minutes, sans se soucier de mes désirs inassouvis.»

Puis la rébellion…La rébellion s’exprime dans son style déluré, déjanté, unique. Humour et originalité fait partie de son souffle intelligent. Surtout, ne l’oublions pas, ce n’est pas de l’autofiction, c’est purement de la fiction. Elle me précise qu’elle est une «sacrée menteuse». On l’espère parce que cette relation avec un berger allemand … Enfin bref, j’occulte les détails…

On souhaite que Anne Archet nous offre un jour un véritable roman (érotique, pornographique ou autre) et qui sait, publier dans une grande maison d’édition. Je lui souhaite, même si elle s’en fout éperdument. Courage Anne et ponds-nous un roman.

On peut se procurer son livre sur Smashwords pour la modique somme de 4,99$ ou en contactant directement l’auteure.

 

 

 

 

Partagez cette page

Classé dans :  Livres
+ sur le même sujet : 

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

Ajouter un commentaire

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

À propos RSS

  • Mélanie Robert

S’abonner au blogue

Catégories