24 janvier 2012 19h18 · Mélanie Robert
Dans les médias, la culture n’occupe plus la place qu’elle serait en droit de tenir. Selon le bilan 2011 d’Influence communication, le courtier en information, l’intérêt des médias pour la culture (le livre, la danse, le théâtre, la peinture, la photographie, la poésie et la sculpture) «représente l’équivalent de la médiatisation de 2,4 minutes d’une partie du Canadien de Montréal»—, et ce par semaine. Incroyable, n’est-ce pas? Le hockey est une véritable religion au Québec. On le savait, mais maintenant nous avons des chiffres à l’appui. Le Canadien est omniprésent dans les médias. «Il occupe à lui seul 79% de toute la couverture sportive au Québec». De toute évidence, l’équilibre n’existe pas.
Toujours selon Influence communication : «Le poids médias du Canadien est deux fois et demie plus grand que celui des arts et spectacles, 3 fois plus grand que le poids combiné de la santé et de l’environnement, et 21 fois plus grand que celui qu’on octroie à la pauvreté, aux aînés et aux autochtones … mis ensemble !» Croyez-vous que l’on parle des vraies affaires au Québec ? Avec cette surmédiatisation du Canadien, vous comprendrez que j’ai une dent contre le hockey qui ne me divertit pas du tout. Je déteste ce téléroman de milliardaires unilingues anglais qui poussent une vulgaire rondelle et qui subissent commotion cérébrale par dessus commotion cérébrale.
«Ils font tourner un disque comme ils se piqueraient,pour fuir le réel, pour se divertir au sens pascalien.»
Mauriac
Nous sommes dans cette ère nouvelle où il faut divertir à tout prix. L’émission Tout le monde en parle est un bel exemple de ce phénomène. Veuillez remarquer la place que l’on accorde au livre par exemple. On invite que les «people» du livre. Puis quand vient le temps de parler du contenu d’une oeuvre, on parle bien sûr uniquement de l’histoire. Comme si c’était suffisant et qu’il n’y avait que ça à dire d’un roman. On pourrait parler des personnages, de la narration, du style, de la forme. Puis on en a que pour la vie de l’auteur, alors que c’est l’oeuvre qui est beaucoup plus importante. On pourrait dire que l’on surfe quoi. Ça aussi c’est dans l’air du temps.
Quel sort réservons-nous à la culture dans les médias ? Dans les journaux, la culture, les arts ont été remplacés par Lady Gaga et les vedettes du petit écran. Pour moi, les vedettes du divertissement ne font pas vraiment partie de la culture parce qu’ils sont tout simplement et indéniablement éphémères. À la télé, où se trouvent les émissions culturelles ? Deux me viennent à l’esprit. Connaissez-vous l’excellente émission culturelle Tout le monde s’en fout ? On la retrouve étrangement … à VoxTV. Imaginez! N’oublions pas la tout aussi excellente émission Voir à Télé-Québec. Croyez-vous que deux émissions culturelles d’une heure par semaine c’est suffisant ? Je ne crois pas.
De toute évidence, il n’y a plus de place pour la culture. Existe-t-il une émission culturelle à Radio-Canada ? Maintenant on parle culture de façon éparpillée à travers la programmation que ce soit à la télé ou à la radio. On surfe.
Le bilan d’Influence communication indique que la culture a été dépassée par la cuisine en poids médiatique. Attendez-vous à ce que cette tendance s’accentue. Beaucoup de vins, de piments d’espelette et de truffes en vue, voyez-vous… Kampaï !
Les émissions culturelles ont été remplacées par des émissions d’infodivertissement. Qu’est-ce que l’infodivertissement ? Informer signifie qu’il faut rapporter des faits, décrire une réalité. Divertir signifie que l’on s’éloigne des choses sérieuses et de la réalité. Se divertir selon Blaise Pascal (Les Pensées), c’est s’éloigner du réel; c’est détourner de la vue de l’essentiel. Avec l’infodivertissement, on s’éloigne donc complètement de l’information. Une belle façon de ne parler de rien finalement. On surfe.
Une société qui cherche à rire et à s’amuser tout le temps et qui ne s’intéresse pas à sa propre culture est une société immature et aveugle. On peut observer en lisant le bilan 2011 d’Influence communication que nous vivons dans une société fermée sur elle-même. Si vous le lisez, vous noterez par exemple le peu d’intérêt que nous avons pour l’actualité internationale. Au Québec, on ne s’intéresse qu’aux faits divers, au hockey et aux nouvelles locales. Une société de surfeurs…









Mélanie Robert, vous avez profondément raison et votre texte lumineux m’a ravi et comblé.
Je tenterai, si je le peux, de commenter plus profondément votre texte lucide, clairvoyant et essentiel.
JSB, sociologue des médias
Merci Monsieur Baribeau de vos gentils commentaires. Je trouvais essentiel de parler du bilan d’Influence communication. Certaines choses doivent se dire.