13 février 2012 9h03 · Mélanie Robert
Un court-métrage étonnant, ça vous dit ? Salim visite une maison à vendre dans un quartier d’une banlieue huppée. Il entretient une étrange conversation avec la propriétaire. Grâce à une suite de flashbacks, on découvre que Salim s’appelle également Tracie. House for sale, un court métrage de 18 minutes de la cinéaste Eisha Marjara, sera présenté au Rendez-Vous du Cinéma Québécois vendredi le 17 février à 21h45.
Avant d’être cinéaste, Eisha Marjara se voit d’abord et avant tout comme une artiste. Elle cherche des réponses à travers ses propres oeuvres. Elle s’intéresse aux sources des conflits intérieurs. House for sale, c’est l’histoire d’un transsexuel qui cherche lui aussi des réponses. Le personnage est en quête d’appartenance. Selon la cinéaste, la dualité représente nécessairement un conflit et dans ce cas-ci, la transsexualité est une dualité identitaire. Il se sent lui-même lorsqu’il est une femme.
« Pour moi, chacun d’entre nous peut s’identifier à une personne qu’on ne côtoie pas tous les jours.(…) Je veux que les gens comprennent le caractère universel de l’expérience, c’est-à-dire que l’expérience de la trahison d’un millionnaire de 30 ans habitant Montréal est la même trahison que vit une petite fille de 9 ans au Mexique par exemple… », dit la cinéaste.
Marjara aime le complexe, l’ambigu, l’équivoque. Elle s’attarde aux racines des conflits intimes et avec House for sale, Salim\Tracie incarne un conflit en lui-même. La cinéaste présente la dualité du personnage en faisant de lui un « homme de jour » qui s’oppose à lui-même en tant que femme ou devrait-on dire une créature de nuit. L’éclairage et le choix des couleurs laissent entrevoir cette opposition.
L’identité
Le thème de l’identité revient souvent dans le travail de la cinéaste. Par exemple, son premier film, Desperately seeking Helen était un documentaire-fiction sur sa propre quête identitaire. C’est à travers une actrice de Bollywood qu’elle retrace son enfance à Trois-Rivières; elle raconte son problème avec l’anorexie et la perte de sa soeur et de sa mère dans l’explosion de l’avion 182 d’Air India en 1985.
Depuis quelques années, elle travaille à un projet de film controversé qui s’intitule Lolita Diaries pour PMA Productions inc. à Montréal. À travers le personnage de Lolita de Nabokov, la cinéaste explore la vie d’une jeune fille et sa sexualité. Elle examine également le phénomène contemporain de “Lolita”.
Son parcours
Avant de devenir cinéaste, Eisha Marjara explorait la photographie, mais elle a laissé cet univers puisqu’elle aimait le mouvement, la perspective et le montage. Elle avait besoin de la dimension narrative. « Un film donne un contexte », dit-elle. C’est donc après avoir étudié en photographie au Collège Dawson que Eisha Marjara se lance dans des études en cinéma à l’Université Concordia. En 1994, elle obtient une mention honorable pour le Semana de Film Experimentale de Madrid pour son film, The incredible shrinking woman, qui traite d’anorexie sur un ton humoristique. En 2000, pour Desperately seeking Helen, elle remporte le prix du Jury du Festival de München Dokurmentarfilm et le choix de la critique au festival de Locarno. Son film The tourist a été en nomination pour le meilleur court métrage du Festival Female eye de Toronto.
Elle travaille présentement à trois projets de film différent : Venus, 360 over Berlin et le docu-drame Lolita Diaries.
Lien utile :
Site officiel du film House for sale >>>
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