FIN DE CYCLE de Mathieu Bock-Côté

21 février 2012 11h06 · Mélanie Robert

Aujourd’hui paraît l’essai intitulé Fin de cycle, Aux origines du malaise québécois de Mathieu Bock-Côté. Pour lui, si le projet souverainiste a échoué, c’est à cause de la gauche multiculturelle comme il se plaît à la décrire. J’ai rencontré l’auteur chez lui le 7 février dernier pour parler de son livre et de l’état actuel du souverainisme au Québec.

 Bock-Côté est un souverainiste pessimiste. On comprend qu’il le soit puisque le peuple s’est dit «non» deux fois.

Selon Bock-Côté, les origines du malaise québécois résident dans le fait que les souverainistes des années 60 ont échoué leur projet de souveraineté, et ce, à cause d’une certaine «gauche multiculturelle». Ils auraient commis l’erreur de faire table rase de notre passé historique soit la période de Duplessis. Les années 60 se seraient construites en opposition à tout ce que représentait Duplessis.

Il affirme même en entrevue que « (…) les Québécois avec la Révolution tranquille ne se sont pas contentés de se définir par rapport au Canada anglais. Donc l’indépendance n’est pas seulement contre le Canada anglais, mais aussi contre le Canada français. C’est contre nous même que l’on veut faire l’indépendance.», dit-il.

Selon Bock-Côté, le Québec termine un cycle politique. La question nationale est en mutation, « qui passe du registre constitutionnel au registre identitaire», écrit-il. Le «nationalisme conservateur» se cherche une voie.

Extrait :

« Sur le plan identitaire, le «nationalisme conservateur» cherche à exprimer une réalité de plus en plus évidente : l’identité québécoise n’est plus exclusivement menacée par le cadre canadien, elle l’est aussi par le système idéologique auquel adhère la majeure partie de l’élite québécoise et qui s’est retournée principalement contre la majorité historique québécoise. » page 87

 

Les accommodements raisonnables

La crise des accommodements raisonnables est un moment «refondateur sur le plan identitaire» selon l’auteur, et il n’a pas tort de le penser. Les Québécois seraient en train de synthétiser deux moments qui sont historiquement contradictoires : d’abord la Révolution tranquille avec l’appel de la question nationale, le rapport à la langue française, la laïcité; puis l’héritage d’avant 1960, c’est-à-dire le Québec de l’enracinement, l’appartenance à l’Occident, le rapport au catholicisme.

Il résume la chose en disant : « Voilà pourquoi certains disent que nous sommes désormais catho-laïques. La formule m’amuse, mais il y a du vrai là-dedans. Nous sommes culturellement catholiques, nous tenons à la laïcité comme principe d’organisation des rapports entre la religion et l’état. Mais nous avons choisi en 1960 de refouler à l’arrière-fond de l’espace public notre héritage catholique », dit-il.

«Mon conservatisme»

Bock-Côté consacre un chapitre intéressant, tout à fait personnel, sur son conservatisme où il tente de réhabiliter le terme. D’ailleurs, il pourrait consacrer tout un livre sur la question et c’est ce qu’il compte faire prochainement. Bock-Côté se proclame du gaullisme, d’une certaine droite généreuse. Il ne faut pas commettre l’erreur de l’associer à un Éric Duhaime ou à un Mario Dumont par exemple. Il ne faut pas tout mélanger.

 

***

En entrevue, Bock-Côté fait une critique virulente du gouvernement de Harper : «Le Canada se construit sans nous et même contre nous.» À mon avis, il aurait pu consacrer un chapitre à la harperisation du Canada et l’aliénation du Québec.

 Maintenant si les Québécois retournent à leurs racines comme le dit Bock-Côté, il ne faudrait pas qu’ils se replient sur eux-mêmes dans une droite conservatrice frileuse et crispée. Selon lui, nous assisterons au Québec à un débat gauche-droite. Cela semble se profiler à l’horizon. Espérons que nous ne tomberons pas dans une espèce de dérive.

 En dernier lieu,  précisons que M. Bock-Côté n’est pas devenu fédéraliste en écrivant ce livre. Il est toujours souverainiste.

 Fin de cycle, Aux origines du malaise politique québécois
Mathieu Bock-Côté
Boréal.
174 pages

Partagez cette page

Classé dans :  Livres, Politique
+ sur le même sujet :  , ,

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

À lire aussi

+ Ajouter le vôtre Commentaires 2

  • 21 février 2012 · 21h35 Réjean Asselin

    Je suis de centre-gauche donc du côté Lisée plutôt que Duhaime. Je suis un souverainiste mode Parizeau beaucoup plus que Marois !

    J’aime le jeune Bock-Côté. Je l’ai écouté sur les ondes du 98.5FM a l’émission d’Isabelle Maréchal avec en prime mister Duhaime pendant une année ! Bien sûr les réflexions et le discours de Mathieu Bock-Côté étaient à des années lumières de celui primaire et démagogique de Duhaime notre libertarien en puissance du Québec et du Réseau Libâââârté Québec.

    Les gens de droite modérés et souverainistes ça ne court pas les rues au Québec. Rien à voir avec nos Dumont, Marcotte, Duhaime et autres manipulateurs qui aiment se présenter comme des « autonomistes modérés du centre-droit « alors qu’ils sont des fédéralistes de droite et très pro-Harper il va s’en dire.

    Ceci étant dit j’ai un peu de difficulté à suivre Bock-Côté parfois ! Complexe, ésotérique et d’un intellectualisme assez carré a mon avis. De prétendre que c’est la gauche qui aura été le problème majeur de l’option souverainiste me laisse perplexe. Les gens les plus réfractaires à la question nationale ont toujours été du côté droit et du centre-droit en ce qui me concerne. Regardons l’ancienne ADQ devenu la CAQ, le PLQ qui est et sera toujours plus proche du privé et des hommes d’affaires que le PQ et Québec Solidaire !

    Notre sociologue de droite semble être pas mal seul dans son allégeance souverainiste de la droite modéré. La CAQ est maintenant le terreau du centre- droit en plus d’être beaucoup plus fédéraliste que souverainiste …off course !

    Notre sociologue de droite gagne à être reconnu. Un homme cultivé et très intéressant.

    • 3 mars 2012 · 02h45 gisele.leroux

      Je n’ai pas encore lu le livre mais j’ai écouté quelques interviews, lu quelques critiques. Celle-ci me surprend: elle ne semble pas critiquer le livre dont j’ai entendu parler…
      Pour répondre à M. Asselin, je ne crois pas qu’il dise que la gauche est responsable mais plutôt que la gauche a, pendant de longues périodes, monopolisé le PQ et le discours nationaliste. Le résultat: la droite nationaliste ne se reconnaissant pas dans le PQ continue à appuyer le fédéralisme.
      Du moins, c’est ainsi que j’ai interprété ce que j’ai entendu et lu jusqu’ici.
      Il devient de plus en plus important de replacer le discours nationaliste là ou il devrait être: au delà des discours de droite ou de gauche…

Ajouter un commentaire

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

À propos RSS

  • Mélanie Robert

S’abonner au blogue

Catégories