25 mars 2012 20h49 · Mélanie Robert
Entendez-vous ce discours ambiant, celui qui prétend que la littérature est inutile ? Je l’ai même entendu à la radio publique. J’aime la littérature et vous comprendrez que j’ai de la difficulté à accepter que l’on dise une telle chose. Pourquoi réduire la portée du livre ?
De nos jours, le livre est devenu malheureusement un produit. Certains éditeurs préfèrent aligner des colonnes de chiffres chaque mois. Est-ce la seule unité de mesure par laquelle on évalue un livre ? Entre vous et moi, un éditeur devrait d’abord et avant tout, être un missionnaire qui a un rôle social à jouer. Il ne devrait pas se comporter comme un simple businessman. Par ailleurs, je comprends qu’il y a certaines contraintes dans le domaine de l’édition, mais il ne faudrait pas laisser au vestiaire sa vision de la littérature et son importance dans une culture.
«Produit» est un mot que j’ai en horreur. Maintenant, nous allons chez le libraire comme si nous allions au supermarché. On se retrouve devant des pyramides de livres bien agencés et on ne se pose plus de questions. On se dit que si certains livres existent, c’est qu’ils ont une certaine valeur; ils sont donc consommables. Or, rien n’est plus faux. Le livre est beaucoup plus qu’un simple produit. Son contenu, s’il est fort, traverse le temps. Il contribue à forger les consciences. La littérature est une expérience en soi. S’adapter à un auteur, vivre des mondes, découvrir une pensée, un langage, sont des expériences littéraires. Pourquoi cela serait inutile ?
Avez-vous remarqué que maintenant on a remplacé les libraires par de simples vendeurs ? Je me bute souvent à leur ignorance. Au Québec, le libraire n’est pas un métier reconnu. C’est un travail souvent mal payé. Pourtant, le libraire est archi important, bien plus qu’un vendeur de télé HD. guide
La littérature : une science
Pour moi, la littérature participe à la connaissance au même titre que la science. Lire des oeuvres de fiction nous permet des voyages jusqu’au coeur de la pensée humaine.
Certains livres ont eu un impact certain dans la culture. Par exemple, H.G. Wells aurait influencé les travaux de Robert H. Goddard, l’inventeur de la fusée à carburant liquide. Le créateur du World Wide Web, Sir Tim Berners-Lee qui dit avoir été influencé par une nouvelle d’Arthur C. Clarke « Touche F. pour Frankenstein » dans lequel un réseau d’ordinateurs reliés entre eux apprend à penser de façon autonome. Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley a convaincu Georges W. Bush a mettre fin à la recherche sur les cellules souches. Aujourd’hui on ne peut s’empêcher d’utiliser les mots tirés de 1984 de Georges Orwell : «Big Brother», «la police de la pensée», «le délit de pensée», «non-personne». Puis la Bible. Bien sûr ce n’est pas une fiction. Bien que personnellement, je la qualifie de fable. Ainsi certains diront : « Que serait le monde sans la Bible ?» Je suis capable de reconnaître qu’elle a joué un rôle majeur dans l’histoire de l’humanité. Ainsi, certains livres valent plus que d’autres puisqu’ils font l’histoire et changent le monde.
Aujourd’hui, on pilonne le livre parce qu’on a trop produit. On ne réserve pas le même sort au DVD. On n’a jamais publié autant de livres. Les livres les plus intéressants sont noyés parmi les non-livres. Pour départager, le livre du non-livre, il faut un critique. Où sont les critiques littéraires ? Maintenant très peu d’émissions littéraires traitent vraiment d’une oeuvre. Dans ses émissions, on est bien souvent dans la surface et l’émotion et le critique a été remplacé par des vedettes du petit écran.
Dans la même foulée du discours actuel de droite, on entend souvent que les étudiants en études littéraires s’amusent et glandent. Laissez-moi vous dire qu’un baccalauréat dans ce domaine n’est pas une partie de plaisir. Combien de personnes lient 5 livres par semaine pendant plusieurs mois ? Sans oublier, évidemment, les textes de création et les textes critiques à écrire. Vous m’en donnerez des nouvelles.
Pourquoi tuer le rêve ?
Tous ces éléments me laissent croire qu’on trivialise la littérature. Je trouve cela inquiétant. Je crois que le discours ambiant veut nous faire croire qu’étant donné que le livre fait partie du monde des rêves, il est sans intérêt. Pourtant il décrit des mondes, des réalités et parfois des idées. Il redonne le pouvoir aux humains. Il ouvre la porte à la connaissance, au rêve et par conséquent, à l’espoir. Il est un puissant outil d’éveil qui porte le lecteur à agir.
Dans Une histoire de la lecture Alberto Manguel décrit bien le discours de la droite qui fait la dichotomie entre le livre et la réalité:
« Borges m’a raconté un jour que pendant l’une des manifestations populistes organisées par le gouvernement de Perón en 1950 contre l’opposition intellectuelle, les manifestants chantaient : “Des souliers, oui, des livres, non.” La réplique, “Des souliers, oui, des livres, oui”, ne convainquit personne. La réalité – la dure et nécessaire réalité – était perçue comme en conflit irrémissible avec le monde des rêves et d’évasion représenté par les livres. Sous ce prétexte, et avec un effet croissant, la dichotomie artificielle entre la vie et la lecture est activement encouragée par ceux qui détiennent le pouvoir. Les régimes populaires exigent de nous l’oubli et par conséquent ils traitent les livres de superflu; les régimes totalitaires exigent que nous ne pensions pas, et par conséquent ils bannissent, menacent, censurent ; les uns et les autres, d’une manière générale, ont besoin que nous devenions stupides et que nous acceptions avec docilité notre dégradation, et par conséquent ils encouragent la consommation de bouillie. Dans de telles circonstances, les lecteurs ne peuvent être que subversifs. » P.37-38
Le rêve est un des outils des bâtisseurs. Il inspire et projette vers l’avenir. Il mène les êtres humains vers l’avant. Il est aussi un pouvoir. Il peut mobiliser des peuples tout entiers et le livre, porteur de rêves, participe à la connaissance.
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«La connaissance est un pouvoir»
Je l’ai vu écrit sur la pancarte d’un manifestant le 22 mars dernier. Pourquoi le gouvernement voudrait-il restreindre l’accès à la connaissance ? Les universités ne sont pas des entreprises pour formater les esprits. Ce sont dans les hauts lieux du savoir que circulent les livres, les idées et même les rêves.
Le rêve n’est pas futile. J’ai vu 200 000 rêveurs bruyants marcher dans les rues de la ville et ils sont déterminés à combattre pour que l’accès à la connaissance reste universel. Pourquoi monnayer un bien si précieux ? La connaissance appartient à tous et non pas à une poignée de gens. Ce qui me laisse dire que Jean Charest veut étouffer le rêve comme énergie créatrice et puissante.








Pour moi l’art et la littérature sont éminemment «inutiles» mais leur fonction, on ne peut plus utile, est de nous faire découvrir l’utilité merveilleuse et émouvante de tout ce dont on dit que c’est inutile. J’ai toujours dégusté l’inutilité si utile, pour moi et pour des milliards d’humains, de ces «denrées» inutiles que sont les arts et les oeuvres littéraires.
Jean-Serge Baribeau, vieux lecteur aux yeux fatigués mais éblouis
« Entendez-vous ce discours ambiant, celui qui prétend que la littérature est inutile ? Je l’ai même entendu à la radio publique. »
non, j’ai pas entendu ça. qui a affirmé une telle niaiserie? quand?
C’est écrit dans le premier paragraphe. Mais on l’entend un peu partout. Il s’agit de savoir écouter.
En fait, je l’ai entendu à l’émission littéraire de Rad-Can il y a un certain temps de la part d’une invitée.
Ce n’est pas la littérature qui est inutile. C’est l’écrivain, quand il ne sait rien faire d’autre, en dehors de la littérature:)
Émile Nelligan fut inutile, selon toi?
en effet, chasseur d’épais, et c’est pour ça qu’il finit fou, à l’asile:)
tu ne lis jamais de romans ni de poésies, jean-claude?
débouche, la chasse, un écrivain vaut plus que sa littérature, cibouère!
C’est, en fait, souvent l’inverse: tout roman digne de ce nom est plus intelligent que son auteur. Les auteurs plus importants ou plus intelligents que leurs oeuvres devraient changer de métier, selon Milan Kundera…
Qu’un écrivain ait plus de valeur que son oeuvre, je trouve que c’est un faux débat.
INDEED! Je ne peux que vous approuver, Mélanie Robert!
JSB
je te trouve plutôt sympathique, chasseur de ?, mais quand tu martinouilles, tu me déçois. Arrête d’écrire en annonces classées, réfléchis avant de taper sur ton clavier. Rimbaud s’en est sorti de la littérature, il est allé faire du commerce en Afrique. Nelligan est entré en littérature comme dans un cloître.Il n’a jamais pu ou voulu s’en sortir, et c’est ça qui l’a rendu fou. La vie est ailleurs, et y’a pas de honte à le dire!
ah! nelligan aurait mieux fait d’aller vendre des objets en afrique, donc?
tu es capable d’imaginer une société sans littérature, toi?
Vous avez très bien abordé l’importance de de la littérature. par contraste, celle-ci n’est pas un sujet controversé. Or, nous en avons besoin pour bien comprendre ce monde démesuré et cruel. A travers cela, nous pouvons en effet vivre des évènements que nous n’avons pas vécus auparavant tels que la guerre. Pour ce, la littérature est une bénédiction qu’on ne peut pas néantiser sous prétexte d’être inutile: ce sont les idiots qui se questionnent sur son importance.