14 juin 2012 17h44 · Mélanie Robert

Pendant près de 10 ans, la peur de la mort me rongeait l’esprit. La mort accidentelle, la mort lente, la mort douce, la mort provoquée. Maintenant je dois dire que cette peur est à mille lieux de moi. L’amour est dans ma vie; je n’ai plus de pensées noires.
J’ai donc eu une espèce de frisson heureux en lisant Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu. Ce n’est pas un livre récent, me direz-vous; je suis bien d’accord. Je suis très en retard dans mes lectures, je suis happée par l’Histoire qui s’écrit en ce moment au Québec. Vous m’en excuserez. J’ai visité une librairie de livres usagés sur Ste-Catherine et hop, ce livre avec un si beau titre m’est tombé dans les mains. J’étais curieuse de lire cet auteur dont on dit sur sa page wiki qu’il est également chanteur du groupe rock Dionysos. Qu’est-ce qu’un rocker français peut bien écrire ?, me disais-je.
Le personnage vit son parcours vers la mort. Il apprivoise la mort. Il compte les kilomètres qui séparent sa demeure de l’hôpital. Il devient observateur de la vie qui craque dans chaque nanoseconde. Sa mémoire s’aiguise et la vie qui s’écoule devient un événement.
« Pour la première fois, je m’emmitoufle dans ma nouvelle ombre. Je sais qu’elle est censée m’aider, mais je ne sais pas comment l’utiliser. »
Le monde onirique où «les ombres sont les portes du pays des morts» nous est décrit par une petite musique triste, à la fois douce et crue, et joliment poétique. L’auteur décrit bien ce qui s’entrechoque : les ombres et la lumière.
« Est-ce qu’il y a de la magie dedans ? Il m’a dit que les livres étaient de bons outils pour se battre contre la nuit. En tout cas ils ravivent les souvenirs.
Je me rappelle que quand tu me lisais tes petits textes, tu lisais à toute vitesse parce que ton coeur battait plus vite à l’idée d’une mère qui lit ses écrits à son fils. »
Le fils est aussi sensible aux mots que sa mère qui avait des «crises de poésie». D’ailleurs l’amour des mots est partout dans ce livre de 151 pages. La dimension poétique de certaines phrases et de certaines formules est heureuse. La lecture en est une lumineuse et presque réconfortante, malgré l’histoire ténébreuse d’un homme qui embrasse ses ombres.
Voici une chanson écrite pour sa mère qui s’intitule Neige :








Peut-être sans vous en douter, Mademoiselle Robert, vous avez indirectement abordé le concept-clé qui transcende nos existences. Qui détermine plus particulièrement encore les tempéraments artistiques, ce qui distingue les plus créatifs des simplement appréciatifs.
Ce concept, c’est l’«observation».
Et c’est ainsi que les artistes planent tout naturellement au-dessus d’eux-mêmes. En observant le monde. En recueillant les informations en vrac.
Un mécanisme involontaire. Un état de détachement.
J’ai cru comprendre que le personnage de votre récit ne savait trop comment apprivoiser la nouvelle étape de son parcours. Mais je n’ai peut-être rien compris…
Par contre, depuis toujours, je suis en mode «observation». Puis je traduis en mots, en musique, en images. Des centaines de chansons, des centaines de textes depuis les années soixante. Je serais ainsi un «créateur»… Mais, en réalité, je ne suis vraiment qu’un «récepteur». Mes antennes captent – et moi je transcris.
Pour me rapprocher du sujet (autour duquel je patine concentriquement), soit de cette nuit des grandes ténèbres, de la fin de notre parcours, en fin d’année 2003 on m’a diagnostiqué ce qui risquait de m’amener plus rapidement que prévu au terminus. Ce fut alors enfilade de longues journées de chimio et matin après matin une séance de radiothérapie.
Après quelques mois de ce régime, opération majeure de 14 heures, suivie de dix jours d’hospitalisation.
Pourtant, j’ai surtout plané au-dessus de ces terribles moments. En observant les autres. Leur dévouement pour les uns, leur crainte pour les autres. En bout de ligne, je n’ai même pas songé à apprivoiser quoi que ce soit tellement j’étais fasciné par ce que j’observais.
Entre nous, je suis bien content de ne pas avoir eu à apprivoiser ce qui n’est pas apprivoisable, à mon avis. Je me serais découragé – et j’aurais alors eu très peur…
« Des centaines de chansons, des centaines de textes depuis les années soixante. Je serais ainsi un «créateur»… »
peux-tu donner un exemple d’un bon texte par toi créé claude? ca m’intrigue.
Merci Monsieur Perrier de votre témoignage. Il y a bien des héros qui ne font pas les nouvelles.
Le personnage semble en état d’«apprivoisement». Je ne sais pas si le mot est juste dans le contexte. Mais je crois que quand les ombres nous envahissent, notre corps et notre esprit fonctionnent autrement; ils s’adaptent. Voilà pourquoi j’ai utilisé ce mot.
Tout juste quelques mots, Mlle Robert:
Le «secret», c’est peut-être de ne pas accepter d’être ainsi envahi par les ombres. De s’élever au-dessus et d’observer ce qui se passe en-dessous.
Une forme d’adaptation qui contourne l’impossible… apprivoisement.
Bonne soirée!
Bonne soirée
J’ai oublié de vous parler de cet «amour des mots» que vous signalez…
Soyez bénie des dieux – si j’ose ainsi l’exprimer – car cet «amour des mots» est l’essence même de la poésie. Et la poésie, c’est la Vie.
(Et pour moi, c’est le poète intemporel qu’est Charles Baudelaire, dont j’ai la chance d’avoir toutes les oeuvres + sa correspondance – grâce aux éditions de La Pléiade – qui magnifie si superbement cet «amour des mots». Avez-vous du Baudelaire dans votre bibliothèque personnelle? Si oui, vous êtes choyée.)
Bonne fin d’après-midi, chère amie.
Bonjour Monsieur Perrier, j’ai dans ma bibliothèque Baudelaire. Il fait partie de mes auteurs préférés depuis l’âge de 15 ans. Oui, je suis choyée.
Bon dimanche
Des atomes crochus…
Merci Mlle Robert!
Et puis, peut-être seriez-vous intéressée par un site d’une très chère amie, une poétesse québécoise du nom de Ode.
Cette amie a d’ailleurs une cinquantaine de mes enregistrements de chansons – la pointe de l’iceberg (que j’ai écrites et jouées, les voix et harmonies et tous les instruments + la production).
J’ai de ses recueils et je vous pourriez y trouver un grand intérêt.
Ode est une artiste comme il nous en faudrait davantage. Si la chose s’adonnait, saluez-la de ma part!
Je vous donne le lien, en espérant ne pas gaffer:
http://zodode.5.50megs.com/.
(Sinon, allez dans une recherche pour Ode Beaudry.)
D’accord. J’irai naviguer par là. Merci
Merci.