28 juin 2012 14h32 · Mélanie Robert
Lorsque j’étais libraire, je me rappelle qu’un lecteur m’avait approchée pour lui suggérer une bonne lecture d’été. Pour lui, c’était le format qui comptait. Le livre devait s’insérer dans sa valise et devait donc avoir des dimensions très précises. Je suis restée coite et d’une certaine manière, j’étais insultée de lui suggérer un livre rien que pour son format.
Je ne sais pas ce que sont des lectures d’été. Je comprends qu’on laisse entendre qu’elles sont, disons, plus légères. Aussi bien vous le dire tout de suite, je n’aime pas l’idée. Je crois que l’on peut très bien lire un livre « copieux » sous un soleil incandescent tout en sirotant sa limonade. J’aime bien me casser la tête en toute saison. Mon cerveau n’est jamais à off. Même quand je dors, je rêve à toutes sortes d’histoires compliquées.
J’ai donc revisité mes bibliothèques pour vous proposer brièvement des lectures qui m’ont marquée en me limitant à cinq d’entre elles.

La plupart de mes grandes découvertes ont été faites à l’âge de vingt ans. Je lisais furieusement; mes études littéraires aidant. C’est donc un peu tard, me direz-vous, que j’ai lu L’amant de Marguerite Duras. Cette écrivaine qui pratique l’art du non-dit m’avait éblouie. Ses silences sont tonitruants. J’avais été saisie par la beauté de la langue et par la richesse de sa vision. Quand je veux m’évader, je lis et relis L’amant de Duras. Depuis, j’aime le Mékong sans jamais l’avoir vu. Soit dit en passant, n’essayez pas de boire la boisson préférée de Duras, le Parfait Amour, ça goûte le bonbon sucré.

La même année, je lisais toute l’oeuvre de Virginia Woolf. Je retiens ici, Orlando. L’idée est audacieuse et ingénieuse : un personnage androgyne vit quatre siècles et change de sexe. On pourrait qualifier ce roman comme l’aventure d’un esprit libre. C’est un roman qui m’a fait rêver de liberté et d’amour.

La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole m’avait fait hurler de rire. C’est un roman du sud des États-Unis. Le personnage principal est un intellectuel quelque peu dysfonctionnel — il vit chez sa mère — qui déteste la modernité et la culture pop. Le narrateur se voit contraint à se trouver un emploi pour la première fois de sa vie. S’en suit une série d’aventures tout aussi hilarantes les unes que les autres.

Si vous aimez le vertige et les récits à cheval entre le rêve et la réalité, Dormir au Soleil de Adolfo Bioy Casares est ce qu’il vous faut. Suite à une grève, Bordenave, employé de banque, est congédié. Il devient horloger et mène une vie paisible à Buenos Aires jusqu’au jour où, pour des raisons inconnues, sa femme Diana est enfermée dans une clinique psychiatrique. Son existence est bouleversée par une série d’événements étranges et inquiétants. Dormir au soleil est un roman sur la mutation d’âmes et de corps.

Avez-vous déjà vu le film Le conformiste de Bertollucci ? Le jeu de Jean-Louis Trintignant est prodigieux. Cette histoire m’avait tellement plu que je décidai de lire le roman d’Alberto Moravia. J’en garde un excellent souvenir. Le personnage principal subit à treize ans une agression sexuelle. Rongé par la culpabilité, il décide de devenir le plus normal, le plus sociable, le plus conformiste. Plus tard, vers 1938, il devient fonctionnaire, puis s’enrôle dans la police secrète de l’Italie fasciste. C’est un roman psychologique qui se lit comme un roman policier.
Mon été sera fait de découvertes, je l’espère. Je flâne dans les librairies et je suis si difficile à contenter. Je revisite donc les oeuvres du passé. Toutefois, si jamais vous avez des suggestions à me faire, n’hésitez pas à m’écrire publiquement ou privément. Bon été !








Avez-vous exploré les écrits de Siri Hustvedt ? Je termine actuellement « What I loved »(il est aussi disponible en français, « Tout ce que j’aimais ») et vous le recommande si vous aimez les romans touffus mais pas étouffants, les descriptions dont on ne veut pas sauter un mot, les personnages qui pensent autant qu’ils agissent, les rebondissements qui n’ont rien des romans policiers, enfin, un roman qui, même si on sait la fin d’avance(supposons…), ne perdra en rien sa saveur tout au long de la lecture… Bonne découverte si vous ne connaissez pas encore !
J’ai très envie de lire Husvedt. D’autant plus qu’elle est la femme de l’un de mes écrivains préférés. Je vous remercie de la suggestion.
Je vous suggère « Saga » de Tonino Benacquista. Un de mes coups de coeur…
« Saga, c’est le nom du téléroman que quatre auteurs en manque d’argent et de reconnaissance sont chargés d’écrire pour une chaîne de télévision spécialisée en séries américaines bas de gamme, de manière à remplir les quotas de création française. Un seul mot d’ordre: faire n’importe quoi, du moment que ce n’est pas cher. Laissés à une liberté sans contraintes pour écrire cette série destinée à n’être vue de personne, nos quatre auteurs s’en donnent à coeur joie…et le miracle arrive. «
Merci de la suggestion Nathalie.
D’intérêt et bien écrit pour les suggestions de lecture de Mélanie.
Récemment j’ai lu le roman historique « Frank Loving » qui raconte de belle façon un pan de vie méconnu du célèbre architecte Frank Loyd Wright et de la femme exceptionnelle qu’il a aimée follement. Vraiment passionnant, mais également très intéressant, considérant leur côté avant-gardiste au début des années 1900…
Merci Annette. C’est une excellente suggestion
Lectures d’été?
Moi, je suis plutôt comme un vieux pneu… Du genre quatre saisons… Un vieux pneu qui fait beaucoup de kilométrage – et qui en a d’ailleurs fait – par tous les temps. À presque se croire increvable…
Et puis, même si je lis d’à peu près tout, je reviens immanquablement toujours à mes auteurs préférés. Baudelaire (son Spleen de Paris est un joyau), ou Théophile Gautier (du fantastique pour gourmet), Edgar Allan Poe (dans les superbes traductions de Baudelaire, évidemment).
Plus léger, il y a Le Petit Nicolas (Goscinny et Sempré). Et pour oublier tout le reste, Arsène Lupin, Sherlock Holmes et Agatha Christie.
Pas des lectures d’été, comme certains l’entendent. Mais des lectures qui imprégneront des années entières de vie. L’été et les autres saisons…
c’est sempé, ton illustrateur favori, clude. sempé.