La théorie de l’information d’Aurélien Bellanger : le nouvel Ulysse

20 octobre 2012 16h08 · Mélanie Robert

Sans aucun doute, la science influence la littérature. Avec les quarante dernières années, l’homme a connu une révolution technologique sans précédent avec l’avènement de l’ère informatique. Dans La théorie de l’information, le jeune auteur Aurélien Bellanger fait une narration toute houllebecquienne (revendiquée) de cette épopée moderne avec un geek informatique qui deviendra très vite un incontournable de l’économie française.

Avec l’émergence du Minitel, «monde rationnel et purifié», Pascal Ertanger – nom aux lettres permutées – se taille très rapidement une place parmi les jeunes informaticiens de sa génération en exploitant la messagerie rose. Le lecteur assiste alors à un historique complet du Minitel rose, là où la poésie régne et qui devient un véritable phénomène de société jusqu’à transformer les villes. Il rencontre Émilie, jeune femme au passé trouble, qui ne sera qu’une histoire d’amour compliqué. Ainsi, grâce au Minitel et ses qualités d’entrepreneur, Ertanger se voit propulser comme « pionnier de la normalisation du désir». Quelques années plus tard, avec l’émergence d’Internet, il devient millionnaire.

Chaque chapitre est intercalé de petits essais sur la théorie de l’information. On passe donc en revue la thermodynamique, la cybernétique, la théorie probabiliste de Shannon. Entre autres. Le roman en est en quelque sorte télescopé par de l’information.

 

Le nouvel Ulysse

Bellanger nous dresse le portrait d’un héros postmoderne qui naviguera, telle une épopée, parmi les acteurs du nouveau marché. Plutôt que d’entendre des sirènes , il finira par entendre des acouphènes. Ulysse n’est pas loin.

Disons-le, Bellanger s’inspire d’un personnage bien réel et célèbre, Xavier Niel, vice-président et directeur de la stratégie Iliad, maison mère de Free. L’auteur dit n’avoir pris pour inspiration que certaines dates qui recoupent le parcours de ce dirigeant d’entreprise. Rien de plus. L’ensemble de son roman tient plus de la fiction que du réel, dit-il dans plusieurs de ses entrevues.

Est-ce que le lecteur sera ravi après cette lecture ? Bien qu’une histoire d’un enfant de la technologie qui deviend pionnier numérique peut être intéressante dans une certaine mesure, force est d’admettre qu’il y a bien peu de passion, d’émotions et de déchirements dans La théorie de l’information. Ce roman se présente à la fois comme une oeuvre didactique et une oeuvre encyclopédique.

Le plus agaçant est certes cette manie à étaler son savoir encyclopédique. Plusieurs lui ont reproché d’utiliser allègrement Wikipedia comme source. Mais il répond qu’il s’en sert surtout comme moteur à idées. Il fouille plutôt Internet pour télécharger des thèses pour approfondir son sujet. Moult informations viennent alourdir le récit. Est-ce que cela vient enrichir le roman? Voilà la question qu’il faut se poser.

Aurélien Bellanger est philosophe de formation. Il n’y a pas si longtemps, il était libraire à Paris, avant de se consacrer à la littérature. En 2010, il écrivit un essai Houellebecq, écrivain romantique. La Théorie de l’information est son premier roman.

***Ajout : L’auteur sera au Salon du livre de Montréal les 16-17-18 novembre au kiosque de Gallimard.

 

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