27 octobre 2012 19h01 · Mélanie Robert
Fêtez-vous le mois des morts? En cette fin de mois festif et morbide, est-ce que vous vous précipitez au club vidéo pour vous dégotter quelques films d’horreur pour fuir votre petit quotidien? Ou la meilleure fuite est plutôt la lecture de romans d’horreur? Je vais vous révéler quelque chose de moi. Je n’ai jamais lu Stephen King. Hé non. Pauvre de moi. N’empêche, il m’arrive de m’intéresser à l’horreur. J’aime les oeuvres de Poe et de Lovecraft. Je me limite à ça. Je suis, disons… classique. J’ai fait un minisondage auprès des twittos et apparemment, peu lisent des romans d’horreur. Finalement, serait-ce un genre qui ne plaise qu’aux ados blasés?
Mash-up littéraire
En 2009, un genre étrange a vu le jour aux États-Unis: le mash-up littéraire. Un mash-up peut se traduire par les mots «composite» ou «art dérivé». Cette méthode est souvent utilisée en musique et en vidéo. Il consiste à croiser deux éléments ou plus pour créer quelque chose de nouveau – un hybride, autrement dit. En littérature, cela consiste à utiliser des œuvres célèbres tombées dans le domaine public en ajoutant des éléments fantastiques et anachroniques (zombies, monstres, robots, etc.).
Le mash-up gagne en popularité. Enfin, que dis-je, surtout dans le monde anglo-saxon. On voit apparaître un peu partout des ateliers d’écriture. Par exemple, en Australie, remixmylit.com explique sur la page principale que le remix consiste à utiliser du matériel déjà existant pour en faire quelque chose de neuf. Cela se fait en musique, pourquoi les écrivains ne pourraient-ils pas le faire eux aussi? Cela soulève bien sûr la question du plagiat, mais le but ici n’est pas de décortiquer cet aspect-là.
Le plus bel exemple de mash-up est Orgueil et préjugés et zombies (Pride and Prejudice and Zombies) de l’américain Seth Grahame-Smith publié en 2009. L’auteur suit le schéma du roman original de Jane Austen, mais les détails nous rappellent que nous sommes dans un roman pastiche de roman d’horreur. Il y mêle également le burlesque et le kung-fu, tout ceci parsemé de sous-entendus érotiques. Ainsi, Elizabeth Benning tranche des gorges de zombies et maîtrise le katana. Orgueil et préjugés et zombies a été traduit en français chez Flammarion.
Suite au succès de ce roman, plusieurs oeuvres de ce genre ont vu le jour : Abraham Lincoln : Vampire Hunter, Android Karenina, Queen Victoria: Demon Hunter, The Late Gatsby, The Vampire Count of Monte Cristo. Un intérêt certain se fait sentir et certains professeurs y voient même une nouvelle manière d’enseigner en utilisant le mash-up. Par exemple, ce projet éducatif, Shaking up Shakespeare, où les élèves sont invités à retranscrire et à reformuler en anglais moderne le King Lear de Shakespeare.
Tout compte fait, dans ce type de romans d’horreur, l’angoisse a disparu. On rigole plutôt. S’imaginer que Lincoln s’attaque violemment à des vampires et que Anna Karenine est une androïde sophistiquée, ça peut être très drôle pendant un moment. Toutefois, le principal problème avec ce genre, c’est qu’il vieillit très mal. Après avoir bien rigoler avec un de ces romans et que l’on connaît la formule, veut-on se taper tous les autres? On verra bien si ce genre a de l’avenir.
Littérature d’horreur au Québec
Il existe une maison d’édition québécoise qui se spécialise dans la littérature d’horreur. Alamo Saint-Jean est l’un des coéditeurs de La Maison des Viscères. Pour lui, les Québécois ont « toujours eu la fascination du fantastique ». Selon l’éditeur, « l’horreur nous a été inculquée par l’Église qui tentait de faire peur à ses paroissiens pour les tenir sous contrôle, ce qui s’est traduit par notre imaginaire québécois folklorique ».
Quel genre de lecteurs s’intéresse à la littérature d’horreur? Pour Saint-Jean, ces lecteurs sont à la recherche « de sensations fortes et de l’indicible, du tabou et du dégoût». « On peut aborder divers sujets en littérature d’horreur sans tomber dans le cliché et tout en relevant d’excellents problèmes de notre société moderne. Bref, tout comme le public friand d’horreur au cinéma, nous croyons que les lecteurs d’horreur cherchent le même « kick » en lisant des livres d’horreur. La psychologie des personnages est plus facile à aborder dans une histoire qu’au cinéma et s’exploite mieux en littérature. Nous avons donc droit à une autre facette de l’horreur que simplement le gore et la tension créée par un cue sonore bien placé, souvent même, il est plus horrifiant de lire une scène (lorsqu’elle est écrite avec brio par un bon auteur) que de la voir sur grand écran ».
Au Québec, le mash-up est quasi-inexistant. Enfin presque. La Maison des Viscères a publié Aurore, l’enfant du diable. On parle bien sûr ici Aurore, l’enfant martyre qui a marqué le Québec et dont l’histoire a été portée à l’écran. Dans ce récit de Nicolas Handfield, Aurore s’offre une vengeance. « Pour avoir lu et retravaillé amplement la novella avec Nicolas Handfield, l’auteur de Aurore, l’enfant du Diable, nous croyons qu’il s’agit plutôt d’un amalgame de différents genres littéraires et cinématographiques, explique Alamo Saint-Jean. Le meilleur résumé serait la ré-imagination de l’histoire classique que tout le monde connaît, version film d’horreur de série B… Donc oui, il s’agit d’un mash-up littéraire, en quelque sorte. L’aboutissement de décennies à avoir raconté différemment cette histoire inspirée de faits réels tout en la racontant à la saveur du jour pour un public moderne ».
Aurore, l’enfant du diable se trouve dans le recueil Exodes.
Bien que la maison d’édition ait publié jusqu’à maintenant des nouvelles, l’éditeur n’exclut pas la publication de romans. Il dit laisser carte blanche aux auteurs qui lui soumettent des manuscrits. C’est en ce début de novembre que cette maison d’édition présentera au public Exodes, une anthologie qui regroupera des nouvelles de Nicolas Handfield, de Daniel Sernine et de Luc Dagenais; ainsi que trois micronouvelles de Martin Mercure, de Richard Tremblay et de Geneviève Blouin. Le thème exploité est le terroir.
La Maison des Viscères offrent leurs publications en version papier et numérique.
Suggestions de lecture pour l’Halloween
Pourquoi ne pas relire Les chants de Maldoror? D’ailleurs, il se trouve sur le net ici. C’est un plaisir intellectuel assuré.
Si vous cherchez quelque chose de plus contemporain, il y a La Confrérie des mutilés. L’auteur Brian Evenson s’inscrit dans la lignée de Poe et de Borges. C’est un récit dérangeant écrit de manière incisive tout en humour noir. On confie au détective Kline une enquête au sein d’une société secrète composée de mutilés volontaires. Ayant lui-même perdu sa main lors d’un règlement de comptes, il devra gagner la confiance des membres et grimper les échelons de la hiérarchie. Mais pour cela, il devra davantage être amputé.
Haunted air est un livre de photos toutes prises à un Halloween au début du siècle dernier. On y retrouve des images étranges en noir et blanc qui devrait plaire à David Lynch lui-même. Pour voir d’autres photos, c’est par ici »»»
Joyeuse Halloween!









