4 janvier 2013 13h52 · Mélanie Robert

Dans Lame de fond de Linda Lê, un mort nous parle. Ce n’est pas un récit de zombie, loin de là. Le dit défunt fait un retour sur sa vie, une sorte d’«examen de conscience», dit-il. Van s’épanche et nous fait découvrir ses regrets et ses fautes. Les romans de cet auteure française d’origine vietnamienne sont tous marqués par le deuil : Les Évangiles du crime (1993), In memoriam (2007), Lettre morte (1999), À l’enfant que je n’aurai pas (2011). Dans Lame de fond, les voix s’entrecroisent et révèlent une fable incestueuse.
Les narrations de Van, Ulma, Lou et Laure se déclinent en quatre chapitres sous le thème de la nuit, de l’aube, du midi et du crépuscule. Chacun se raconte dans un récit écrit comme du petit point. L’homme peu bavard de son vivant soliloque comme un fantôme parmi les vivantes. Il se remémore les femmes qu’il a aimé amoureusement, passionnément ou négligemment. Ayant quitté Saïgon en guerre, il échappe au sort des boat people grâce à un chargé de mission qui deviendra son tuteur. Il se retrouve alors à St-Germain-des-Près comme étudiant. C’est comme exilé politique et correcteur qu’il fera sa vie dans le Paris bobo.
Les femmes écrivent sur le disparu dans leur journal personnel. Elles se décrivent, se jaugent, se justifient de leurs actes ou de leurs paroles. Des reproches, des regrets, des révélations tissent le récit. Ulma, la maîtresse, Lou, sa femme, Laure, sa fille, toutes racontent l’histoire d’un homme infidèle. Récit à plusieurs voix donc, récit d’ un homme fragmenté révélé par l’écriture de ces femmes. Nous ne sommes pas ici dans le dialogue. Ce n’est que la somme des multiples voix monologuées qui fera le portrait d’un homme voilé.
Le récit d’un homme infidèle est une histoire classique en soi, un fait divers, mais l’auteure parvient à ériger son récit en une véritable fable moderne. Rien n’est exaspérant dans ce roman. La plume de l’auteure y est pour beaucoup. Linda Lê, peu connu du public québécois, est une véritable auteure qui mérite un succès certain en sol québécois.
Lame de fond (Christian Bourgois éditeur), 280 pages








