Blogue de Mélanie Robert Les mines d'orthographe RSS
Noir Kassad : un chant choral de fin du monde
9 avril 2012 · Culture, Entretien, Livres · Mélanie RobertLe roman Noir Kassad de Alain Ulysse Tremblay est le septième tome de la série intitulée Élise. Ce roman d’anticipation se présente comme un chant choral autour de la parole d’un personnage de fin des temps, un hermaphrodite aveugle. L’auteur invite son lecteur dans un texte sans compromis dont la narration effrénée fait résonner le chaos. Le lecteur s’apercevra dès les premières pages que ce roman se lit de façon peu ordinaire. C’est par l’entremise de fichiers électroniques que la parole des personnages, des autochtones se décline. La langue innue parsème le texte. On apprend que c’est par le personnage de Kassad que s’amorce la fin technologique d’un monde. Dans la littérature québécoise, la parole autochtone est quasi-absente, disons-le. Cette troisième solitude, l’auteur l’explique que c’est par racisme envers les premières nations. « Rendre les amérindiens pupilles de l’État, c’est leur enlever tout libre arbitre. Une fois que c’est fait, c’est facile de rendre les Amérindiens pupilles de la culture dominante, celle du plus grand nombre. Donc, vu qu’ils étaient très peu à occuper le territoire, ils n’ont pas eu le choix. On les a forcés à s’acculturer par toutes sortes [...]
La littérature : inutile, dites-vous ?
25 mars 2012 · Culture, Politique, Société · Mélanie RobertEntendez-vous ce discours ambiant, celui qui prétend que la littérature est inutile ? Je l’ai même entendu à la radio publique. J’aime la littérature et vous comprendrez que j’ai de la difficulté à accepter que l’on dise une telle chose. Pourquoi réduire la portée du livre ? De nos jours, le livre est devenu malheureusement un produit. Certains éditeurs préfèrent aligner des colonnes de chiffres chaque mois. Est-ce la seule unité de mesure par laquelle on évalue un livre ? Entre vous et moi, un éditeur devrait d’abord et avant tout, être un missionnaire qui a un rôle social à jouer. Il ne devrait pas se comporter comme un simple businessman. Par ailleurs, je comprends qu’il y a certaines contraintes dans le domaine de l’édition, mais il ne faudrait pas laisser au vestiaire sa vision de la littérature et son importance dans une culture. «Produit» est un mot que j’ai en horreur. Maintenant, nous allons chez le libraire comme si nous allions au supermarché. On se retrouve devant des pyramides de livres bien agencés et on ne se pose plus de questions. On se dit que si certains livres existent, c’est qu’ils ont une certaine valeur; ils sont donc consommables. [...]
Harmony, la real doll
8 mars 2012 · Création · Mélanie RobertEn ce 8 mars, je vous propose un petit texte littéraire que j’ai écrit il n’y a pas si longtemps. Suite à un visionnement d’un documentaire sur les Real dolls, j’avais envie de faire parler une poupée, la femme-objet par excellence: muette, toujours prête et siliconée. Vous pouvez visionner le documentaire sur internet ici. C’est d’une tristesse inouïe, mais à voir absolument. Il m’est difficile d’expliquer comment des hommes entretiennent des «relations» avec des poupées. Je laisse donc parler dans ma nouvelle la poupée Harmony. Ce texte fait environ 5 pages à simple interligne. ********** Harmony Je n’ai pas compté les années, mais longtemps je les ai vu converser avec la solitude. Dès mon arrivée chez lui dans une boîte en provenance de Californie, je compris que Richard était un homme hypermoderne. Son comportement se limitait à naviguer sur internet, à fureter d’un site pornographique à un autre. Je connaissais peu sa vie amoureuse. Je n’avais jamais vu entrer une femme dans son immense appartement de l’avenue Dr. Penfield. Il travaillait comme courtier, conduisait une BMW et mangeait beaucoup de sushis. Il conservait sa taille svelte grâce à son tapis [...]
Aujourd’hui paraît l’essai intitulé Fin de cycle, Aux origines du malaise québécois de Mathieu Bock-Côté. Pour lui, si le projet souverainiste a échoué, c’est à cause de la gauche multiculturelle comme il se plaît à la décrire. J’ai rencontré l’auteur chez lui le 7 février dernier pour parler de son livre et de l’état actuel du souverainisme au Québec. Bock-Côté est un souverainiste pessimiste. On comprend qu’il le soit puisque le peuple s’est dit «non» deux fois. Selon Bock-Côté, les origines du malaise québécois résident dans le fait que les souverainistes des années 60 ont échoué leur projet de souveraineté, et ce, à cause d’une certaine «gauche multiculturelle». Ils auraient commis l’erreur de faire table rase de notre passé historique soit la période de Duplessis. Les années 60 se seraient construites en opposition à tout ce que représentait Duplessis. Il affirme même en entrevue que « (…) les Québécois avec la Révolution tranquille ne se sont pas contentés de se définir par rapport au Canada anglais. Donc l’indépendance n’est pas seulement contre le Canada anglais, mais aussi contre le Canada français. C’est contre nous même que l’on veut faire l’indépendance.», dit-il. [...]
La transsexualité en court-métrage
13 février 2012 · Cinéma, Culture · Mélanie RobertUn court-métrage étonnant, ça vous dit ? Salim visite une maison à vendre dans un quartier d’une banlieue huppée. Il entretient une étrange conversation avec la propriétaire. Grâce à une suite de flashbacks, on découvre que Salim s’appelle également Tracie. House for sale, un court métrage de 18 minutes de la cinéaste Eisha Marjara, sera présenté au Rendez-Vous du Cinéma Québécois vendredi le 17 février à 21h45. Avant d’être cinéaste, Eisha Marjara se voit d’abord et avant tout comme une artiste. Elle cherche des réponses à travers ses propres oeuvres. Elle s’intéresse aux sources des conflits intérieurs. House for sale, c’est l’histoire d’un transsexuel qui cherche lui aussi des réponses. Le personnage est en quête d’appartenance. Selon la cinéaste, la dualité représente nécessairement un conflit et dans ce cas-ci, la transsexualité est une dualité identitaire. Il se sent lui-même lorsqu’il est une femme. « Pour moi, chacun d’entre nous peut s’identifier à une personne qu’on ne côtoie pas tous les jours.(…) Je veux que les gens comprennent le caractère universel de l’expérience, c’est-à-dire que l’expérience de la trahison d’un millionnaire de 30 ans habitant Montréal est la même trahison que [...]
Certains diront méchamment que Gaston Miron est l’homme d’un seul livre. D’autres répondront : « et quel livre ! ». Miron est un poète majeur, un incontournable pour s’imprégner de l’âme du Québec. Dans ses poèmes, c’est le pays, la langue, l’amour qui sont magnifiés. Jean Barbe a eu la charmante idée de créer un flahmob La marche à l’amour pour la journée de la St-Valentin. On cherche à réunir de 100 à 200 personnes pour lire le texte de Miron. Il y aura des musiciens. Il y a déjà 166 participants d’inscrits, mais si vous voulez vous inscrire à l’événement, il est toujours temps en visitant la page Facebook ici. L’événement devait avoir lieu à la place centrale du métro Berri-UQAM, mais semble-t-il que cela pose problème. Alors le lieu reste à déterminer encore. À suivre… N’est-ce pas une belle façon que de fêter l’amour et la poésie en plein coeur de Montréal ? *AJOUT: Le rendez-vous aura lieu devant l’entrée du métro Berri-UQAM 17:30, coin sud-ouest de l’intersection De Maisonneuve et St-Denis. La marche à l’amour de Gaston Miron (extrait) Tu as les yeux pers des champs de [...]
Dans les médias, la culture n’occupe plus la place qu’elle serait en droit de tenir. Selon le bilan 2011 d’Influence communication, le courtier en information, l’intérêt des médias pour la culture (le livre, la danse, le théâtre, la peinture, la photographie, la poésie et la sculpture) «représente l’équivalent de la médiatisation de 2,4 minutes d’une partie du Canadien de Montréal»—, et ce par semaine. Incroyable, n’est-ce pas? Le hockey est une véritable religion au Québec. On le savait, mais maintenant nous avons des chiffres à l’appui. Le Canadien est omniprésent dans les médias. «Il occupe à lui seul 79% de toute la couverture sportive au Québec». De toute évidence, l’équilibre n’existe pas. Toujours selon Influence communication : «Le poids médias du Canadien est deux fois et demie plus grand que celui des arts et spectacles, 3 fois plus grand que le poids combiné de la santé et de l’environnement, et 21 fois plus grand que celui qu’on octroie à la pauvreté, aux aînés et aux autochtones … mis ensemble !» Croyez-vous que l’on parle des vraies affaires au Québec ? Avec cette surmédiatisation du Canadien, vous comprendrez que j’ai une dent contre le hockey qui [...]
«La fiction aussi fait partie de la réalité » — Wigrum de Daniel Canty
22 janvier 2012 · Livres · Mélanie RobertÀ l’époque où j’étais adolescente — car il faut bien parler d’époque —, je parcourais les boutiques d’antiquaires et les marchés aux puces en compagnie de ma mère et de mon beau-père qui cherchait à revendre quelques raretés. Je m’intéressais beaucoup aux vieilles caméras et aux oursons de collection. J’avais remarqué la méthode des antiquaires pour vendre: lorsqu’un acheteur portait une attention particulière à l’un des objets, le vendeur racontait toujours une anecdote reliée au dit objet. Est-ce que l’histoire était vraie ? Il est bien possible que non. Vendre des antiquités est un art aussi. Les antiquaires ont compris que chaque chose porte une histoire, une anecdote ou encore une légende. L’objet porte en lui une dimension poétique ou devrait-on plutôt dire, une âme. Fiction et réalité s’entremêlent «Le temps est troué, et chaque chose tour à tour creuse de son absence la mémoire du monde.» Nous sommes en 1944. Sébastien Wigrum disparaît de son domicile londonien. Qui est-il ? Le lecteur saura peu de choses de lui. Wigrum qui nous est présenté comme un roman combinatoire est en fait l’inventaire de la collection [...]
Faire bonbon avec le texte
14 janvier 2012 · Livres · Mélanie Robert«Si vous êtes une femme, vous voulez probablement que je vous dise comment mes yeux adorent jour et nuit vos formes obsédantes. Vous voulez probablement savoir à quel point mes bras se meurent de tenir votre corps ne serait-ce qu’un instant, alors qu’ils sont assez forts pour vous soutenir pour l’éternité. Vous voulez sûrement savoir à quel point ma bouche a pris la forme des mots d’amour que je vous susurre à l’oreille, qu’elle n’a de cesse de souffler le chaud et le froid sur vos lèvres, de vous embrasser tendrement, violemment, joyeusement, impétueusement. Vous voulez que je vous parle de mon cul musclé et ferme, de mes cuisses noueuses et puissantes, de tout ce que je ferai pour vous mener à l’extase éternelle.» Extrait de Pr0nographe Depuis 2003, la «pétroleuse nymphomane» fait beaucoup de ravages sur le net. Avec Pr0nographe, Anne Archet se lance dans l’autoédition numérique pour le plus grand plaisir de ses admirateurs. Saura-t-elle attirer de nouveaux lecteurs ? En librairie, la littérature érotique se retrouve bien souvent sous la rubrique littérature sentimentale ou littérature rose. Il y a encore de nos jours un rapport non assumé avec la chose. Et pourtant, elle est bien vivante, et [...]
Qui aurait cru que la littéraire du quartier Rosemont se retrouverait ici ? Moi la première, je n’aurais jamais cru ça si une cartomancienne m’avait prédit que je bloguerais pour Voir en 2012. Pourtant, c’est aujourd’hui que je lance ce tout nouveau blogue au sein d’un journal culturel que j’apprécie depuis fort longtemps. Une brève présentation de ma personne s’impose. Je vous le dis tout de suite, je n’aime que la littérature. Ah si, bien sûr, j’aime le cinéma, le théâtre, les arts visuels, la danse, etc. Mais ce qui m’intéresse à prime abord, ce sont les livres et pas n’importe quel. J’évite les autocollants coups de coeur par exemple. Peu de livres trouvent grâce à mes yeux. La littérature populaire dont tout le monde parle, j’évite. J’ai en horreur les non-livres qui se multiplient dans les librairies. Il m’est arrivé de broyer du livre. Lire un non-livre, ça m’insulte. Pas vous ? Oui, j’avoue, c’est à ce point-là. Depuis septembre dernier, j’étudie le journalisme et écris quelques articles par-ci par-là. J’apprends à écrire dans un style journalistique. Vous savez… faire court. C’est assez difficile de se réinventer un autre style. J’ai besoin d’un style qui s’oublie. Habituellement [...]
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