Blogue de Michel-Olivier Gasse Le meilleur est sous le bouchon RSS
J'habite au bord de l'autoroute et je rêve d'un jardin, d'un chien, d'une corde à linge, d'un cheval ou d'un char. J'habite à au moins 20$ de taxi du reste de la vie. Fait que je vais vous parler de ce qui se passe ici.
Il est des ces périodes où des constats frappants, des évidences renversantes me sautent aux yeux en se payant ma gueule de procrastinateur. Y’a ce rapport d’impôts qui n’est toujours pas rempli et pourtant, tous les papiers sont là, réunis, sous mes yeux. Y’a même la pile de factures fripées qui a été comptabilisée. Y’a la chaîne du vélo qui est toujours rouillée, le kit de jogging dans le garde-robe fermé qui croit que l’hiver n’est pas encore terminé. Y’a le ménage du printemps, ça, je sais qu’on est encore dans les temps, mais je vous promets de remettre ça à demain un peu tous les jours, quoique Doo va très certainement s’en charger. Puis il y a cet autre point, qui vous concerne peut-être un peu plus : ma dernière entrée en ce blog date du début janvier. « Mon dieu qu’y doit avoir un beau cul pour se le pogner longtemps de même » vous direz-vous sans doute, et je vous répondrai par l’affirmative bien que cette chair douce et ferme ne soit en aucun cas la responsable de ces égarements. Je pourrais aussi me justifier, me trouver plein de raisons, valables ou non, vous réciter mon agenda [...]
Salut Mario, écoute, j’ai entendu dire que c’était ta fête, donc, tout d’abord, bonne fête! Je te chanterais bien la chanson, paraît que tu l’affectionnes particulièrement, mais par écrit, tu en conviendras, ça manquerait d’impact. Alors je me suis dit que je pourrais te célébrer autrement, c’est-à-dire, en te racontant notre histoire. Tu dois trouver que je pousse un peu fort avec « notre histoire ». Vois-tu, on s’est rencontré, on a souvent jasé, même qu’on a nos numéros de téléphone respectifs, mais ce que j’appelle « notre histoire » commence bien avant que t’en aies idée. Je suis désolé, mais tout ce qui suit ne te rajeunira pas. D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours aimé la musique. Enfant, je ne me faisais pas prier pour faire un spectacle à qui voulait bien le subir. Il existe, quelque part chez mon père, des vidéocassettes où l’on me voit chanter, bien maladroitement et sur le bout de la langue, des chansons de Noël. Je célèbre la disparition imminente du VHS. J’ai grandi avec la musique d’Elton John et de Charlebois, les deux meilleures cassettes qu’on avait à la maison. Mais du moment que j’ai été en mesure de choisir [...]
À l’heure où tous les chinois autour sont encore fermés, dans mon coin, on sait qu’on peut compter sur la station-service 24h en bord d’autoroute. Visiblement, tout le monde le sait et s’y précipite en même temps. Il y règne, en période after-hour, une ambiance des plus angoissantes, à commencer par les bonnes femmes du comptoir Tim Horton’s annexé au Esso, qui se crient après, des choses pas gentilles ou simplement pas intelligentes. Y’a le caissier avec sa casquette argentée à qui je ne confierais même pas la corvée des poubelles. Et, le pire, les clients. Jobbeurs, routiers, voyageurs lessivés, quidams à peine ou un peu trop réveillés, tout ce monde-là tient dans un espace grand comme mon salon et il s’en trouve rarement, n’en serait-ce un seul, qui soit heureux de son sort à ce moment-là. Mais, mises à part les heures d’ouverture, un autre point positif ressort malgré tout de ce bordel. Cette caissière. Discrète et sincère au travers d’une orgie d’éclats fadasses. Des cheveux droits sans artifices, des yeux brillants que l’on ne découvre que si on s’y attarde vraiment, un léger espace entre les dents d’en avant (cet espace-là, il peut me faire rougir et bégayer [...]
Déménager deux rues plus loin comporte somme toute quelques avantages que l’on aura ignoré en premier lieu. Parmi ceux-ci, le fait de ne changer de code postal qu’à moitié ne me laissait qu’un suffixe à mémoriser. 1y8 m’avait fait la vie dure pendant trois mois et j’ai accueilli avec une certaine réticence l’idée d’un nouvel agencement incohérent chiffres/lettre. En bout de compte, 2a3 est plutôt simple et fluide et me reste en tête maintenant grâce à cette boutade de ma femme dans les premiers jours d’emménagement : « Ça adonne bien, parce que c’est probablement dans cet appartement-là qu’on va passer de deux… à trois! » Quoiqu’il advienne, à chaque lettre que j’envoie ou chaque formulaire que je dois remplir, le calembour s’impose, au même titre que le concept de paternité latente. Poste Canada me pardonnera, j’essaie de ne me servir du courrier qu’en dernier recours. Loin de m’imposer quoi que ce soit, ma femme est cependant généreuse de ce genre de clins d’œil. Par exemple, cette chaise haute en bois, procurée à prix modique dans une vente de garage. Ce genre d’offre qu’il serait fou de laisser passer. Alors qu’on en était à peinturer la petite chambre d’en avant, [...]
Un déménagement est souvent synonyme de devoir changer ses habitudes, pour le mieux où à regret. Dans un cas comme le mien où je me retrouve à deux rues de mon ancien logis, on peut s’entendre que, côté commodités, tout reste au beau fixe ou presque. Je suis deux minutes plus près du métro, deux minutes plus loin de l’épicerie, j’emprunte toujours le même chemin pour aller travailler à vélo, je reçois toujours le calendrier de Justin Trudeau. Peu de choses ont changé, si ce n’est qu’au niveau des dépanneurs, je suis maintenant sur un tout autre territoire. Mes deux options de l’appartement précédent sont devenues hors-limites, désuètes et dans ces deux options, le dépanneur St-Hub (vous voyez, il se trouve sur St-Hubert) est à un coin de rue de mon nouvel appartement. C’est dire à quel point on n’en manque pas dans le coin Au départ, j’allais au St-Hub (alors simplement baptisé « dépanneur : cigarettes, bière, vin, sandwichs ») pour la seule raison qu’il était à proximité, mais je me suis rapidement trouvé un autre alibi. Avec un peu de chance, on tombait sur la fille et moyennant un minimum d’esprit pervers, c’était assez pour vouloir commencer à [...]
On commence à me le mettre sur le dos. À m’écrire, m’arrêter dans la rue, à harceler ma mère. Aurais-je mis fin à mon blogue aussi abruptement que Pauline a fini son discours mardi passé? Ou serais-je simplement devenu lâche avec l’été? Loin de tout ça, l’été je l’ai passé à suer sur mon instrument dans les festivals de la province et les entre deux, je les ai remplis de faisage, de transportage et de défaisage de boîtes. Je suis déménagé deux rues à côté. Un bon trois minutes de marche si tu pognes le feu rouge sur St-Hubert. Un avantage auquel s’ajoutait la possibilité d’apporter des boîtes progressivement le mois d’avant pour les entreposer dans la cave. Alors je faisais des voyages à bras, jusqu’à ce que les dits bras s’engourdissent et n’arrivent plus qu’à soulever la bière que finissait par me tendre Sam, le locataire d’avant. Je suis un gars d’habitudes. Des petites habitudes connes qui ne servent à rien. Faire une rotation dans mes t-shirts, mes serviettes et mes bobettes. Commencer mes journées avec les mêmes actions dans le même ordre, tout le temps, et très certainement des dizaines d’autres dont je n’ai même pas conscience. En [...]
Hier, ma femme et moi avons fêté le Canada en mangeant gras. Gen et Mineau étaient en ville et nous avons profité de l’occasion pour aller déjeuner tous les quatre au Café Cherrier, les œufs bénédictine les plus nocifs de toute ma vie sous le regard bienveillant d’une Danielle Ouimet de la belle époque, encadrée au mur nous montrant comme une bénédiction les attributs qui l’ont rendu célèbre. L’équivalent de la livre de beurre qui nous tapait au fond de l’estomac était une assez bonne raison pour vouloir marcher jusqu’à Villeray. Nous avons monté St-Denis un temps puis avons transféré sur St-Laurent, jusqu’à Bernard où nous avons traîné le temps d’acheter quelques vinyles et de découvrir la librairie Drawn & Quarterly, comme si la vie me faisait le plus beau des cadeaux. Putain, la vie, je me suis dit, c’est la fête au Canada et c’est moi qui a les cadeaux. C’était une belle journée. Deux gars portant le maillot espagnol et des sourires des grands jours jouaient au ballon sur le trottoir. « Hey les gars, a dit un homme assis sur un banc, quatre buts, vous trouvez pas que c’est assez comme ça? » Curieux, je me suis [...]
J’ai beau être un jeune homme à l’agenda chargé, reste qu’avoir trois activités d’importance dans la même journée est plutôt rare. (Vous auriez du voir la face de Sarah, mère de deux enfants et femme de musicien, quand je lui ai dit ça.) Hier matin, j’ai donc enfourché mon vélo, (un Minelli modèle Silhouette, ça s’invente pas) pour aller siéger sur un jury dont je tairai tout, par pur souci de professionnalisme. Ça devait se passer de 9h30 à 11h30. J’ai regardé l’heure pour la première fois à midi. J’ai dû quitter avant la délibération finale. On m’attendait déjà depuis une demi-heure pour une répétition. Dans Verdun. J’étais dans Rosemont. Mon plan initial était de sauter dans un taxi, mais j’avais encore en tête la voix d’Yves Desautels le matin qui pleurait presque à René-Homier Roy que cette heure de pointe était particulièrement accablante. « Oy-oy-oye, c’est pas beau du tout, là. Cavendish, c’est com-plè-tement bloqué, Descarie direction sud, c’est une heure d’attente et là y’a Richard qui vient de m’appeler pour dire qu’il y a un accident dans la voie de droite à la hauteur de… » De peur d’aggraver mon retard en plus de me taper une facture [...]
C’était un soir de solide bordée de neige, cet hiver. Attendez, c’était LE soir où y’a eu une bordée de neige cet hiver, vous vous rappelez? Je m’étais invité à manger de la fondue chez Smoke et Toots, ce couple d’amis chers qui ont eu la grâce de venir briser ma solitude de bord d’autoroute en déménageant à deux rues de chez moi. On se serait cru chez Costco. La neige ne tombait pas en flocons, mais en genre de « Value Pack », le format familial qui dure toute une année même en en donnant aux voisins. Toots s’était envoyé l’excédent de viande, histoire de pas gaspiller. « Tu sais que tu peux aussi juste la faire cuire dans le bouillon, pis te faire des pas pires sandwichs demain, han? ⎯ Bah, ‘est cuite, là, tant qu’à faire… » Ça fait près de dix ans que Smoke cuisine des plats pour son homme. Ça fait près de cinq ans que je m’invite à souper sur une base régulière. J’ai rarement vu un plat de restes dans cette cuisine-là. Quoiqu’il en soit, du moment qu’il n’y a eu plus rien à manger, boire et fumer, nous sommes sortis arpenter le [...]
J’ai déjà eu de bonnes pensées pour Jean Charest. J’avais onze ans. Nous sommes en 1987. Pour moi, le concept de ville s’arrête à Matane ou Rimouski. Une ville, c’est une place où y’a un McDonald’s et plus y’a des gros jeux dans le McDo, plus c’est une grosse ville. De mon Ste-Anne-des-Monts natal, nous roulions parfois en famille vers l’un des grands centres à notre portée et c’était la fête. Joyeux festin, centre d’achats, magasins qui vendent des choses qui existent et que t’imaginais même pas. Le bord de mer? Hey, on est pas venus en ville pour aller pitcher des roches dans l’eau. Mais une chose que l’on savait avec ces virées urbaines, c’est qu’elles se terminaient toutes de la même façon : retour inévitable en bord de mer à Ste-Anne, pignon sur la paisible première avenue où le voisinage, dans un rayon de 4-5 maison est en grande majorité de la famille élargie. Le confort, les acquis, les lieux communs, la belle vie. Nous sommes en 1987, j’ai dix ans et nous quittons cette maison en bord de mer pour un appartement à Sherbrooke, là où il y avait du travail pour mon père. Je sais que [...]
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