Depuis sa fondation, l’automne dernier, le FDMA s’est avéré l’événement le plus signifiant, depuis des lustres, pour le développement des scènes musicales québécoises émergentes. A la veille du dernier chapitre du Forum et de la création de la SOPREF, leur instigateur, JEAN ROBERT BISAILLON regarde devant lui.

Ceux et celles qui ont pu voir le documentaire Connaître la suite (après tout, Radio-Canada n’allait tout de même pas offrir à ce portrait de la scène alternative actuelle une case horaire aussi accessible qu’à ses prédécesseurs des années 60 et 70…), peuvent tirer leurs conclusions: la jeunesse marginale et créatrice est de plus en plus présente, tend davantage vers l’autoproduction, et les institutions en place (radios FM, compagnies de disques majeures…) sont en grande partie déconnectées de cette réalité.

Pour plusieurs, ce fut probablement un choc. Mais pour l’ex-French B, Jean-Robert Bisaillon, et pour ses acolytes du Forum des musiques amplifiées, ce n’était qu’une confirmation de leur conviction: il va falloir se faire entendre! C’est même devenu le slogan du FDMA, l’événement le plus signifiant, depuis des lustres, pour le développement des scènes musicales en émergence. Trois week-ends (le quatrième et dernier se tiendra du 3 au 8 juin) de discussion sur le contenu et le contenant, de débats et d’échanges entre les quelque trois cents participants, d’action et de musique. «Etre dans un groupe, explique Jean-Robert, c’est pas juste le trip de monter sur un stage, trasher sa guitare, prendre un coup, et repartir chez soi. C’est aussi se poser des questions sur le pourquoi de ce qu’on fait, comment on veut le faire, et prendre les moyens pour y arriver.»

Le FDMA s’est justement arrangé pour que toutes ces énergies ne se transforment pas en coups d’épée dans l’eau. Il y a deux semaines, Jean-Robert annonçait la création de la SOPREF (Société pour la promotion de la relève musicale de l’espace francophone), en accord avec la recommandation numéro un du Forum d’octobre 97, qui demandait «la mise sur pied d’une association spécifique aux créateurs et structures des musiques amplifiées et émergentes». En bref, «on veut se débrouiller nous-même»! «Le Forum arrive dans une espèce de momentum, pense Bisaillon. Les groupes ont beaucoup plus le réflexe de l’autoproduction. Pour le dernier Forum, l’idée, c’est de convaincre les gens de la nécessité de non seulement venir chercher de l’information, mais aussi de revenir pour partager leurs expériences à long terme, en devenant membres de l’association, pour constituer une masse critique de gens qui échangent de l’information et qui ont un poids politique.»

Mais, comme beaucoup le savent, le poids politique a un prix, et, en ce qui concerne la SOPREF, avec sa façon de s’imposer qui secoue un milieu qui carbure aux préjugés et se forme en clans, c’est celui du scepticisme et de l’appréhension des institutions en place. Jean-Robert explique: «On ne va pas laisser la Guilde, l’UDA, l’ADISQ ou Rideau fixer tous les tarifs de l’industrie, si ça ne respecte pas nos conditions de travail à nous. Je pense que le gouvernement a hâte que la relève soit intégrée à cette dynamique-là, pour éviter que les tarifs ne soient négociés sur la base d’une réalité très élitiste. Il ne faut pas oublier que tout le monde vote aux élections… Mais j’ai fait le tour des institutions avant d’annoncer la création de l’association, question de les inviter et d’avoir leurs commentaires. Après tout, ces gens ont de l’expérience… Je ne voulais pas qu’ils sentent qu’on marche sur leur terrain. La plupart ne sont pas venus et ne nous ont fait aucun commentaire. Je crois que c’est avant tout un problème générationnel. Ils ont beaucoup de bonnes intentions, mais ils sont encore un peu sur le beat des années soixante-dix. Ils fonctionnent encore avec les mêmes structures qu’à l’époque. Pour l’instant, ils nous voient davantage comme quelque chose de menaçant plutôt que comme un agent structurant d’un certain milieu. Pourtant, on ne veut pas agir comme un élément déstabilisant dans l’industrie; on veut travailler avec eux tout en étant sûr que ce sera dans les deux sens.»

«L’idée de la SOPREF, continue le directeur du FDMA, c’est d’agir directement sur le terrain lors des premières années de construction d’un band, et même après, peu importe que le band ait envie de s’autogérer ou de signer avec une compagnie de disques. On veut agir aussi comme courroie de transmission entre la relève et l’industrie établie.» De plus, la SOPREF compte offrir un accès à une base de données, qui aidera les formations pour leur promotion; mettre sur pied un endroit où il sera possible d’emprunter des disques et des revues; et avoir accès à un service de conseils juridiques à prix modique. Un peu l’équivalent des Centres d’information du rock, créés en France sous la supervision de l’ex-ministre de la Culture Jack Lang.

«Le fait d’intervenir sur le niveau de préparation des musiciens et sur leur structuration, conclut Jean Robert Bisaillon, on pense que ça va aussi avoir un effet socio-économique; si jamais ils se plantent avec la musique, au moins, ils auront appris à s’organiser, à se débrouiller. C’est déjà ça…»

Les 6 et 7 juin
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