La soprano québécoise LYNE FORTIN roule maintenant sa bosse en Europe et ailleurs en Amérique du Nord. Elle est de retour à Montréal pour chanter Mozart avec l’Orchestre Métropolitain.

La soprano Lyne Fortin se porte à merveille. Privilégiée, elle continue de faire carrière au Québec, et de chanter le répertoire qui lui plaît. L’automne dernier, elle incarnait La Traviata à l’Opéra de Montréal, un rôle qu’elle connaît très bien et qu’elle a souvent eu l’occasion de chanter.

Ces temps-ci, la chanteuse est très occupée. «J’ai toujours cinquante millions de partitions à apprendre sur mon piano, blaguait-elle en entrevue, la semaine dernière. J’apprends beaucoup de nouveaux répertoires: italien, espagnol, allemand, français. Mes prochains concerts auront lieu avec l’Orchestre Métropolitain, puis, j’en aurai deux autres avant de partir faire les Contes d’Hoffmann à Edmonton. Et ensuite, j’aurai encore deux ou trois récitals au mois de mai. Je n’ai pas le temps de m’ennuyer!»

Le répertoire de la soprano québécoise ne cesse de s’élargir, ce qui correspond à ses voux. «Je veux toujours chanter le plus de répertoire possible dans le plus d’endroits possible.»

Malgré la diversité des ouvres qu’elle chantera à l’opéra et en récital dans les prochains mois, Lyne Fortin s’est souvent retrouvée en compagnie de Mozart, du moins depuis un an. A Québec et à Montréal, la saison dernière, elle chantait dans les Noces de Figaro. A la fin de l’été, elle donnait un concert Mozart avec l’Orchestre Métropolitain, dans le cadre de la Fête de la musique au Mont-Tremblant. Cet hiver, et jusqu’à tout récemment, elle incarnait Électre dans Idoménée de Mozart, dans une maison d’opéra en Belgique. Du 24 février au 8 mars, elle chantera à nouveau Mozart avec l’Orchestre Métropolitain dans un concert où elle partagera la vedette avec le clarinettiste Simon Aldrich, sous la baguette de Joseph Rescigno. Cette fois-ci, elle nous donnera un air alternatif des Noces de Figaro, «Al desio di chi t’adora», un air extrait de Don Giovanni, «Non mi dir, bel idol mio», et un extrait de Cosi fan Tutte, «Come scoglio». «J’aime beaucoup Mozart, déclare celle qui est en passe de devenir une spécialiste du "divin". Pour moi, c’est toujours agréable à chanter. C’est tellement bien fait, équilibré, que je me sens toujours à l’aise.»

Heureusement, malgré des engagements parfois prolongés en Europe, comme cet hiver en Belgique, la chanteuse désire toujours rester présente au Québec. «Je suis choyée. Au fil des ans, j’ai pu me faire une réputation, et les gens apprécient ma présence. C’est très agréable pour moi, et c’est une motivation supplémentaire qui incite les producteurs à m’engager!», appuie avec humour la soprano. Lyne Fortin avoue qu’elle ne pourrait pas demeurer en Europe, même si les conditions offertes aux artistes sont moins intéressantes ici. «Je peux m’adapter, vivre deux, trois, même six mois là-bas, mais partir définitivement, je crois que je ne serais pas capable. J’aime mieux la façon de penser que nous avons ici, et la situation de la femme, aussi. Nous avons une bonne longueur d’avance là-dessus.» Ce qui ne l’a pas empêchée d’épouser un Belge!

«Tournée dans l’Ile» du concert Mozart
de l’Orchestre Métropolitain:
les 24, 25 et 26 février, 2, 3 et 8 mars

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Trio Fibonacci

Jeudi soir, 11 février, un nouvel ensemble voyait officiellement le jour à Montréal. Le Trio Fibonacci, formé de la violoniste Julie-Anne Derome, du violoncelliste Gabriel Prynn et du pianiste André Ristic, semble une formation extrêmement prometteuse si l’on en juge par son concert inaugural. Arrivée un peu avant l’entracte – ayant dû aller auparavant à une autre première partie de concert -, j’ai pu entendre le jeu transcendant de Gabriel Prynn dans une ouvre de l’Anglais Jonathan Harvey, Three Sketches pour violoncelle solo. En seconde partie, Julie-Anne Derome créait avec brio les Quatre Danses pour violon solo de la compositrice montréalaise Ana Sokolovic, une ouvre superbe inspirée du folklore des Balkans et, sûrement aussi, du jeu virtuose de la violoniste. Pour terminer, les membres du Trio Fibonacci se réunissaient pour interpréter une ouvre allemande du début des années soixante, Présence de Bernd Alois Zimmermann, pour violon, violoncelle et piano. Trop associée à une période d’expérimentation, cette ouvre vieillie a tout de même permis de constater l’unité et la précision du Trio, ainsi que la grande musicalité du pianiste André Ristic – que je n’avais pas eu la chance d’entendre dans Two Incidents pour piano solo de Chris Paul Harman, qui ouvrait le concert. Un trio avec piano dont tous les membres sont des musiciens de très haut calibre et qui se consacre au répertoire du XXe siècle, ça ne court pas les rues. Longue vie au Fibonacci. Les prochains concerts auront lieu le 19 avril à 19 h 30 à l’église St-James, et le 11 juin à 20 h, à la salle Tudor du magasin Ogilvy.

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Gabriela Montero joue Frédéric Chopin (Palexa)

Le second disque de Gabriela Montero, sous étiquette Palexa, enregistré à la Chapelle historique du Bon-Pasteur à Montréal, paraissait à l’occasion du récent événement Chopin organisé par la Chaîne culturelle de Radio-Canada, en collaboration avec le Centre Pierre-Péladeau. Le concert d’ouverture de ce week-end de la Saint-Valentin, consacré à Chopin – dont on souligne cette année le 150e anniversaire de la mort -, était d’ailleurs donné par la pianiste vénézuélienne. Son jeu profond, empreint de poésie, servi par une riche palette sonore, séduit d’emblée. Ouvrant le concert avec la Barcarolle en fa dièse majeur, op. 60 du compositeur polonais, Montero nous a captivés par sa capacité à créer l’intensité du moment présent. Sa technique solide semble s’effacer devant le plaisir qu’elle prend à nous jouer Chopin, simplement, avec une maturité étonnante pour ses vingt-huit ans. La pianiste interprétait entre autres la Sonate no 2 en si bémol mineur, op. 35, les Nocturnes en do mineur, op. 48 no 1 et en mi bémol majeur, op. 55 no 2, ainsi que Scherzo no 3 en do dièse mineur, op. 39, ouvres qui figurent sur son tout récent enregistrement – sur lequel on trouve de plus la Fantaisie-impromptu en do dièse mineur, deux valses et deux polonaises. Après avoir assisté au concert, on est un peu déçu par le disque qui ne transmet pas toute la poésie du jeu de Montero. Malgré les qualités de l’enregistrement, qui se veut le plus naturel possible, on perd un peu de la palette sonore de la pianiste. Et comme la poésie, en musique, passe essentiellement par la sonorité, cette dimension du jeu s’en trouve atténuée. Un très beau disque tout de même.

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