Afrodizz lançait mardi dernier son deuxième album, Froots, sous étiquette C4. Un nouveau départ pour la formation afrobeat toujours méconnue des Montréalais.

Il y a plus de deux ans, Voir vous présentait Afrodizz, nouveau visage à surveiller dans le paysage musical montréalais. À l’époque, leurs quelques concerts donnés au prestigieux Jazz Café de Londres et leurs contrats de disque avec les étiquettes Freestyle (Angleterre) et DoRight Music (Canada) permettaient mille et un rêves aux membres de l’orchestre afrobeat.

Or, en 2006, force est d’admettre que rien ne s’est déroulé comme prévu pour le groupe mené par Gabriel Aldama, guitariste jazz de formation. Fondé il y a quatre ans et demi, Afrodizz a bien lancé son premier compact, Kif Kif (2004), en plus de se produire à plusieurs reprises de l’autre côté de l’Atlantique, mais un manque d’effort promotionnel a nui à son succès, comme c’est le cas au Québec où le groupe reste curieusement toujours aussi méconnu.

"Avec nos nombreux concerts et nos contrats en Europe, c’est comme si nous évoluions sur une autre planète pour la majorité des Québécois", commente Gabriel, assis à une terrasse de la rue Saint-Denis. "Je crois que la stratégie de commercialisation de Freestyle et de DoRight n’était pas adaptée à Afrodizz. Ces labels manquaient de moyens et visaient surtout le monde des D.J. (particulièrement friands d’afrobeat qui croise l’énergie rythmique africaine avec les grooves funk et jazz). On nous collait faussement les étiquettes de "puristes" et de "musique de Noirs". Nous ne sommes ni blancs, ni noirs. Nous sommes des tripeux d’afrobeat."

Un brin échaudé par l’aventure, Afrodizz corrige le tir et lance son deuxième album, Froots, sous l’étiquette montréalaise C4, qui gagne ainsi en diversité. Profitant d’une pochette aux allures de sérigraphie (une oeuvre signée Gabriel), l’album sera distribué au pays par Universal. Un atout majeur pour la formation qui entreprendra une tournée canadienne au début juillet.

C’est d’ailleurs en concert que la bande prend tout son sens, laissant énormément de place à ses musiciens d’expérience, dont le bassiste François Plante et le batteur Jean-Philippe Goncalves (tous deux de Plaster). Ajoutez à l’ensemble un chanteur, un percussionniste et trois joueurs de cuivres, et vous vous retrouvez avec une puissante machine groovante. "En concert, le premier but est de faire danser la foule: la règle d’or de notre musique." C’est ce que l’ensemble avait réussi lors du dernier FME, surprenant le tout-Rouyn-Noranda et les fondateurs de C4.

Si le courant entre Afrodizz et le public passe par un fil plaqué or en concert, le constat différait sur album. Avec ses longs solos et ses références 100 % afrobeat à la Fela Kuti, Kif Kif manquait d’efficacité pour rejoindre les néophytes.

Froots remédie à la situation. Maintenant perméable au courant électro, trip-hop, dance et chanson française (invité spécial, Deweare chante Fashion Terroriste dans la plus pure tradition gainsbourienne), la formation a charcuté ses compositions, en plus de varier ses ambiances parfois plus pop, risquant ainsi de toucher un plus large public. "Je voulais un album qui plairait autant aux musiciens et aux mélomanes qu’aux non-initiés. Je me suis d’ailleurs inspiré du dernier Gorillaz pour monter Froots. Je voulais le même genre de mélange sonore. Je voulais aussi un album plus sale que festif. Un disque qui, par sa facture, apporterait un côté moderne à l’afrobeat."

Rappelant autant The Herbaliser que Tony Allen, Froots s’annonce déjà comme un classique pour chaudes soirées estivales.

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