Il ne faut pas compter sur Pépé et sa guitare pour nous dicter l’idéologie du mois ou pour qui voter. Philippe Proulx nous fait l’anti-morale à sa façon, dans sa parlure brute et vraie mais franchement vivifiante.

Avant l’arrivée de l’ère de l’humour absurde, il était probablement impensable de considérer qu’un chanteur puisse percer les ondes FM et l’univers MusiquePlus en faisant référence aux chiottes comme lieu sacré pour composer, en parlant de mangeux de bines, de filles connes et de gros tas. Mais au royaume des Trois Accords, André, Chick N’ Swell et compagnie, Pépé voit sa niche s’agrandir. "C’est ça qui est le fun dans la vie: la réalité dépasse toujours la fiction. Vivre et rêver, c’est deux, mais ça se rassemble parfois", explique avec émerveillement Philippe Proulx, alias Pépé.

Avec une attitude à la fois crue et enfantine, voilà deux albums qu’il nous renvoie nos quatre vérités sans détour, avec un humour simple, cynique et efficace. Mais c’est sur scène que se révèle la vraie nature de Pépé, l’ardent musicien. Et maintenant en deux formats: Pépé et sa guitare (et bien souvent, son ukulélé), ou encore Pépé et son orchestre. "Avec l’orchestre, c’est un autre monde. Ça rocke, c’est efficace, avec de la grosse distorsion sale. J’aime ça pousser ça, mais en même temps, il faut que je garde mon côté blé entier." Évidemment, inutile de mentionner qu’avec un personnage comme Pépé, une ambivalence n’est pas un "yin yang" ou un "équilibre", mais bien un "Mini-Wheat". Allons-y donc, côté par côté.

L’ART DE L’ENFANCE (CÔTÉ GIVRÉ)

"J’ai grandi en écoutant de la musique dont je comprenais pas les paroles. J’étais tout petit et je rêvais déjà d’être dans un band rock ou métal ou même punk. Mais j’étais loin de penser que je chanterais un jour, ou même que j’écrirais des chansons", se rappelle-t-il, lui qui ne semble être sorti de l’enfance que physiquement.

D’une certaine façon, Pépé s’en lave les mains. Désinhiber les complexités inutiles. "Ce que je remarque, c’est qu’on dirait que les gens, des fois, cherchent la marde. On dirait qu’ils essaient de se rendre intéressants en chialant. Moi, ce que je sais, c’est comment avoir du fun et comment se donner encore envie de vivre, se défend-il. Je veux dire, on essaie toujours de se penser adultes et matures quand dans le fond on est tous des enfants en dedans. C’est cet enfant-là que je veux titiller."

Le moment est bien choisi pour retourner à notre analogie céréalière. "La vie, c’est pas supposé être facile. Si t’as juste le côté sucré, tu vas avoir mal au coeur, pis on n’apprécierait pas le sucre. Ça nous prend une bouchée de foin pis de marde une fois de temps en temps. De toute façon, la vie s’occupe de te l’apporter", raisonne à sa façon Pépé.

L’ENFANCE DE L’ART (CÔTÉ BLÉ ENTIER)

Mais pourtant, à travers ses propos issus d’une plume chansonnière habile, en apparence légers et plus souvent désopilants qu’autrement, Pépé cache à peine subtilement une panoplie d’opinions mordantes et prononcées. Une question revient constamment quand il se prête aux entrevues: "Avec un tel talent d’écriture, pourquoi ne pas mettre tes mots au service d’idées politiques ou engagées?" Là où plusieurs nous font la morale et crient haut et fort les prétendues solutions des mille et un problèmes de la planète, Pépé dénonce cette prétention. "Peut-être bien que mon engagement est plus philosophique que politique, démarre-t-il. Je veux pas commencer à prétendre avoir la solution parce que j’ai une belle plume et que je suis capable de bien parler. Juste à cause que je peux charmer le monde avec mes mélodies, je vais me mettre à leur dire quoi faire et décider de ce qui est bon dans la vie? Je le sais pas ce qui est bon, je sais pas c’est quoi la solution pour sauver la planète. Je sais pas comment arrêter la guerre."

"Je pense que dans une chanson, tu peux prendre ce que tu veux. Si tu comprends quelque chose dans une chanson, même si l’auteur n’avait pas du tout pensé à ça, ça veut pas dire que c’est pas une réalité et que t’as tort d’être touché, ajoute-t-il. Des fois, quand tu écris, tu t’exprimes plus que tu le penses. Tu fais des lapsus qui sont interprétés différemment de tes intentions. Ça donne d’autres sens."

Même raisonnement pour la pression qui vient avec le succès. "Je ne me mets pas de pression. Encore une fois, la vie s’occupe de t’en mettre de toute façon. Je veux pas m’en mettre encore plus. Moi, j’aime ce que je fais. Et le monde suit et tant mieux, c’est mon but ultime. C’est pas à moi à me prendre au sérieux."

Parlant de succès, voilà qu’on annonce une nomination pour lui au Gala de l’ADISQ cette année. Catégorie? Folk contemporain. "Bin oui, j’suis folk, moi, peux-tu croire? J’suis tout seul avec ma guitare, donc c’est du folk, je suppose", dit-il d’un ton qui ferait briser les "sarcasmomètres" s’ils existaient. "Faut se mettre des étiquettes pour se repérer dans la vie, pis après ça, les gens diront pu: "Pépé, c’est du ci, c’est du ça." Ils vont dire: "Pépé, c’est du Pépé." C’est ce que j’espère. En attendant, je suis en nomination à l’ADISQ pis mon nom va être dit, le monde va savoir que j’existe et ça, je l’apprécie." Que le mot se répande. Pépé poursuit sa conquête.

Le 6 octobre à 20h
Au Théâtre des Quatre Soeurs

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