Cesaria Evora revient à Montréal pour un énième triomphe annoncé. La grande dame haute comme trois pommes se promet encore quelques belles années…

La mama du Cap-Vert est bien bavarde tout à coup. À vrai dire, je m’attendais plutôt à ce quelle se fasse aller nonchalamment dans une chaise berçante de son appartement parisien pendant que son compatriote et road manager Angelo Spencer s’évertuerait à nous servir d’interprète. Pas du tout. Cesaria Evora s’implique, elle jase, prend le téléphone. Elle se souvient même des bribes de notre rencontre à Montréal avant son dernier grand concert. Surtout, elle n’hésite pas à mettre les points sur les "i" et à préciser sa version de certaines fausses perceptions. Comme celle qui voudrait que la chanteuse se présente toujours sur scène nu-pieds afin de revendiquer en silence.

"Suis-je vraiment une diva aux pieds nus? C’est vrai qu’on avait décidé d’appeler ainsi le premier album qui est sorti en France il y a 20 ans, et l’image me suit depuis. Mais l’intention était plutôt de souligner le fait que je vis constamment les pieds par terre depuis ma naissance. Diva, je ne sais pas… Disons carrément que je ne me prends pas vraiment pour un personnage du genre. La vérité, c’est que je déteste les chaussures et que je n’ai jamais su en porter convenablement, même quand j’y suis obligée. Oui, j’aime la sensation, le contact avec le sol, et je sais qu’au Cap-Vert, cette attitude est plutôt fréquente. Mais c’est surtout que ces machins me serrent les pieds. Besoin de liberté, certes. Mais pas un signe de révolte."

En fait, les fans et les amis de Cesaria l’ont affublée d’une kyrielle de surnoms plus ou moins affectueux dont elle s’accommode volontiers parce qu’elle les considère tous comme des signes de sympathie. Par exemple, "la reine de la morna", en référence à ces mélopées capverdiennes qu’elle affectionne particulièrement. Ou encore "vieux rhum"; sans doute pour signaler sa vieille habitude, son attachement à la bouteille, au petit grog. Mais plus fréquemment encore, on l’appelle "Cize". Un diminutif qui lui colle à la peau depuis son enfance à Mindelo, là-bas dans les îles, le genre de nom que l’on donne à une vieille tante généreuse en câlins et dont on peut caresser le dos sans crainte.

Car aujourd’hui encore, lorsqu’elle n’est pas en tournée mondiale, madame Evora retourne au soleil de São Vicente. On raconte que sa grande maison près de la mer est un refuge où tout le monde peut s’arrêter pour quémander un peu de nourriture. Légende urbaine? Conte de fées tropical?

"J’ai été élevée comme ça par ma grand-mère, justifie l’intéressée. Le principe est qu’il faut toujours cuisiner pour plusieurs car tu peux avoir de la visite. Les gens entrent et sortent, s’assoient et mangent. Certains arrivent même dans des cars de touristes et veulent me parler, faire une halte. On boit un coup. Mais le plus souvent, ce sont les locaux qui viennent chez moi. Parfois pour un petit-déjeuner ou juste une tasse de café. Ce n’est pas grand-chose. D’autres veulent emprunter de l’argent. S’ils ont l’air réglos, honnêtes, souvent je participe. Quelques-uns arrivent même avec des prescriptions périmées et prétendent qu’ils doivent se rendre à la pharmacie. Vous savez, il y a différentes personnes…"

Voici le portrait sans retouche de la grande dame sans talons. Arrivant du Portugal, elle s’est retrouvée à Paris, dans le 10e, sur la scène exiguë du mythique New Morning. C’était un soir d’octobre, il y a 20 ans, et quelques dizaines de spectateurs avaient fait le déplacement pour voir cette pauvre femme de 47 ans qui tentait de faire carrière en créole portugais. Depuis, Cize ne cesse de remplir les plus grandes salles. À Montréal autant de fois qu’elle le désire. Et plus tôt cette année, en Russie et en Scandinavie, au Japon, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

"- Jusqu’à quand, Cesaria?

- Jusqu’en 2020, si je ne meurs pas."

À écouter si vous aimez /
Susana Baca, Amalia Rodrigues, Boy Ge Mendes


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