Les Trans Musicales de Rennes ont célébré cette semaine leur 30e anniversaire. Retour sur un festival pas comme les autres.

Quand Jean-Louis Brossard et Béatrice Macé ont démarré ce qui allait ensuite devenir les Rencontres Trans Musicales à Rennes en 1979, jamais ils ne se seraient doutés que 30 ans plus tard, cet événement serait le centre de leur vie.

À la base un petit showcase axé sur les groupes de Rennes et des environs, les Trans sont aujourd’hui un des plus importants festivals de musique à travers le monde et sans doute le plus gros centré presque uniquement sur la découverte. Pas pour rien que, d’une année à l’autre, un nombre impressionnant de professionnels de l’industrie du disque s’y arrêtent. Juste du Québec, il y avait cette année les labels Bonsound et C4, l’imposante délégation du Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda (FME), celle du FIJM et des FrancoFolies de Montréal et Jean-Robert Bisaillon d’Iconoclaste Musique… Et il y a tous les autres, de France et de partout à travers le monde. Ici, on voit, on écoute, on discute, on échange, toujours dans une atmosphère fébrile et conviviale.

"Quand on a fait la première édition, on a failli ne pas en faire une deuxième et c’est vraiment grâce à la demande des gens et des artistes qui voulaient y jouer qu’on a persévéré. Ensuite, avec les années, le festival est devenu de plus en plus gros et c’est là qu’on s’est mis à inviter des artistes étrangers", résume l’infatigable Jean-Louis Brossard, attrapé à la sauvette. "Les Trans, c’est tous les ans un nouveau pari et une nouvelle aventure. C’est toute ma vie, à 500 %. Toute l’année je suis là-dedans, en plus d’organiser des concerts à Rennes [dans la salle l'Ubu principalement] en marge du festival. La musique est toujours là. Mais si tu me demandes de tracer un bilan des 30 dernières années, c’est beaucoup plus difficile puisqu’on en aurait pour deux heures. Je garde évidemment d’excellents souvenirs de concerts exceptionnels et de rencontres humaines. Car les Trans, c’est aussi ça, un événement où les gens se rencontrent. Les groupes, les journalistes, les pros de l’industrie et le public, tout le monde se mélange. Moi, quand je suis dans la salle, je ne suis plus le directeur, je suis le public. Mais je me rappelle plein de concerts dont celui de Champion, il y a trois ans, qui a fait danser tout le monde, même les techniciens. C’était un moment magique avec un groupe que personne ne connaissait, et ça, c’est les Trans." Voilà tout Jean-Louis Brossard en quelques mots. On lui demande de nous parler des moments magiques qu’il a vécus aux Trans et il est capable de nous nommer quel artiste québécois y a joué, dans quelle salle, à quelle heure et comment a été la réaction du public.

On peut facilement dire qu’en 30 ans, Jean-Louis Brossard a fait l’éducation musicale des Rennais, et pas n’importe laquelle. Avec une programmation aussi éclatée et à la fine pointe de l’évolution toujours rapide du milieu des musiques dites "populaires" (techno, hip-hop, punk, rock, world beat, blues, etc.), les festivaliers sortent de chaque édition avec les oreilles encore plus ouvertes.

TOUJOURS OSER

Pour cette 30e édition, on se serait attendu à un peu plus de gros noms, or ce fut tout le contraire. À part les Residents et le projet exploratoire de Yann Tiersen et du groupe Orka, des musiciens des îles Féroé qui fabriquent leurs propres instruments, peu de noms nous étaient familiers. En fait, le festival a préféré revenir à la formule "découverte" qu’il avait un peu négligée ces dernières années à la suite de son déménagement en dehors de la ville. Il fallait bien attirer le public dans ce nouveau lieu! Maintenant que c’est fait, les Trans prennent à nouveau des risques. Donc, souvent ça passe et des fois ça casse…

Des quelque 90 groupes de tout acabit et de toutes provenances qu’on a pu voir durant les quatre jours que dure l’événement (sans compter la trentaine qui se retrouve au volet off Les Bars en Trans), on en retiendra seulement quelques-uns. Du Québec, seul Creature avait été sélectionné et, non, il n’a pas suscité le même engouement que Champion il y a trois ans. Reste que le concert de la formation pop montréalaise a tout de même été très bien et le public rennais a semblé apprécier.

Sinon, il y avait encore une fois trop de D.J. et pas assez de groupes dans cette programmation anniversaire. Pour des raisons économiques, je suppose, puisqu’il est moins coûteux de faire se déplacer un gars seul que tout un band et son équipe.

Il serait précipité de dire qui, des 90 groupes au programme, va rayonner jusqu’à chez nous au Québec d’ici un an ou deux mais si on doit nommer quelques noms, il y a de fortes chances que la Roumaine Miss Platnum, la colorée Britannique Ebony Bones, le combo indie rock américain Cage The Elephant, le chanteur français Sammy Decoster, les sinistres rockeurs anglais de Sister, les excentriques Parisiens de Rosita Warlock & Mr Djub et, mon coup de coeur, le trio britannique Micachu & The Shapes fassent parler d’eux. Curieux, prenez note et jetez un coup d’oeil sur ma page blogue Sonique rendez-vous pour plus de détails!

Pour conclure, avec deux soirs sold out, on se fait moins de souci pour les Trans et on espère sincèrement que ce festival hors du commun, où le terme "découverte" prend tout son sens, sera encore là dans 30 ans. Quand on sait que de gros événements, qui proposent des têtes d’affiche très connues, peinent malgré tout à se maintenir à flot, force est d’admettre que Jean-Louis Brossard et Béatrice Macé ont relevé le pari de ce beau risque qu’on nomme les Rencontres Trans Musicales de Rennes.

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