L’astéroïde Internet a frappé de plein fouet l’industrie de la musique, qui vient de vivre son pire cataclysme de l’histoire moderne. Alors qu’elle peine encore à s’en remettre, Les Cowboys Fringants se sont adaptés avec brio.

Des concours au WWW

Il y a 10 ans, les nombreux concours tels Les Francouvertes ou L’Empire des futures stars représentaient l’un des rares moyens de se faire entendre pour les jeunes musiciens d’ici. Les Cowboys Fringants n’étaient qu’un phénomène de banlieue avant d’être finalistes de l’édition 1999-2000 des Francouvertes. "C’est avec notre deuxième place aux Francouvertes (tout juste derrière Loco Locass) que les grands quotidiens ont commencé à s’intéresser à nous", se souvient la violoniste Marie-Annick Lépine.

"À l’époque, nous avions même fait le tour des maisons de disques avec notre démo sans susciter grand intérêt, poursuit le bassiste Jérôme Dupras. C’est pendant le concours que nous avons commencé à discuter avec les gens de l’Empire Kerozen."

Sous cette défunte branche de l’étiquette Indica, Les Cowboys ont lancé Motel Capri en avril 2000. À l’époque, le site Web du groupe comptait cinq pages, dont un forum administré par Marc Desjardins, un webmestre plutôt avant-gardiste pour l’époque, alors que la majorité des artistes brillaient par leur absence dans le cyberespace. "Il était laid, notre site, mais il avait du contenu, souligne le chanteur Jean-François Pauzé. On y ajoutait les histoires des chansons et des anecdotes de tournée. C’était comme un blogue avant l’arrivée du mot blogue."

À l’époque, personne ne se doutait qu’Internet allait remplacer les fameux concours, devenant le meilleur moyen de diffusion pour une formation émergente. Les Arcade Fire, Malajube et autres Coeur de Pirate doivent leur succès aux MySpace, Facebook, YouTube et nombreux blogues. "Non seulement Internet a permis aux jeunes groupes de se faire entendre, mais il a aussi permis à la culture québécoise de s’exporter, lance le chanteur Karl Tremblay. Plus besoin d’une grosse machine commerciale réservée aux chanteuses à voix pour s’attaquer à la scène internationale. Ariane Moffatt, Pierre Lapointe, Patrick Watson et Beast utilisent le Web pour s’exporter, et ça fonctionne."

C’est d’ailleurs le World Wide Web qui permet maintenant aux Cowboys de s’imposer sur le marché français. "Aujourd’hui, notre site compte plus de 50 pages, affirme Marie-Annick. En 2007, nous y avons reçu 1 million de visiteurs uniques, pour une moyenne de 23 000 clics par jour."

Avec son forum, auquel participe toujours Jean-François, le site est devenu une véritable communauté où se côtoient Québécois et Français. "Puisqu’on ne donne pas beaucoup d’entrevues et qu’on ne participe pas aux émissions de télé, les gens savent que visiter notre site ou notre Facebook est le meilleur moyen de connaître les activités du groupe", commente Jérôme.

Sans aucun appui des médias de masse en France, Les Cowboys Fringants y ont vendu près de 65 000 billets de concert en 2009, un résultat sidérant lorsqu’on analyse leurs ventes d’albums du côté de l’Hexagone, où seulement 25 000 exemplaires de L’Expédition ont trouvé preneur. Piratage, vous dites?

Le défaut de ses avantages

Si Internet permet aux musiciens de se faire connaître, cette libre circulation d’informations n’a point de limites. Les internautes s’échangent aujourd’hui des albums complets pour les mettre en mémoire dans leur lecteur mp3 sans qu’un sou ne soit redistribué aux créateurs. Pour l’industrie qui a vu les ventes d’albums péricliter, c’est le grain de sable dans l’engrenage.

Après avoir tenté vainement de combattre la pratique, la nouvelle stratégie vise à trouver de nouvelles sources de financement. a) Permettre aux fans de payer ce qu’ils veulent pour un album offert en téléchargement. "On l’a fait avec notre disque Les Insuccès. On a reçu 14 $ pour 10 000 téléchargements…" b) Taxer les fournisseurs d’accès Internet qui s’en mettent plein les poches avec leurs forfaits du type "super haute vitesse". "Les années 2000 ont été une grande période de flou pour l’industrie. Lorsque la musique est passée du support vinyle à la cassette, on savait où on s’en allait. Même chose pour le passage de la cassette au disque compact. Mais là, personne ne sait ce qui vient après le CD. J’imagine qu’une solution sera trouvée au cours des prochaines années. Je crois que les fournisseurs d’accès seront au coeur de cette solution, mais ça ne se fera peut-être pas de leur plein gré."

En attendant, Les Cowboys Fringants s’adaptent. Leurs ventes de disques ont peut-être chuté (plus de 235 000 exemplaires vendus de La Grand-Messe au Québec, contre 95 000 pour L’Expédition), mais ils sont conscients que le piratage leur sert autant qu’il leur nuit. "C’est sûr que j’aimerais encore vendre des albums dans 10 ans, confie Jean-François. Je suis un maniaque de l’objet, de la pochette. Mais si le piratage nous permet d’obtenir du succès en France, de remplir nos salles et de vendre des chandails… Pourquoi pas?"

ooo

Le 31 décembre au Centre Bell

Pour la troisième fois de leur histoire, Les Cowboys Fringants convient leurs fans à un grand rassemblement au Centre Bell, un marathon de plus de cinq heures de musique incluant des performances de Vincent Vallières et Norouet. Marie-Annick Lépine: "Le groupe aura bientôt 15 ans, et notre spectacle au Centre Bell se veut un clin d’oeil au spectacle que nous avions donné le 31 décembre à La Ripaille de Repentigny, en 1996. Jusqu’à minuit, ce sera le même concert que nous donnons depuis le début de l’année. Après minuit, on célèbre 2010 et on se fait plaisir. Les gens vont pouvoir rester tard car on va jouer longtemps, plus de trois heures sans entracte."

Les Cowboys Fringants visiteront Gatineau en 2010. Marquez vos calendriers pour le passage de L’Expédition le 11 février à la salle Odyssée.

Également à la salle J.-Antonio-Thompson de Trois-Rivières le 30 janvier 2010 et au Grand Théâtre de Québec le 27 décembre.


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