La tête dans les étoiles, Alexandre Belliard valse avec ses fantômes sur un troisième album léger et serein malgré les grands thèmes qu’il a choisi d’aborder: vie, mort, temps, amour.

Du garage où il fait réparer sa voiture avant de partir en tournée, Alexandre Belliard révèle l’étincelle derrière son troisième album: "Mon grand-père est mort en septembre 2008. J’étais très proche de lui et ça m’a bouleversé, d’autant plus que ma grand-mère est allée le rejoindre deux mois plus tard… Je suis marié depuis dix ans. De réaliser que l’autre peut t’être enlevé par la mort a déclenché une réflexion, d’où ma chanson L’Immortalité." Ainsi que Complainte d’outre-tombe, déclinée sur le même thème: "Deux jours avant qu’il décède, j’ai eu la chance de pouvoir m’arrêter chez lui pour le saluer une dernière fois. Il était passablement affaibli, c’était une question d’heures… Mon grand-père était un bon vivant, il a eu une belle vie. Son heure avait sonné et ça l’a mis de mauvaise humeur. Il n’était pas content de mourir; la mort lui tapait sur les nerfs. Après son décès, j’ai beaucoup écrit. Ce sont des émotions avec lesquelles je n’étais pas familier."

Oui, la Faucheuse est de passage sur Des fantômes, des étoiles. Belliard signe même une chanson sur Jack L’Éventreur, et en profite pour saluer la poète Marie Uguay, décédée à 26 ans. "Son oeuvre et sa vie sont le reflet de notre impuissance et de notre détresse devant le passage du temps", dit le musicien et auteur du recueil de poésie Tu cours après les pigeons, paru dans la collection Poètes de brousse aux Intouchables.

Mais qui dit mort, dit aussi naissance. Sur Fille, Fille, une chanson qui évoque le son du Husky, grand ami et complice, Belliard s’adresse directement à l’enfant à naître: "Sur un texte naïf, j’ai composé une musique troublante, presque épeurante… Il y a une tension; ma blonde trouve ça atroce!"

Derrière presque tous les instruments et à la réalisation de ce troisième gravé, il y a Éric Goulet, le grand frère dont rêvent tous les jeunes auteurs-compositeurs québécois sensibles dans la lignée des Vincent Vallières, Alexandre Champigny et Yann Perreau. Et comme Goulet, qui avait librement adapté Love Hurts, magnifiquement interprétée en duo avec Mara Tremblay (L’amour fait mal), Alexandre propose sa version de I Don’t Want To Grow Up/Je refuse de grandir, écrite par Tom Waits et sa dulcinée. De fait, il est aussi beaucoup question d’amour ici, sur Et toi et moi notamment, une recension chantée des couples célèbres ou mythiques, de Pamela et Tommy à Rimbaud et Verlaine, sans oublier Gérald Godin et Pauline Julien.

Mort, naissance et amour: un album folk-pop atmosphérique à la fois intime et universel. Heureusement que Thot, placé en couverture d’album, veille au grain. "C’est le dieu de la mesure du temps. Quand tu meurs, il t’arrache le coeur et le soupèse. Si t’as été quelqu’un de bien, il te laisse passer et ça va bien aller pour la suite, sinon… t’as des problèmes. Même que si ma mémoire est bonne, il te dévore!" Intense, mais jamais lourd ni écrasant. Voilà la grande qualité d’Alexandre Belliard.

À écouter si vous aimez /
Éric Goulet, Le Husky, Vincent Vallières

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