Toujours aussi délicieusement dérangé et dérangeant, Katerine revient jouer avec nos nerfs et nos oreilles, de plus en plus déconcertant, de plus en plus lui-même. Rencontre avec un fou du roi des temps modernes.

Après nous avoir fait danser avec Robots après tout – l’un de ses albums les plus accessibles -, Katerine présente… Philippe Katerine, titre du gravé qu’il lance ces jours-ci. On est loin du Général Fifrelin, de Boulette et compagnie, et de plus en plus près de Katerine lui-même sur cette collection de 24 miniatures d’en moyenne deux minutes. "Oui, un copain m’a fait remarquer que cet album me ressemblait. Ensuite, il a dit qu’il l’aimait beaucoup… Je lui ai demandé: Ça veut dire que tu m’aimes beaucoup, alors?"

En couverture d’album, le chanteur pose fièrement au côté de ses parents, avec l’air ahuri d’un gamin de 8 ans qui s’efforce de sourire gentiment pour un cliché familial. Sur Les derniers seront toujours les premiers – presque une comptine -, avec la maîtrise de l’art de nous faire rigoler tout en jouant avec nos nerfs qu’on lui connaît, Katerine récite l’alphabet à l’endroit… puis à l’envers. Ailleurs il chante avec ses parents, avec sa fille Edie, revendique le droit de manger sa banane tranquille nu sur la plage, il réclame des bisous, envoie promener la reine d’Angleterre, donne la fessée à Jeanne Balibar… Les barrières du surmoi s’effondrent une à une dans ce monde flirtant avec l’absurde qui plaît aussi bien aux grands tannants qu’aux mioches. Mais qu’est-ce qui lui a donné envie d’aller jouer là-dedans? "Les enfants ont ce don de toujours pointer l’évidence, et c’est cette innocence extra-lucide qui fait leur grande poésie. Par exemple, pour le clip de La Banane, dans lequel je déambule sur une plage, mon filleul de 3 ans m’a dit: "Il est bien ton clip, mais pourquoi tu te baignes jamais?" Et il a tellement raison!"

Qui dit enfance dit questionnement autour des notions de limite et de morale. "Et qui dit morale dit parents", ajoute Katerine, qui propose, avec Il veut faire un film, une chanson susceptible de rendre dingue le plus équilibré des psys. Car non seulement Katerine admet vouloir faire "un film avec une femme nue et des handicapés", mais il le fait avec ses parents en featuring, qui s’efforcent de chanter du mieux qu’ils le peuvent… On salue leur ouverture d’esprit! "Il y a une part d’eux dans mon humour. Mon père me dit toujours des trucs marrants du genre: Les anciens valent bien les vieux." Ce qui signifie…? "Rien, justement, ça ne veut rien dire! On prenait le café quand je le leur ai proposé de participer. Ils ont dit: "On ne chante pas, nous." Mais j’ai insisté, je leur ai fait écouter la chanson et ils ont fini par accepter. C’est comme un bonheur retrouvé, au fond, poursuit-il en référence à la photo d’album. Ça n’a pas toujours été facile entre nous, je me sens un peu en réconciliation."

À l’écoute de cet album éponyme construit autour des voix et de courts textes un peu toqués, on en vient à se demander si Katerine s’impose parfois une limite, s’il a déjà eu l’impression d’être allé trop loin. "Je me pose souvent la question. Je jette les chansons dures, cruelles, impitoyables et grotesques, car mon but n’est pas de faire de la peine."

À travers les délires de son alter ego, il arrive à Katerine d’avoir des flashs ingénieux, comme sur Musique d’ordinateur, chanson déployée autour de la petite musique qu’émet le système d’exploitation Windows en s’éteignant. Ce son devenu intime avec les années, Katerine le transforme en une symphonie pink-floydesque. "C’est une chanson qui s’est faite en un quart d’heure, en jouant sur les trois ou quatre notes de la fermeture du P.C. Puis on a rajouté des choeurs, on voulait que ce soit beau. On jubilait, on se prenait pour des anges!"

En guise de finale, après les délires, le malaise et la rigolade, Katerine surprend l’auditeur avec une vignette d’une minute dans laquelle il expose, par une métaphore de champ de blé, son désir de se rallier aux autres. "Contrairement à ce que certains peuvent penser, le second degré ne m’intéresse pas. Je me situe entièrement dans le premier degré et les sentiments."

Katerine
Philippe Katerine
(Universal/DEP)
Sortie numérique le 21 septembre

En magasin le 5 octobre
À écouter si vous aimez /
Les fous du roi, les handicapés, les martyrs

ooo

Anglais cassé

Il y a une semaine, Chilly Gonzales, complice et ami de Katerine, confiait à Voir que ce dernier lui avait demandé de traduire son nouvel album vers l’anglais. "Je trouvais que ces chansons s’y prêtaient, car elles contiennent peu de mots, explique Katerine. Ça pourrait me permettre d’aller ailleurs qu’en France ou au Québec. C’est une nouvelle aventure qui pourrait éventuellement commencer…" D’après Gonzales – on le cite -, Katerine parlerait anglais "avec l’aisance d’un politicien québécois". "Ah bon, rigole le chanteur. Je ne m’en rends pas compte, mais ça ne doit pas être loin!"

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