Après avoir valsé avec la Faucheuse, l’ingénieux musicien et réalisateur canadien Daniel Lanois est de retour avec Black Dub, projet ambitieux dans lequel il laisse libre cours à de nouvelles idées musicales.

Daniel Lanois revient de loin. En juin dernier, l’habitué du FIJM jubilait à l’idée de présenter son nouveau projet au public montréalais. Freiné dans son élan par un grave accident de moto – dix os cassés, poumons perforés, cage thoracique et hanche droite endommagées -, il remet ça ces jours-ci, en forme et en un morceau. Ouf.

À l’origine de Black Dub, il y a la rencontre entre Lanois et Trixie Whitley, jeune chanteuse de 23 ans à la voix pleine de soul. "Elle avait deux ans quand je l’ai connue. C’est la fille d’un bon ami, Chris Whitley (décédé en 2005). Je l’ai revue il y a deux ans en Belgique, où elle est née. Puis, le Berklee College of Music (Boston) m’a invité comme professeur-visiteur et j’ai demandé à Trixie d’être notre sujet en quelque sorte. À un moment donné, elle a interprété une de mes chansons et j’ai trouvé qu’il y avait quelque chose de puissant dans cette voix, un écho de celle d’Etta James, l’une de mes chanteuses fétiches. J’ai senti qu’il y avait là une occasion rare à saisir, ça m’a donné l’idée de fonder un nouveau groupe. Et le fait qu’une fille aussi jeune puisse entrer dans une pièce remplie de dirty old dogs (Brian Blade à la batterie et Daryl Johnson à la basse) comme nous sans se sentir intimidée, je trouve ça chouette."

Observer les musiciens évoluer ensemble en studio (vidéos en ligne sur YouTube) est fascinant. La chimie qui les unit est palpable, on les voit ressentir la musique, être transportés par elle pour un résultat vertigineux: en plus de la dimension soul, il y a l’intégration d’éléments dub – dont la relecture de Ring the Alarm, classique jamaïcain -, une impulsion rock, des rythmiques marquées, un côté exploratoire, des moments poignants, la guitare de Lanois qui lui brûle les doigts et, évidemment, sa signature sonore: "J’ai toujours eu un intérêt pour la culture dub jamaïcaine. À travers ce nouveau groupe, j’ai développé une façon de me l’approprier en prenant des fragments du son déjà existant que j’intègre aux arrangements après les avoir modifiés, une technique méticuleuse, développée au fil du temps. De cette nouvelle prise sur le genre m’est venue l’idée de "black dub"", explique celui qui a mis son talent de réalisateur au profit des plus récentes galettes de deux artistes évoluant dans des registres distincts: Neil Young et Brandon Flowers (chanteur des Killers).

De la première pièce (Love Lives), Lanois dira qu’elle sonne comme "une sculpture venue d’une autre galaxie". À l’autre bout du spectre, il y a Surely, plus classique dans sa structure. "J’aime la liberté dont je dispose comme créateur de musique; un architecte ne pourrait pas s’offrir le luxe d’explorer comme je le fais. Je m’autorise à aller dans de multiples directions quand quelque chose d’excitant survient – d’ailleurs, à mes yeux, les dérivés de mon travail sont souvent encore plus intéressants. Avec Black Dub, j’entrevois la possibilité d’explorer des avenues qui m’attirent et m’habitent depuis longtemps."

Black Dub
Black Dub
(Jive/Sony)
À écouter si vous aimez /
Les dérivés du dub, l’esprit soul, les explorations inspirées

ooo

Des traces de l’accident sur le plus récent Neil Young
Si le processus d’enregistrement de l’album Black Dub était terminé lorsque Daniel Lanois s’est grièvement blessé lors d’une chute à moto, l’événement a toutefois influencé la réalisation de Le Noise, le plus récent disque de Neil Young, sur lequel Lanois travaillait au moment de l’accident. "Lorsque je suis sorti des soins intensifs, la vie m’apparaissait fantastique. Même les émotions banales du quotidien sont devenues plus significatives. Je crois qu’il faut vivre un tel accident pour comprendre, mais depuis, je joue chaque note comme si elle pouvait être la dernière de ma vie. Je crois qu’on le ressent sur Le Noise parce que nous étions au beau milieu des séances lorsque je me suis blessé. Et puisque j’ai ensuite dû annuler un mois de tournée, j’ai pu plonger sans ménagement dans l’album de Neil Young." (O. Robillard Laveaux)

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