Après le grand déploiement de Mutantès et en parallèle avec la production du spectacle multidisciplinaire Conte crépusculaire, Pierre Lapointe revient à la base sur un nouveau disque live.

Interviewer Pierre Lapointe est un plaisir constamment renouvelé. Contrairement aux banalités débitées par un énième groupe "hypé" new-yorkais – "l’inspiration me vient subitement… la musique est universelle" -, les propos du Montréalais sont allumés, pourvus d’une analyse franche et juste. Ça tombe bien, vu le nombre de projets menés par le prolifique compositeur, les rencontres avec la presse sont fréquentes. Dernière réalisation en lice: la parution de Pierre Lapointe seul au piano, un disque enregistré en quatre soirs de novembre 2010 à la Chapelle historique du Bon-Pasteur.

"Le premier soir, j’ai donné un show parfait en termes d’exécution. J’étais en pleine maîtrise. Après la soirée, mon gérant est venu me voir pour me dire que le show était bon techniquement, mais franchement plate. "Tu nous as habitués à plus de surprises, m’a-t-il dit. Tu as été trop clean dans ton interprétation." Puis les autres soirs ont mieux été, j’étais plus vivant, plus audacieux, moins carré. Mais au final, quand on a réécouté les enregistrements pour choisir les versions de l’album, on a sélectionné une majorité de pièces du premier concert. J’ai compris que même si on prend le même concert, on ne l’écoute pas dans une salle de concert comme on le fait sur disque."

Cette conclusion allait dicter plusieurs choix derrière la production du compact. D’abord, les titres ne sont pas dans l’ordre présenté sur scène. "Les chansons placées en rappel sur le disque sont celles où on entend la foule rire ou chanter. Je les voulais à la fin pour éviter que l’auditeur soit déconcentré par le public. Les applaudissements sont toujours là, mais les interventions entre les pièces ont été coupées. Après quatre ou cinq écoutes, les blagues de présentation tombent toujours sur les nerfs." Ainsi, malgré sa facture intimiste piano / voix, ce disque en concert est fort calculé. Même la prise de son cristalline de Francis Beaulieu a dû être revue. "On a passé le son dans de vieilles machines pour lui donner de l’âme. Je voulais quelque chose de plus près des imperfections entendues sur les live de Nina Simone datant des années 60."

Dans le lecteur, le résultat est époustouflant. On a beau connaître les chansons, dont Moi, Elsie (une collaboration Richard Desjardins / Pierre Lapointe pour Elisapie Isaac), elles nous rentrent dans le corps comme à la première écoute. Il y a 10 ans, le musicien nous avait séduits grâce à cette formule piano / voix toute simple, mais si riche. Le voir y revenir est pur bonheur. "J’ai pris du temps à trouver le courage de monter seul sur scène. Ça m’a pris 10 ans de carrière pour être capable de faire face à ce stress-là. C’est vrai que la formule ressemble à celle de mes débuts, sauf qu’au départ, j’avais un guitariste et une violoniste avec moi. Le soir de la première de Mutantès, j’étais nerveux, mais j’avais les yeux de mes amis pour me rassurer. Or, avant ma première en solo (NDLR: au Lion d’Or dans le cadre de Coup de coeur francophone), j’étais seul dans le sous-sol à vivre avec mon stress, le coeur voulait me sortir par le nez."

À l’écoute de Seul au piano, on se dit que le coeur de Lapointe est bel et bien sorti ce soir-là… Pour se réfugier dans nos oreilles.

Pierre Lapointe
Seul au piano
(Audiogram)
En vente le 8 février

À écouter si vous aimez /
Richard Desjardins, Jacques Brel, Barbara

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