Terminée, l’autocratie, chez les Dears. Natalia Yanchak raconte comment le chanteur Murray Lightburn a cédé une partie du pouvoir sur le nouveau Degeneration Street.

En seize ans de carrière, les Dears ont lancé quatre albums studio, tous réalisés par le leader du groupe Murray Lightburn. Jamais le chanteur montréalais n’avait cédé les commandes à quiconque avant la parution de Degeneration Street, en vente le 15 février. Il avait bien écouté les idées de quelques membres, mais au final, la totalité des chansons lui était attribuées.

Ce contrôle accru ne serait pas étranger aux nombreux changements de personnel au fil des ans. Si bien qu’après la tournée suivant la parution de Gang of Losers (2006), Lightburn et sa compagne Natalia Yanchak (clavier/voix) étaient devenus les seuls passagers à bord du bateau Dears qui, avouons-le, prenait l’eau.

"Notre album Missilles (2008) est devenu une thérapie pour les Dears", explique Yanchak. "La tournée qui a suivi s’est transformée en quête identitaire. Qui sommes-nous, que voulons-nous faire? Nous avions enregistré le disque sans trop savoir qui était dans le groupe et qui partirait en tournée. Nous avions recruté plusieurs musiciens, mais il manquait quelque chose, comme si les nouveaux membres n’étaient pas des Dears à part entière."

Pas question de répéter l’instable expérience sur un deuxième album de suite. Son aventure Black Diamond Bay terminée, le guitariste virtuose Patrick Krief réintègre les rangs, tout comme le multi-instrumentiste Rob Benvie (ex-Thrush Hermit embauché une première fois chez les Dears en 2001). "Il était important d’avoir une base solide pour retrouver un contexte propice à la création. Murray était prêt à collaborer avec des gens qu’il respecte énormément sur le plan de la composition. Écrire une chanson est un geste très personnel. Pour laisser quelqu’un mettre le nez dans tes affaires, il doit avoir ta confiance absolue. C’est le cas de Patrick et Rob. Une chimie comme il n’y en avait pas eu chez les Dears depuis des années s’est installée. Les uns se sont mis à collaborer aux chansons des autres. Nous pouvions nous parler dans un cadre constructif et respectueux."

Le processus créatif culmine par une série de concerts au Mexique en mai 2010: trois soirs de nouvelles compositions. Puis entre en scène le réalisateur californien Tony Hoffer (Phoenix, Belle and Sebastian), engagé pour épurer le nouveau répertoire et réaliser Degeneration Street. "Murray avait accepté de laisser la réalisation à deux personnes: Nigel Godrich ou Tony Hoffer. Puisque Tony a la même équipe de gérance que nous, le choix était facile, même si nous avons enregistré l’album séparément: les Dears à Montréal, lui en Californie."

Complété par Roberto Arquilla (un autre ancien membre) et le nouveau Jeff Luciani, le groupe propose un Degeneration Street aussi dense, mais plus direct et agressif que ses prédécesseurs. Si le tourbillon rock apocalyptique reste le même, l’équilibre entre la cérébralité et les refrains pop est réussi. On retient les titres Omega Dog, Yesteryear, 1854 et Tiny Man, que les internautes ont pu découvrir lors des quelques webcast présentés par la formation depuis novembre dernier. "La dernière décennie a pris des allures de montagnes russes pour les Dears. La clé pour survivre a été de se concentrer sur notre musique, d’avoir la foi en l’art et de croire en nos compositions. Par conséquent, nous devions les présenter nous-mêmes au public. Il le mérite bien."

The Dears
Degeneration Street
(Pheromone Recordings)
En vente dès le 15 février

À écouter si vous aimez /
The Smiths, Radiohead, The Walkmen

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