L’album Une sorcière comme les autres voit Jorane interpréter plusieurs monstres sacrés de la chanson. L’euphorie du lancement désormais derrière elle, la violoncelliste s’attaque à la traduction sur scène de ces purs intangibles. Réflexion spontanée sur la création d’un spectacle.

Parcours artistique atypique s’il en est, la carrière de Johanne Pelletier, l’iconoclaste Jorane, ne s’est jamais façonnée dans l’ordre normal des choses. À l’image de son instigatrice, qui trahit naturellement sa passion par son dialogue allègre ponctué de gestes à la fois ardents et doux, la vie professionnelle de la musicienne originaire de Charlesbourg, en banlieue de Québec, s’est déployée par la force de son instinct. Ses récents remous artistiques ne viennent que le confirmer.

"Dans la vraie vie, je suis quelqu’un de terre-à-terre. Et ça me fait un bien énorme de pouvoir m’attaquer à quelque chose de plus stable", soutient la musicienne, au sujet d’Une sorcière comme les autres, une première et célébrée collection de reprises – un "album hommage", selon ses dires – sur laquelle elle a, pour la première fois en carrière, chanté en français de la première à la dernière plage. "Ces chansons-là me font un bien fou. On peut s’appuyer sur chaque mot. C’est d’une clarté incroyable. Ça me va bien."

La mise en chantier d’un spectacle comme Une sorcière comme les autres la ramène à ses débuts, alors qu’elle s’allouait davantage de temps pour aborder la création. "Pour Vent fou [liminaire parution de 2009], j’avais fait des shows avant même que l’album ne sorte. À ce moment-là, je commençais ma carrière, oui, mais je ressentais le besoin de jouer. De faire des concerts. De brûler des étapes. Pour ce concert, je voulais aussi me le permettre." Ainsi, deux périodes bien définies de préproduction ont permis à son équipe (qui comprend l’éclairagiste et scénographe Jean-François Couture) et elle d’engendrer Une sorcière comme les autres, l’expérience scénique. "On n’a jamais mis autant d’énergie et de temps dans un spectacle, assure la violoncelliste. C’est mon premier show en solo. C’en sera un de chansons, avec des mots et au violoncelle, avec les doigts ou l’archet. À la harpe, aussi. Je veux en ajouter, de la harpe, parce que j’y prends un malin plaisir. Et que ça surprend le spectateur." Curieusement, même si Jorane a étudié la guitare classique, la six cordes se fera absente. Elle laisse plutôt place à un instrument cousin de cette dernière, dont la popularité est à son paroxysme, le ukulélé. "Je voulais que ça vaille la peine d’aborder d’autres instruments. Pour le ukulélé, ça a été facile et ça amenait les chansons ailleurs."

De Vanessa Paradis à Indochine, en passant par Richard Desjardins et Patrick Watson, le répertoire d’Une sorcière comme les autres s’ancre au coeur de fabuleux écrits qui ont nécessité un souci particulier d’interprétation de la part de la chanteuse. "Au moment d’enregistrer, il a fallu que je m’efface, que je laisse les chansons parler d’elles-mêmes", explique-t-elle, consciente que les reprises, lors d’un concert, revêtent souvent un côté mystique. "On ne peut faire autrement que d’y plonger tête première. Chose certaine, c’est que tu vas l’entendre, la chanson. Maintenant, c’est à toi de décider quoi en faire."

Des pièces d’Une sorcière comme les autres, c’est celle homonyme de Pauline Julien qui se révèle la pierre angulaire, l’astre luminescent autour duquel les autres graviteront en orbite. "On ne peut pas en faire deux dans ce genre, en concert. Ce serait trop. C’est une pièce monumentale, qui va durer 10 minutes, mais dont la longueur est nécessaire. À la fin du concert, y a des gens qui me disent: "J’aurais aimé que tu continues encore et encore"", évoque Jorane, un grand sourire aux lèvres.

Elle termine, tout aussi illuminée, mordant dans chaque mot: "Le but de faire un spectacle est de faire résonner les autres. Moi, quand je vois un concert, ça me donne une sorte de coup de pied, qui me pousse encore plus dans mes passions, à m’investir à 100% dans ce qui m’allume. C’est ce que je souhaite arriver à faire."

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Joanna Newsom, Martha Wainwright, Björk

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