Même s’il y interprétera plusieurs de ses classiques, Jean Leloup profitera de ses prochains concerts pour présenter The Last Assassins: réunion malsaine de trois desperados au parcours atypique.

Virginia Tangvald

Ses camarades de classe prenaient un malin plaisir à rire de ses cheveux sales, mais cette fois, Virginia les avait provoqués en entrant tête première dans la poubelle de la cafétéria pour s’enduire des restes du dîner. Tirant le diable par la queue dans un logement défraîchi de Toronto avec sa mère belge sans diplôme, la jolie blonde avait vite réalisé qu’il valait mieux rigoler de sa pauvreté que de vivre ordonné avec une âme sale.

Le dédain des autres envers elle était sa hantise. Encore aujourd’hui, elle déteste tout ce qui est aseptisé, et adore la sensation de ses pieds qui collent au plancher lorsqu’elle bosse derrière le comptoir d’un bar. Tout comme sa mère, son père était marin, un Portoricain qui mourut dans un naufrage. Drôle de retour du balancier puisque Virginia est elle-même née en mer. Elle aurait pu faire du fric, mais a refusé les jobs de « belle fille » pour choisir le pas payant: études en musique classique, poésie. Virginia n’a pas d’âge, comme les deux autres protagonistes de l’histoire d’ailleurs. Perle à travers la trashitude, elle trouve refuge dans la prose de Sylvia Plath et la musique de Kate Bush, Cohen et Hendrix.

Mathieu Leclerc

Son programme de désintox consistait notamment à prendre la route pour l’Acadie afin d’y planter des arbres, mais il n’en planta aucun. Mathieu n’a jamais travaillé depuis 1982. Comme une feuille d’arbre juste assez bien accrochée à sa branche, il se laisse balloter au vent, griffonnant des mots sur des petits bouts de papier qu’il perd ou cache dans son tiroir.

En psychanalyse, on lui expliqua qu’il avait sauté du train de la vie pour ne pas avoir à rivaliser avec ses parents, aussi écrivains. Mais en réalité, Mathieu est simplement incapable d’affirmations, de certitudes. Il a cultivé un doute tel qu’il est parti marcher dans la rue pendant 20 ans. À l’époque, avec sa mère et son éditorialiste au Devoir de père, il habitait en face d’un repaire de travelos, objet autant de frayeur que de fascination comme ces deux pages dans lesquelles Tintin se hasarde dans une fumerie d’opium dans Le lotus bleu. Contrairement à Leloup, Mathieu n’a pas peur d’avoir raté sa vie, et pour tout vous dire, la question ne l’intéresse pas.

Jean Leloup

Jean Leloup parle trop, souvent pour se justifier. De son propre aveu, il n’a jamais voulu provoquer. Disons plutôt qu’il est incapable de soutenir les non-dits. S’il flaire le malaise, il y plantera son couteau, le révélera au grand jour sans vraiment réfléchir, sentant simplement que quelque chose cloche et réalisant après coup l’impact de l’intervention. Il est pire à jeun, croit-il, plus amorphe sous les effets de l’alcool ou de la dope.

Insaisissable chanteur, il s’est dit lors d’un voyage au Maroc qu’il finirait comme ce vieux monsieur assis au coin de la rue avec sa pipe à pot. Lorsqu’il est fatigué, Leloup ne se peigne pas. Il croit d’ailleurs que le dédain consiste à se faire regarder de haut par des gens pleins de marde qui se peignent à mort.

Bien qu’il esquive la question, Jean Leloup se reconnaît en Virginia et Mathieu. Adhère au côté trash de la première qu’il a rencontrée dans un bar, attiré par son accent, et à la liberté poétique du deuxième, croisé en cure de désintoxication. « Ça c’est faux, on n’y est jamais allés en même temps », rigole-t-il. Le musicien les brasse pour qu’ils existent plus, jusqu’à ce qu’il existe moins. Il les engueulera en studio, les empêchera de dormir et barrera les portes pour qu’ils atteignent le voodoo, ce moment de création ultime possible lors de l’épuisement émotif et physique. « T’as pas fini! T’as pas encore touché la vraie affaire! On cherche le Graal! » leur criera-t-il pendant l’enregistrement du premier album des Last Assassins, une famille de dysfonctionnels qui se protègent entre eux.

The Last Assassins
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(Le Roi Ponpon / Grosse Boîte)
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À voir si vous aimez /
The Kills, Jimi Hendrix, Jean Leloup

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