Fort bien entouré, David Giguère ancre son folk-pop dans une modernité électro minimaliste.

"Je ne veux pas être un théâtreux qui fait de la musique", lance en entrevue l’auteur-compositeur-interprète David Giguère. Pourtant, le parcours musical du jeune homme aperçu au théâtre (Caligula (remix)), au petit écran (Tout sur moi) et au grand (Starbuck) est implicitement lié à sa formation de comédien.

Son premier album rap, une offrande introuvable réalisée davantage pour le plaisir que pour faire carrière, il le produit à l’âge de 14 ans, alors épaulé par un intervenant de son école de théâtre. "Je ne jouais d’aucun instrument et je ressentais un urgent désir d’écrire des textes. J’allais télécharger sur Napster des pièces instrumentales connues sur lesquelles je rappais. Ce n’était pas si mauvais, mais je suis content que l’album ne circule pas sur le Net", lance le fan de Martin Léon, James Blake, Broken Social Scene et Kanye West.

Sa rencontre avec le piano, instrument avec lequel il compose les pièces de son premier véritable disque, Hisser haut, il la vit au Collège Lionel-Groulx, où il étudie le théâtre. "Je suis débarqué à Lionel-Groulx à 17 ans. J’ai vite découvert la bière, les bars, les partys. Mes profs m’ont averti, m’ont remis à ma place et m’ont fait comprendre que la fête n’était pas un mode de vie. C’est à ce moment que la musique m’a servi d’échappatoire. Je m’isolais dans les cubicules des cours de musique pour jouer du piano." David Giguère tombe alors en amour avec l’instrument. "Seul avec le piano, il n’y avait plus personne pour me dire de me tenir droit, de projeter ma voix, d’arrêter de boire ou de travailler plus fort. Je chantais comme je voulais, en murmurant si ça me faisait plaisir. Cette liberté contrastait avec mon quotidien où l’on me formait pour devenir un bon comédien, un bon individu. Je sortais du carcan."

David Giguère obtient ensuite un rôle dans le film Starbuck de Ken Scott. Son personnage doit chanter dans le métro, et le musicien décide d’interpréter une de ses propres compositions, figurant sur Hisser haut, L’atelier. "Tant qu’à chanter n’importe quoi, aussi bien faire une de mes tounes." Ken Scott aime au point d’intégrer la pièce dans son long métrage. Puis Giguère rencontre le musicien Philippe Brault alors qu’il participe au projet Chante avec moi d’Olivier Choinière. Brault met David en contact avec la soeur d’Ariane Moffatt, Stéphanie, qui acceptera de le prendre en gérance.

Là s’arrêtent les ramifications entre théâtre et musique, deux univers que David prend maintenant soin de dissocier. "Puisque je suis peu connu dans les deux sphères artistiques, j’arrive à manoeuvrer sans vivre avec le sentiment d’imposteur. Je suis un acteur de formation à qui on a proposé de faire un disque", une offre du multi-instrumentiste Pilou (Champion, Jorane, Ariane Moffatt) qui a réalisé Hisser haut, un album auquel a aussi participé Ariane Moffatt à titre de directrice artistique.

Le résultat est accrocheur, dominé par des teintes électro, folk et pop. La voix est chaude, tantôt puissante, presque soul. Une voix à découvrir en spectacle la semaine prochaine, une prestation dont l’anti-mise en scène est assurée par Claude Poissant. "J’ai appelé le metteur en scène justement pour qu’il identifie la théâtralité dans mes concerts et l’élimine. À l’école, on m’a formé pour trouver les chemins menant vers une émotion "scriptée". Cette fois, ce sont mes chansons, mes émotions. Je dois donc me débarrasser de tous les codes et artifices qu’on m’a appris à l’école pour faire passer une émotion. Ma proposition sur scène doit être simple et vraie, pas théâtrale."

David Giguère
Hisser haut
(Audiogram)
En vente le 24 janvier


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