Sarah Slean se permet une visite impromptue au Québec avec un récital piano-voix en première partie de Ian Kelly. Un contexte judicieux pour s’initier à son nouvel album Land & Sea et ainsi renouer avec cette artiste en quête d’absolu.

Avec Sarah Slean, les citations se bousculent en entrevue. De Heidegger à Maria Rilke, l’auteure-compositrice-interprète prend un plaisir fou à partager avec nous ces lectures qui semblent accompagner une démarche artistique qu’elle essaie de renouveler. Tentons d’illustrer cette évolution et comparons l’album The Baroness (sorti en 2008) à son dernier opus, un album double ambitieux intitulé Land & Sea. "Là, tu viens de mettre le doigt sur un tournant dans ma vie! Après The Baroness, j’avais l’impression que je venais d’écrire un livre. C’était le dernier chapitre et je passais à autre chose."

"Rainer Maria Rilke a écrit quelque chose de merveilleux qui résume bien ce qu’est l’existence: "Tu apprends à aimer les questions", ajoute-t-elle. Depuis le début de ma carrière, mon travail a été la conséquence directe de toutes les questions que je me posais au quotidien. Je voulais tout résoudre! Non seulement les "grandes questions", mais je devais assouvir tous les désirs qui m’animaient. Comme si cette quête de l’absolu pouvait se terminer un jour… Ce n’est jamais fini. L’univers ne cesse de tourner, tout change et se transforme. C’est ce que j’apprivoise avec un peu plus de sagesse. Disons que je compose maintenant avec une maturité que je n’avais pas dans la vingtaine. C’est plus facile."

Pas toujours évident d’être une artiste lorsqu’on se déchire intérieurement avec de grandes questions existentielles. C’est pourtant la nature de Sarah Slean, passionnée de philosophie à ses heures qui, malgré le succès qu’a connu Night Bugs au début des années 2000, n’a pu se limiter à jouer dans un créneau commercial précis. Après avoir honoré son contrat avec la multinationale Warner Music avec The Baroness, elle plongeait à pieds joints dans une aventure musicale presque classique avec l’Art Time Ensemble et concoctait ce qui allait devenir Land & Sea. "Rien ne pouvait m’empêcher de faire cet album double. J’étais devant deux oeuvres diamétralement opposées, c’était impossible de choisir. J’ai déjà essayé de conjuguer des esthétiques musicales différentes sur un même album, mais là je ne pouvais pas. L’esprit qui anime cette écriture et ces compositions, tout se divisait en deux tableaux distincts. Avec Land, tu seras interpelé dès le départ; le message est clair, parfois même politique. Avec Sea, l’intention est tout autre."

En effet, Sea dévoile une musicienne accomplie qui s’amuse avec des arrangements élaborés et dont la voix (puissante) joue avec le lyrique. Un risque commercial en soi vu le caractère artistique de l’oeuvre, qui n’est pas près de faire les palmarès. Un fait qui ne dérange pas trop Sarah Slean, qui se concentre sur ses acquis au pays. "Je ne suis pas nostalgique, mais c’est sûr qu’il y a énormément de merde à la radio. De la médiocrité pure et simple. Et il y a aussi ce volume impressionnant de nouveaux artistes… On pourrait rêver d’être à une autre époque et se dire que c’était ça, l’âge d’or de la musique. Mais ça ne sert à rien. Je me considère plutôt chanceuse de pouvoir faire ce métier et surtout d’avoir les arts comme compagnons de route!"


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