DJ Champion / Classik : L'homme-orchestre
Musique

DJ Champion / Classik : L’homme-orchestre

DJ Champion va à l’orchestre et propose une version symphonique de son électro-rock en compagnie de l’OSQ. Place au maestro.

Maxime Morin est en mode symphonique ces temps-ci. Plongé dans les derniers préparatifs entourant la tenue d’un concert en compagnie de l’Orchestre symphonique de Québec dans quelques jours à la place de l’Assemblée-Nationale, il travaille aussi sur la création d’une oeuvre symphonique originale qui sera présentée en novembre en compagnie de l’Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano en tête. La passion pour les "strings" que cultive DJ Champion a pris une autre dimension. En plus de ses G-Strings (quatre guitaristes et un bassiste), ce sont les violons, les altos et les violoncelles qui s’ajoutent à ses rêves électros.

"Ces deux projets sont très différents, précise-t-il. En ce moment, je travaille avec le compositeur et arrangeur Maxime McKinley pour écrire la pièce symphonique qui sera jouée avec l’OSM. C’est très bien comme ça, car ça me permet de me familiariser avec la mécanique d’un orchestre et les instrumentations. Le concert avec l’OSQ, c’est autre chose: je me retrouve avec le répertoire de DJ Champion. On se concentre alors sur la présentation des pièces, dont les arrangements ont été concoctés par Jean-Nicolas Trottier. Pour ce dernier exercice, ce qui nous importe, c’est de réussir à réunir ces deux mondes musicaux [l’électro et le symphonique] tout en restant le plus cohérents possible. C’est notre défi!"

Après une première rencontre avec le nouveau chef d’orchestre de l’OSQ, le Français Fabien Gabel, Maxime Morin a été surpris par l’attitude du maestro, qui a réussi à le mettre en confiance concernant la dynamique de cette soirée. "C’est une belle rencontre! Il connaît la musique électronique et il semblait assez à l’aise sur la façon de faire et la structure de ce concert. C’est un jeune chef d’orchestre très dynamique. L’idée, ce n’est pas d’avoir un orchestre qui m’accompagne, il faut qu’il y ait un véritable mélange entre ces musiques. Bien sûr, il y aura des sections où je me retrouverai à jouer seul avec mon band [avec les voix de Pierre-Philippe Côté (Pilou) et Bonnie Zehavie], on n’a quand même pas deux ans pour composer tous les arrangements. Mais il y aura une place importante laissée aux arrangements pour orchestre de Jean-Nicolas Trottier. On n’a pas le choix de varier les volumes sonores lors d’une telle performance, ce sera plus nuancé qu’un concert de Champion. Ce sera électro, mais il faudra bien entendre la puissance de l’orchestre et son registre. On veut laisser respirer cette musique."

L’artiste semble avoir les idées claires sur cette formule inusitée qui permettra d’initier au détour les amateurs de musique électronique à l’OSQ. Une chose est sûre, ce concert extérieur sera marqué par la personnalité de DJ Champion, qui compte bien s’amuser dans ce cadre symphonique imposant et dégourdi. "J’ai gardé en tête un modèle à ne pas suivre, indique-t-il. J’avais vu l’enregistrement d’un concert du DJ Jeff Mills en compagnie d’un orchestre de Montpellier en France, et ce n’était pas très bon… Ça m’a permis de voir ce qu’il ne fallait pas faire. En gros, le concert de Mills ne levait pas assez à mon goût. C’est le problème avec la musique électronique, c’est toujours dans le tapis, avec les gros bass drums. Si tu ne fais pas attention, l’orchestre deviendra alors un simple figurant et l’ensemble de la performance sera trop statique. Il faut qu’il y ait un dialogue entre les deux ensembles, du contraste. C’est un concert extérieur, alors il faudra qu’on s’amuse aussi. Mais cette performance laissera plus de place au caractère mélodique de certaines pièces, et ces zones instrumentales plus élaborées, c’est l’orchestre qui nous les offrira. Les spectateurs auront à faire la part des choses, mais je suis sûr qu’ils pourront en profiter et saisir le concept. Ce sera comme une grosse partie de ping-pong entre Fabien et moi!"

Ce concept est d’ailleurs inscrit dans les plans discographiques de Maxime Morin, qui pense déjà nous offrir une suite à Resistance, son second album paru il y a plus de deux ans. Une production d’envergure qui greffera aux G-Strings quelques nouveaux joueurs. "J’avais déjà en tête d’élaborer un album plus symphonique pour le prochain disque, avec des instrumentations pour ensemble. J’avais fait une demande de financement au CALQ [Conseil des arts et des lettres du Québec], mais j’ai été refusé… Lorsque l’OSM et l’OSQ m’ont proposé ces concerts, je me suis dit que je pourrais refaire une demande, mais j’ai été refusé une seconde fois. Alors, je vais faire l’album pareil, mais avec mes moyens. Seulement, ce ne sera pas avec un grand ensemble, plutôt une section de cordes qui réunira quatre ou cinq musiciens."

www.osq.org/fr/classik-osq