Philippe B et le Quatuor Molinari enserrent dans un classieux écrin classique les déchirantes chansons de Variations fantômes.

Frank Sinatra n’est fort probablement pas le premier chanteur que vous évoquez lorsque vous louez devant des amis la déchirante beauté de l’album Variations fantômes de Philippe B. C’est pourtant la comparaison qu’utilise l’auteur-compositeur afin de décrire la posture qu’il adopte lors des concerts grand luxe qu’il donne en compagnie du Quatuor Molinari (Olga Ranzenhofer, premier violon, Frédéric Bednarz, deuxième violon, Frédéric Lambert, alto, Pierre-Alain Bouvrette, violoncelle). « Pas le Sinatra jazzy, plus celui des ballades, précise-t-il. C’est le feeling que j’ai parce que je ne joue pas de guitare sur plusieurs morceaux, je suis là assis sur un banc à chanter. C’est comme un récital, ça a un côté plus musical. Je me trouve à interpréter davantage les textes, comme un comédien. »

Malgré cet indéniable temps fort d’un parcours chansonnier confiné jusque-là à un injuste anonymat, Philippe B refuse d’envisager Variations fantômes comme le sommet de sa carrière. « C’est le peak jusqu’à maintenant, mais j’espère que ce ne sera pas le peak en général, quand je vais mourir, mettons », lance-t-il, pince-sans-rire. « Lors du dernier show à Québec, je pensais qu’il allait n’y avoir personne, parce que personne ne venait à mes shows avant à Québec. Finalement, j’avais une salle pleine de gens qui connaissaient le disque. On a même dû refuser du monde à la porte. J’avais une vraie écoute, une vraie connexion. C’est beaucoup plus facile de faire des bons shows quand tu as des acquis, quand les gens aiment ça d’avance. J’ai envie que ça continue. »

Pathos universel

La phrase a beau être articulée autour d’un je très intime, le « Mais quand ça fait mal / Ça m’fait du bien » que laisse tomber Philippe B dans Chanson pathétique ne pourrait mieux décrire le genre de douce mélancolie dans laquelle il fait bon se vautrer que distille Variations fantômes. Les mélomanes seraient-ils tous des masochistes en puissance? « Disons que c’est un réflexe que je connais chez moi et chez les autres, que d’écouter de la musique triste pour accompagner un moment de tristesse. La passion que mon ami Pierre [Lapointe] et moi entretenons pour Barbara tient de cet amour du pathos. »

Le clip imaginé pour promouvoir Petite leçon de ténèbres décochait il y a quelques mois un clin d’oeil d’une amusante autodérision à l’universalité de ce sentiment. Visez le topo: dans l’habitacle d’une voiture, une bande de jeunes gens plus cool que cool s’échangent un joint au son d’une musique plus branchée que branchée, jusqu’à ce qu’un des fêtards s’avise de sélectionner la chanson de Philippe B, pris en sandwich entre The Pharcyde et Public Enemy dans la liste que décline le iPhone. « Le réalisateur, Gabriel Poirier-Galarneau, est très versé dans l’électro et le hip-hop, ce qui ne l’empêche pas de beaucoup écouter mon album. Un jour qu’il se promenait dans la rue avec ma toune dans les oreilles, il s’est mis à réfléchir à la notion de perception, à celle que les autres avaient de lui. Il se disait: « C’est drôle, j’ai l’air d’un rappeur, le monde ne soupçonne sûrement pas que j’écoute Philippe B. »"

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