Les écrits de Marguerite Duras l’ont porté, Georges Dor l’a influencé. Plus qu’un musicien, Alex Nevsky joue des mots des poètes qui l’inspirent pour se révéler à masque social découvert.

Au bout du fil, sa voix est douce, presque hypnotisante. Une voix grafignée par les tourments de la vingtaine et sur laquelle le flow hip-hop et l’anglais ont déteint, comme sur Tristessa ou Les hommes disent peu, chansons parues sur son premier album, qui l’a révélé en 2010. Alex Nevsky parle comme il chante. Dans un quasi-chuchotement révélant une timidité certaine, qui n’éclipse en rien son assurance marquée, portée par des réflexions depuis longtemps enfournées.

«Certaines tounes datent de longtemps, comme Loin, que j’ai écrite avant la sortie du premier album. Himalaya mon amour n’est pas homogène, mais je pense qu’il est plus ramassé que De lune à l’aube parce qu’on a utilisé la même instrumentation.» Une ligne directrice claire qui l’a poussé à écarter un morceau en collaboration avec cinq rappeurs, idée qu’il garde en tête pour un side project éventuel renouant avec ses racines et qui sera dévoilé sous forme de maxi dans un an.

Quoi qu’il en soit, trois ans, presque jour pour jour, auront été nécessaires à la ponte d’Himalaya mon amour, disque pour lequel il s’est empêché d’écouter de la musique québécoise pendant un moment. «Je n’ai pas écouté le dernier de Peter Peter ni celui de Louis-Jean pour ne pas recréer inconsciemment leurs mélodies.»

Discipliné, l’amant des rimes s’est également imposé moult contraintes et défis pour l’écriture de son deuxième album. À commencer par une envie de sortir de son pattern confortable dans la composition des textes, mais aussi en dosant son exploitation du thème amoureux. Un sujet galvanisant, certes, mais surutilisé par les artistes de toutes époques, qu’il est parvenu à écarter sur la moitié de ses nouvelles pièces.

De celles qui échappent à la coupe en romance se distingue une chanson titrée Si tu restes, que Nevsky a écrite pour le 75e anniversaire de mariage de ses grands-parents. «Pour l’écrire, je me suis mis dans la peau de mon grand-papa. Au début, la pièce était juste en version guitare-voix et j’étais allé la chanter dans leur salon. Quand ma grand-mère est décédée, c’est ça qu’on a joué aux funérailles. Mes oncles et mes tantes étaient très émus», confie l’artiste originaire de Granby. «J’ai voulu la donner à un autre chanteur. Je me disais que ça n’avait pas rapport qu’un gars de 27 ans chante ça, même si c’est un rêve pour moi d’aimer aussi longtemps.»

Soif de beauté

Musique, livres, peinture, cinéma. Alex Nevsky vit dans la quête constante de poésie visuelle comme littéraire, d’un moteur pour ses charnelles interprétations. Une fascination pour les arts au sens large qui a pour effet d’inspirer sa production. À preuve, la pochette recrée ouvertement La Grande Odalisque d’Ingres tandis que le titre de son second effort se veut directement lié au film Hiroshima mon amour, scénarisé par Marguerite Duras en 1959.

«J’ai été bouleversé par ce film, cette vision de l’amour impossible, même si l’histoire est invraisemblable. J’ai moi-même vécu une relation avec une fille de Copenhague. Une relation impossible. Ç’a raisonné en moi.» Assez pour qu’il y puise l’essence de la chanson-titre de l’album à paraître, un texte écrit aux côtés de son ami poète Mathieu Laliberté. «Mathieu, c’est mon directeur artistique chez Audiogram. Ensemble, on a développé une parenté poétique. On s’installe avec du gin et des cigarettes, et c’est là que naissent les chansons. Avec moi, il a aussi écrit Vaut mieux vivre pauvre.» Une chanson sur laquelle on peut entendre les voix des Sœurs Boulay, tout comme sur Je te quitterai, On leur a fait croire et Loin

Sans vouloir dire qu’il fait de la poésie – ce qui serait trop prétentieux, pour reprendre ses dires –, Alex Nevsky avoue y toucher à l’occasion, du bout des doigts. Parfois par lui-même et d’autres fois avec l’aide d’amis comme Jonathan Harnois (connu pour son roman Je voudrais me déposer la tête), qui cosigne Si tu restes et Tuer le désir. À l’occasion, il lui arrive même de se réapproprier les mots des plus grands. «Quand j’écoute les traductions de Cohen par Michel Garneau, j’ai envie d’écrire, mais rien ne sort parce qu’il m’impressionne trop.» Idem pour Pierre Monrency et Georges Dor, dont les phrases sont reprises dans J’aurai des mains, une première pièce engagée pour un Nevsky porté par les grosses manifs du printemps 2012.


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