Ou comment Analekta a arrêté de s’inquiéter et a appris à apprécier le Web.

Lorsqu’on aborde la fameuse crise du CD, la plupart des médias se penchent surtout sur le cas d’étiquettes majeures faisant autant dans la pop que le folk ou le rap. Pourtant, celles de niches, tel Analekta qui fait surtout dans le classique, ont également été touchées… mais différemment. «Il y a des similarités, mais il y a quand même des différences en musique classique, car il y a des particularités qu’on retrouve moins dans d’autres genres. C’est un peu les deux extrêmes», note François Mario Labbé, président de la maison de disque. «On a une clientèle qui est très attachée au produit physique et qui va se le procurer en boutique ou en le commandant sur des sites spécialisés. On a aussi la clientèle early adopter», ajoute-t-il en faisant référence à la Toile.

Bien que le téléchargement soit aussi en vogue dans le domaine du classique, M. Labbé s’empresse de préciser que celui-ci se fait souvent de façon légale dans son genre de prédilection. Même que désormais, les revenus Web représentent 25% du chiffre d’affaires d’Analekta. Ainsi, ce n’est pas le piratage qui minerait cette industrie, mais bien l’offre. «La baisse de clientèle n’est pas attribuable qu’à l’arrivée de nouveaux formats. Il y a plusieurs facteurs à ça, dont la saturation. Combien de fois peut-on posséder la Neuvième Symphonie de Beethoven? Un moment donné, t’en as assez! Ça prend des produits originaux.»

D’où la mise en marché d’œuvres plus «populaires» comme une compilation de La Bolduc ou un album où Angèle Dubeau et ses musiciens reprennent des trames sonores de jeux vidéo? Oui, mais non, selon M. Labbé. «On l’a toujours fait», tranche-t-il. «C’est sûr que le maillon fort de notre production est le classique et on ne se lancera pas dans la musique pop ou rock, car c’est un tout autre créneau et une autre façon de travailler aussi, mais on a toujours tenté de décloisonner. Après tout, Telemann disait bien que la musique ne pouvait être l’apanage d’une élite. C’est un bien pour tous!»

Le marché et la compétition sont à l’échelle mondiale pour Analekta. La diffusion locale, elle, laisse à désirer alors que les radios classiques québécoises ne sont pas légion (CJPX à Montréal, CJSQ à Québec, puis c’est tout) et la programmation classique de la Première Chaîne se retrouve essentiellement sur le Web, maintenant. Malgré tout, M. Labbé n’en fait pas de cas. «C’est évident que ce n’est pas n’importe qui qui veut ou qui peut diffuser du classique, car chacun a son format, mais mes collègues en musique pop vivent ça de façon encore plus sévère, je dirais. Quand Audiogram sort un disque de Daniel Bélanger, ce n’est pas garanti qu’il va jouer sur toutes les stations d’Astral!»

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