Blogue de Nicolas Dickner Hors champ RSS
On spécule beaucoup, depuis quelques jours, sur les fameux inédits que J. D. Salinger aurait conservé dans son coffre-fort. On en parle comme on parlerait d’une richesse objective : des lingots d’or. Comme si la valeur des livres était intemporelle, incorruptible et inatteignable. La plupart des romans publiés en 1975 ont perdu aujourd’hui leur pertinence. Quelques titres la conservent, mais ce sont des cas exceptionnels. Des classiques. (Et encore existe-t-il tout un paquet de classiques sans pertinence.) Un auteur – même extraordinaire – ne peut guère produire plus de deux ou trois classiques dans sa vie. Combien de livres de Mark Twain pouvez-vous nommer ? Il en a pourtant publié plusieurs dizaines. La plupart ont aujourd’hui perdu leur pertinence. On s’excite donc sur tous ces livres que Salinger aurait écrit, et qu’éventuellement on publiera. Le problème est cependant le suivant : un roman écrit par Salinger en 1975 sera-t-il encore pertinent en 2011? La littérature se crée par le dialogue. Dialogue entre les oeuvres et les lecteurs, dialogue entre les œuvres et une époque, dialogue entre les œuvres elles-mêmes. Il s’agit d’une conversation. Salinger s’est tenu en marge de la discussion pendant un demi siècle. Ses inédits arriveront-ils en retard ?
J'avais écrit une chronique sur Haïti, où je devais me rendre aujourd'hui même afin de participer à un festival littéraire. Cette chronique ne sera pas publiée, elle paraîtrait horriblement anachronique. C'est aussi bien, d'ailleurs. Elle ne me satisfaisait guère. J'y confiais l'anxiété que j'éprouvais à l'idée d'aller là-bas, sans en expliquer suffisamment les causes. Je voulais dire combien les écrivains haïtiens me donnent des complexes. Chaque fois que j'ai ouvert un de leurs livres, récents ou anciens, j'ai été émerveillé par la maîtrise de la langue. Par la rigueur, la solidité. Par l'érudition à la fois sérieuse et ludique. Une Haïti parfaitement opposée, en somme, à l'image que transmettent les bulletins de nouvelles. Je voulais dire aussi combien formidables, humains, chaleureux et drôles sont les Haïtiens que j'ai la chance de côtoyer depuis une quinzaine d'années. Ces qualités sont si uniformément réparties entre eux que j'en suis venu à les considérer comme des traits fondamentaux du peuple haïtien. Je voulais aussi rappeler que la communauté haïtienne du Québec compte quelque 130 000 citoyens – si bien que Montréal constitue, à bien des égards, un quartier de Port-au-Prince. Je voulais dire, bref, qu'en allant en Haïti, je me voyais retourner aux [...]
Dans la lancée de ma très expéditive chronique sur la SF, je vous recommande de jeter un coup d’oeil sur un billet à propos de l’évolution des sujets science-fictionnels à la télévision, depuis 1970 jusqu’à aujourd’hui, le tout rapporté sur un graphique aussi exhaustif qu’hallucinant. Il serait vachement intéressant pouvoir comparer avec les données sur la littérature science-fictionnelle.
Pierre Foglia nous fait part, ce matin, de son enthousiasme pour la technologie, que nuance une inquiétude : cesserons-nous un jour de lire, ou à tout le moins de lire inutilement. Gratuitement. De lire pour lire. Je trouve cette inquiétude très saine, sans pour autant la partager.Ni le texte, ni la lecture ne disparaîtront – pas à brève échéance, en tout cas –, parce qu'en dépit de ce que prétendent certains progressistes, le texte demeure un outil de communication souvent beaucoup plus efficace que, par exemple, la vidéo. À ce propos, le texte le plus intéressant que j’aie lu au cours de la dernière année n’est pas Is Google Making Us Stupid de Nicholas Carr, mais plutôt ces quelques feuillets de Mandy Brown intitulés In Defense of Readers. Le propos est moins pétaradant que celui de Carr, certes, mais plus fertile.Quant à savoir si la lecture gratuite disparaîtra, ça ne m’inquiète que très modérément. Je crois que cette peur procède moins d’une menace réelle que d’une idéalisation du passé. Vraiment, les gens lisaient mieux ou davantage autrefois ? Je suis sceptique. En fait, je suis tellement sceptique que j’aurais [...]
Rob Matthews, un étudiant en graphisme, a décidé d’imprimer et relier 457 des articles les mieux cotés de Wikipedia. Le résultat est indiscutablement grotesque, et vise à illustrer à quel point « les ressources en ligne sont peu fiables. » I'm comparing the internet Wikipedia to a traditional encyclopedia by putting it in the same format, therefor suggesting that Wikipedia is dysfunctional compared to a normal encyclopedia. This is suggested by how I've conveyed Wikipedia physically. Compared to a normal encyclopedia the information is a lot less reliable. I wanted to make a comment on how everyone goes to the internet these days for information, yet it is unreliable compared to what it has replaced. Cela dit, je ne vois pas comment cet exercise prouve quoi que ce soit au sujet de Wikipedia, ou du Web en général. Il s'agit simplement d'un commentaire par objet. Ça ne dit rien sur la fiabilité réelle de Wikipedia ou des encyclopédies traditionnelles. En fait, il me semble que cette grosse brique démontre plutôt comment la fiabilité est un concept tout relatif : l’impossibilité de trimballer cet invraisemblable bouquin afin de le consulter en [...]
Vous pensiez que le phonème était l’unité de base de la communication verbale ? Que les exaspérants sifflements de R2-D2 constituaient vraiment l’une des idées les plus loufoques de la science-fiction des années ‘70 ? Que les ti-z-oizeaux qui ne sèment ni ne moissonnent seraient bien incapables de communiquer des concepts abstraits par la seule puissance de leur gazouillis?Détrompez-vous.
La bibliothèque nationale et le réseau des bibliothèques publiques de Montréal annoncent chaque année une très populaire amnistie. À cette occasion, les usagers peuvent rapporter leur bouquins en retard sans payer les amendes, une pratique qui permet de récupérer un certain nombre de documents portés disparus.Or, j'apprends que les bibliothèques publiques de San Francisco pratiquent une version améliorée de ce système : une amnistie permanente pour les usagers qui justifient leur regard retard de manière créative. Du genre “des extraterrestres m’ont kidnappé durant 3 semaines afin de me soumettre à des expériences sensorielles.” Afin d'empêcher les abus, les excuses sont acceptées pour les amendes de moins de 5 dollars par bouquin.Les bibliothèques québécoises doivent suivre cet exemple, ne serait-ce que pour bonifier un peu le quotidien de leurs bibliothécaires. (Et aussi parce que je ramène toujours mes livres en retard !)
Pendant ce temps, au bureau du Premier ministre
11 juin 2009 · Divers · Nicolas DicknerVoilà quelque deux ans que Yann Martel, patiemment, envoit des livres à Stephen Harper afin de meubler ses heures creuses, afin aussi d'instaurer un utopique dialogue entre le politique et le littéraire. Or voilà qu'après deux ans de silence, Martel reçoit enfin une réponse du bureau du Premier ministre ! (Trois réponses, en fait, que l’on peut lire ici, ici et là.) En entrevue au Globe and Mail, Martel avoue être perplexe devant cette abondance soudaine de réponses. On le serait à moins. Détail intéressant : on apprend que cette correspondance mono-directionnelle (57 lettres jusqu'à présent) sera disponible sur papier le 3 novembre. Le lecteur est autorisé à se demander si Yann Martel, qui a promis d’envoyer des livres « tant que Stephen Harper sera Premier ministre du Canada », ne sent pas approcher la fin de son labeur.
Murakami et les mantras
11 juin 2009 · Divers · Nicolas DicknerRapide post-scriptum à ma chronique de la semaine dernière, « Portrait de Murakami en monomane » : dans l’avant-propos d'Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Murakami fait référence à un article du New York Times où divers coureurs professionnels révèlent les mantras qu’ils se répètent tout au long d’un marathon. Pour ceux qui aimeraient lire cet (intéressant) article, je l'ai trouvé sur le site du NYT.Post-post-scriptum. J'entamais cette chronique en affirmant que l'été ramenait vers le livre des vagues de lecteurs sportifs. Preuve à porter au dossier : je tentais ce matin de trouver une copie de Courir, le livre que Jean Échenoz consacre Emil Zátopek, et pffuit, aucune copie dans les bibliothèques de mon quartier.En fait, la moitié des copies du réseau étaient dans la nature. Qu'est-ce que je vous disais?Quant à Zátopek, j'ose vous renvoyer à une chronique où j'évoquais son esprit, en septembre 2007. Écrire, courir, on en revient toujours à ça.
Hier midi, j'écoutais Gilles Gougeon raconter de quelle manière, jeune journaliste pour Radio-Québec, il avait réussi l’invraisemblable : obtenir une entrevue d’une heure en tête à tête avec John Lennon, en plein milieu du bed in.Non seulement le récit est incroyable, mais la description (sommaire) de l’entrevue est vraiment alléchante : Lennon parlant de ses influences musicales, depuis Bach jusqu’à Elvis. Un document d'anthologie, à l'évidence.Et encore une sainte fois, je m'interroge : où sont les archives de Radio-Québec ? Où, cette entrevue avec Lennon?Où, les soirées d’impro de la LNI (Ah, Robert Lepage jouant une improvisation comparée ayant pour thème «New York New York») ?Où, ce Jean Leloup qui passe à Beau et Chaud, maigre et inconnu et ivre, afin de jouer «Laura» en version acoustique ?Où, Station Soleil, la Minute à Gérard D. Laflaque et les Oraliens?La SRC a bien mis ses archives sur le Web, pourquoi pas Radio-Québec ? Oui, je sais bien. L'argent, toujours l'argent. Il me semble quand même douteux que ce chapitre de notre histoire télévisuelle ne se trouve (et encore, [...]
La chronique de
Nicolas Dickner
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