Carnet du prisonnier, jour 2

26 septembre 2012 8h54 · Normand Baillargeon

La nuit a été très courte et nous somes tous revenus ici pour être mis en cage à 7 heures.

Je suis un peu sur Internet ce que font mes compagnons (ici), là où mon propre texte, que j’ai commencé à transcrire, apparaît aussi, en direct.

Le logiciel avec lequel nous écrivons nous pose des problèmes d’adaptation; surtout, il nous est extrêmement difficile de revenir loin en arrière dans un texte: il faut donc être certain de ne pas se tromper avant de passer à la phrase suivante.

Des gens passent et nous regardent; certains s’arrêtent. Mais pour ma part, je ne me sens pas trop dérangé par leur présence.

Le sujet donné (Mon opinion ne vaut rien) me convenait et rejoint des préoccupations que j’ai depuis longtemps. Le fait d’être ainsi enfermé est en fait stimulant, force à se concentrer sur son travail et limite les distractions. On nous apporte même à manger — et on mange très bien. Moine et auteur, ce devait être chouette!

J’ai 58 paragraphes à transcrire,c e qui sera long. Et une conclusion à rédiger, vers la finde la journée, à 20 heures.

La Presse a consacré un texte à l’événement; il est signé par Éric Clément, qui a montré un réel et fort apprécié intérêt pour cette aventure. C’est votre serviteur sur la photo…

 

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 8

  • 26 septembre 2012 · 09h44 DavidHume

    Le projet © à la Place des Arts m’inspire ceci.

    Le « nous » (en grec) d’Aristote me semble une belle avenue afin de trouver un possible pont ou une rivière reliant la vérité et l’opinion. Une identité, une contiguïté au sens du philosophe David Hume. Le point nodal présent entre vérité et opinion ne pourrait-il qu’être une série d’événements qui sont connectées ensemble et rien d’autre. Il n’y a pas l’idée d’une opinion ni l’idée de la vérité; il n’y aurait que le constat des séries d’événements qui sont connectées et perceptibles relatées comme des opinions ou comme des vérités (selon une proportion, degré d’une qualité quelconque, ressemblance ou non, contraire à quelque chose ou non). Pourquoi je parle de cela, parce que la raison a la capacité d’expérimenter une autre voie si je puis dire. Subtil mais possible. Mais je peux me tromper si vous me le permettez.

    Je termine avec un clin d’œil : moine et ukulélé. Un petit concert vers 10h00 et je passe vous rencontrer.

  • 26 septembre 2012 · 23h20 Claude Perrier

    Mais… dites-nous très franchement Monsieur Baillargeon: l’expérience vous a-t-elle plu? Franchement, dites-nous.

    Et surtout, pourquoi.

    (Ici, à l’extérieur de la cage, on tourne en rond…)

  • 27 septembre 2012 · 06h15 DavidHume

    *Même question que Claude Perrier.

    Nota : c’est le brouillon qui est apparu ci-haut (je testais le Wi-Fi). Rien de sérieux dans l’Océan internet.

  • 27 septembre 2012 · 08h57 Jean-Serge Baribeau

    JE SUIS CERTAIN, NORMAND, QUE VOUS AVEZ LU ET RELU CE SPLENDIDE POÈME:

    Pour faire le portrait d’un oiseau. (Prévert Jacques)
    Extrait de poésie (Paroles) Jacques Prévert)

    Pour faire le portrait d’un oiseau

    Peindre d’abord une cage
    avec une porte ouverte
    peindre ensuite
    quelque chose de joli
    quelque chose de simple
    quelque chose de beau
    quelque chose d’utile
    pour l’oiseau
    placer ensuite la toile contre un arbre
    dans un jardin
    dans un bois
    ou dans une forêt
    se cacher derrière l’arbre
    sans rien dire
    sans bouger…
    Parfois l’oiseau arrive vite
    mais il peut aussi bien mettre de longues années
    avant de se décider
    Ne pas se décourager
    attendre
    attendre s’il le faut pendant des années
    la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
    n’ayant aucun rapport
    avec la réussite du tableau
    Quand l’oiseau arrive
    s’il arrive
    observer le plus profond silence
    attendre que l’oiseau entre dans la cage
    et quand il est entré
    fermer doucement la porte avec le pinceau
    puis
    effacer un à un tous les barreaux
    en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
    Faire ensuite le portrait de l’arbre
    en choisissant la plus belle de ses branches
    pour l’oiseau
    peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
    la poussière du soleil
    et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
    et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
    Si l’oiseau ne chante pas
    c’est mauvais signe
    signe que le tableau est mauvais
    mais s’il chante c’est bon signe
    signe que vous pouvez signer
    Alors vous arrachez tout doucement
    une des plumes de l’oiseau
    et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau.

    • 27 septembre 2012 · 10h36 Normand Baillargeon

      M. Baribeau: je connais Prévert par coeur, c’est dire. Et le hasard veut que vous les postiez alors que je rédige un document pour un concours Prévert qui si tiendra dans un Cégep, document dans lequel je cite ce texte, magnifique en effet, qui est un peu l’art poétique de Prévert.

  • 27 septembre 2012 · 11h28 DavidHume

    Merci de me faire connaître et apprécier Prévert. Contemplatif, réel.

  • 27 septembre 2012 · 11h36 Jean-Serge Baribeau

    Cher Normand, je suis aussi un «prévertiste» convaincu. Je suis ravi de constater que nous partageons les plaisirs «prévertis» et, peut-être pervertis, soit dit de manière à la fois sérieuse et humoristique. Mais je constate, à ma courte honte, que je ne connais pas Prévert par coeur, mécréant que je suis

    Mais pendant une longue période de ma vie j’ai connu, par coeur de nombreux poèmes de Baudelaire, Rimbaud, Verlaine et Léo Ferré.

    Je me demande si vous avez l’impression d’être actuellement dans une cage.

    Espérons qu’un oiseau vous apportera bientôt une «plume» (ou un ordinateur), ce qui est essentiel pour une personne comme vous, qui écrit tant de textes et de livres, lesquels sont toujours stimulants, roboratifs et toniques.

    Intéressante est l’expérience à laquelle vous participez maintenant.

    AU PLAISIR!

    JSB

    • 27 septembre 2012 · 17h42 Claude Perrier

      Comme vous, Monsieur Baribeau, je suis un inconditionnel de Baudelaire.

      De ce poète j’ai, dans la Pléiade sur beau papier bible, toutes ses oeuvres. Y compris ses correspondances et ses traductions de Poe.

      Par contre Prévert… rien du tout.

      Comme quoi on ne peut pas tout avoir dans la vie, n’est-ce pas?

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  • Normand Baillargeon
    Je suis professeur à l'UQAM. Ma spécialité est la philosophie de l'éducation. J'ai écrit quelques livres sur différents sujets qui m'intéressent, dont celui-là, mais aussi quelques autres.

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