Dossier Prévert

11 octobre 2012 7h29 · Normand Baillargeon

[Ce qui suit est un work-in-progress. Il s'agit du dossier Prévert que j'ai préparé à l'intention des étudiantes et étudiants d'un Cégep qui participeront au Concours Prévert qu'organise leur institution à l'hiver 2013. Il reste certainement des imperfections, coquilles, maladresses ou omissions dans ce texte: vous pouvez me les signaler soit ici, soit à : baillargeon.normand@uqam.ca]

 

Présentation

1. Qui est Jacques Prévert?

2. Quelques remarques sur la poésie de Prévert

Bibliographie

 

Présentation

Dans les pages qui suivent, je souhaite vous donner, très brièvement, sur la vie et l’œuvre de Jacques Prévert, et en particulier sur sa poésie et ses  chansons, quelques informations qui pourront vous être utiles pour préparer votre participation au «Concours Prévert» qu’organise votre Cégep.

Prévert, vous le verrez, laisse une œuvre abondante et dans laquelle plusieurs genres sont abordés — la poésie et la chanson, comme je l’ai dit, mais aussi le cinéma, le théâtre, le ballet, les arts visuels et même la critique des médias.

Dans chacune de ces activités, Prévert, et c’est assez singulier pour être remarqué d’emblée, a connu d’immenses succès, tant populaires qu’auprès des intellectuels et des spécialistes des domaines où il a œuvré.

C’est ainsi qu’il est sans doute le plus populaire et le plus lu des poètes francophones du XXe siècle mais qu’il est aussi entré dans la prestigieuse Pléiade; que certaines de ses chansons ont fait le tour du monde mais aussi que leur originalité force aujourd’hui encore l’admiration des connaisseurs; que si certains de ses films ont connu de grands succès populaires, ils sont aussi, désormais, considérés comme des classiques du septième art et que l’un d’entre eux, Les enfants du Paradis,  est souvent donné comme le meilleur film français de tous les temps; et que ses collages s’arrachent désormais à prix d’or, du moins quand on a la chance d’en trouver un sur le marché.

C’était pourtant un homme modeste, qui n’avait pas été longtemps à l’école (il avait tout juste fini ses études primaires…) et une sorte d’anarchiste lyrique qui détestait les poses et les importants, les intellectuels qui se prennent trop au sérieux, l’armée, la religion et en un mot tous  les pouvoirs.

De ses succès, c’est certainement celui qu’il rencontrait auprès du peuple et des gens simples, des travailleurs, qui lui importait le plus. «J’écris pour des lecteurs, dira-t-il. Quand j’ai travaillé ou quand je travaille encore parfois au cinéma, c’est pour des spectateurs. D’aucuns écrivent pour des littérateurs, des gens de leur spécialité…»

Mais commençons par le commencement : en rappelant qui est Jacques Prévert.

1.    Qui est Jacques Prévert? Une rapide esquisse

Jacques Prévert est né à Paris, à Neuilly-sur-Seine, le 4 février 1900.

Son père semble avoir été une sorte de dilettante qui avait des ambitions littéraires inassouvies et la famille ne vit pas richement.

Très jeune, le petit Jacques démontre une grande facilité avec la langue qui ne le quittera jamais. «Il est le seul à parler comme tout le monde», diront plus tard de lui ses amis après l’avoir l’écouté improviser ce qui, retravaillé, pourrait devenir un poème, une chanson, un dialogue de film.

Après ses études primaires, il commence à travailler, fait divers métiers et les 400 coups, n’échappant probablement à l’étiquette de « jeune délinquant » que parce qu’elle n’était pas encore en usage. Puis, en 1917, c’est le service militaire alors obligatoire, une torture pour lui qui, déjà, a l’armée en horreur. Pour se faire réformer en se faisant passer pour fou, il s’est présenté à l’examen médical en disant : «J’ai des boutons!». Et, de fait, il s’était cousu de vrais boutons sur le corps… Sans succès.

À l’armée, à Istanbul,  il fait la rencontre de Marcel Duhamel, le futur créateur de la série de romans policiers La Série Noire (c’est Prévert qui lui trouve ce titre) et d’Yves Tanguy, le futur peintre surréaliste.

Duhamel provient d’une famille riche. De retour à Paris, il dirige un grand hôtel appartenant à sa famille et il installe à ses frais ses nouveaux amis dans un petit pavillon au 54, rue du Château, à Paris. Ce pavillon devient au milieu des années 20  un des hauts lieux du mouvement surréaliste, quand les surréalistes, André Breton en tête, se mettent à le fréquenter.

C’est là qu’un soir, pour passer le temps, Prévert propose de jouer «aux petits papiers», chacun, sans savoir ce que les autres ont écrit, complétant une phrase en écrivant tour à tour le sujet, le verbe, le complément, etc. Prévert commence la première phrase qui sort de ce jeu en écrivant : «Le cadavre». Ce sera sous le nom de «cadavre exquis» que le jeu restera connu: la phrase produite était en effet cette fois-là :  «Le cadavre exquis boira le vin nouveau».

Le contact des surréalistes est crucial dans la formation de Prévert. Il aura beau dire, plus tard, qu’il était dans ces années-là «plus homme de main qu’homme de lettres», c’est bien dans ce milieu qu’il affine sa sensibilité,  se cultive, lit, et tout cela auprès de gens qui seront, comme lui, des géants de la littérature : André Breton, Louis Aragon, Paul Éluard, Robert Desnos, Raymond Queneau et bien d’autres.

Prévert se passionne alors pour le cinéma, sans se douter encore qu’il deviendra plus tard son métier.

Après une scission au sein des surréalistes, Prévert, avec d’autres, rompt en 1930 avec Breton, contre qui il rédige «Mort d’un monsieur», son premier texte publié.

Commence ensuite une période durant laquelle Prévert écrit, beaucoup, pour la troupe de théâtre Le Groupe octobre. La troupe pratique un théâtre militant et Prévert lui écrit le jour des textes que les comédiens répètent le soir et jouent le lendemain pour appuyer une cause (une grève, par exemple) ou intervenir dans un débat. C’est donc du théâtre très engagé, appelé alors Agit/Prop, pour : agitation/propagande.

Ce travail lui fait rencontrer un metteur en scène de cinéma, Marcel carné,  et, entre 1935 et 1945, Prévert va écrire de nombreux films. C’est comme scénariste et dialoguiste de cinéma qu’il est alors le plus connu, même s’il écrit aussi des poèmes et des chansons et que certains sont publiés en revues.

La sortie du recueil Paroles, en 1946, est un événement et Prévert va peu à peu délaisser le cinéma et se consacrer à la poésie, à la chanson, à ses collages et à sa famille : car il est désormais en couple et père d’une petite fille, née en 1946.

Les recueils se succèdent, les chansons, plus tard les collages, les collaborations avec ses amis, notamment des peintres qu’il affectionne, dont Picasso, Joan Miro et plusieurs autres, et des photographes.

Celui qu’on ne voyait presque jamais sans une cigarette au bec meurt en 1977 d’un prévisible cancer du poumon et est enterré à Omonville-la-Petite, où il a fini ses jours.

Sa maison est désormais un musée.

2.    Quelques remarques sur la poésie de Prévert : thèmes qui lui sont chers et formes qu’il affectionne

Rien ne remplace la lecture des textes, le visionnement des films, ou l’écoute des chansons — et pour vous orienter dans tout cela, vous pouvez consulter la bibliographie qui suit.

Mais voici tout de même quelques pistes qui pourront vous inspirer pour rédiger votre texte:

  • Son premier recueil de poèmes est paru en 1945. Prévert, on l’a vu, est alors déjà bien connu comme auteur de cinéma, mais il écrit aussi des poèmes et des chansons depuis longtemps. Il  a publié certains de ces textes, dans des revues, et il en a distribué d’autres en les donnant à des amis. Puis un professeur de philosophie a réuni tout ce qu’il a pu trouver et en a fait une édition-maison pour ses élèves. Quand un vrai éditeur publiera ces textes (et quelques autres), Prévert choisira comme titre : Paroles. Cela nous donne une indication de ce qu’ils sont : proches de la parole, ces poèmes sont faits pour être dits — ou chantés. Ils épousent donc le rythme, les respirations de la parole; on devine en les lisant comment il faut les dire, les intonations qui conviennent, le souffle qui les anime.
  • Prévert pratique souvent le vers libre, non compté. Mais il est capable à l’occasion de produire un bel alexandrin ([Et toi] / comme un algue doucement caressé par le vent/ Dans les sables du lit tu remues en rêvant)
  • Alors que tant de poètes parlent souvent au «Je» et décrivent leurs sentiments, leurs émotions, leurs pensées et leur vie intérieure, Prévert, lui, écrit souvent au «Il» et même au «Ils» : c’est-à-dire qu’il décrit des personnages et raconte des événements. Son sujet, en ce sens, c’est le monde plus que lui — et en particulier, d’un côté, cette part du monde qu’il affectionne et qu’il décrit amoureusement et, de l’autre, cette autre part avec laquelle il est en lutte. Sa poésie est donc, pour beaucoup, celle du regard porté vers le monde extérieur, plus que de celui, introspectif, porté sur soi.
  • Il pratique d’ailleurs un genre particulier et qu’on pourrait appeler «cinégraphique», je veux dire un poème écrit avec des images et qui ressemble à un découpage de film (rappelez-vous qu’il a écrit pour le cinéma : et ses scénarii étaient connus pour être remarquables de précision dans leur description de ce qui devrait être vu par le spectateur).  Dans les textes de ce genre, Prévert accumule en quelque  sorte des «plans» et on assiste au déroulement d’un scénario. Considérez ces deux exemples, remarquables d’efficacité :

 

Le message

La porte que quelqu’un a ouverte
La porte que quelqu’un a refermée
La chaise où quelqu’un s’est assis
Le chat que quelqu’un a caressé
Le fruit que quelqu’un a mordu
La lettre que quelqu’un a lue
La chaise que quelqu’un a renversée
La porte que quelqu’un a ouverte
La route où quelqu’un court encore
Le bois que quelqu’un traverse
La rivière où quelqu’un se jette
L’hôpital où quelqu’un est mort.

 

 

Premier jour

Des draps blancs dans une armoire  
Des draps rouges dans un lit  
Un enfant dans sa mère  
Sa mère dans les douleurs  
Le père dans le couloir  
Le couloir dans la maison  
La maison dans la ville  
La ville dans la nuit  
La mort dans un cri  
Et l’enfant dans la vie

 

  • La poésie de Prévert, sous son apparente facilité, est cependant le résultat d’un grand travail, mais d’un travail qui s’efforce d’être invisible. Il sait parfaitement, par exemple, ce qu’est ce naturel de la parole qu’il veut produire et combien il faudra travailler pour que le résultat ait l’air naturel. Prévert a exprimé tout cela, en même temps que sa conception de l’art, de la littérature et de la création, dans un texte célèbre, qui est comme son «art poétique»  et dans lequel tous ces thèmes liés à la création sont exploités par la métaphore du portrait d’un oiseau que réalise un peintre. Lisez-le attentivement et vous verrez que Prévert, qui n’aime pas théoriser sur la poésie, s’y livre ici, avec pudeur, sur ce qu’il pense être la poésie (ou l’art) :

 

Pour faire le portrait d’un oiseau 

Peindre d’abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d’utile
pour l’oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l’arbre
sans rien dire
sans bouger…
Parfois l’oiseau arrive vite
mais il peut aussi mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s’il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l’arrivée de l’oiseau
n’ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l’oiseau arrive
s’il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l’oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l’oiseau
Faire ensuite le portrait de l’arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l’oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l’herbe dans la chaleur de l’été
et puis attendre que l’oiseau se décide à chanter
Si l’oiseau ne chante pas
C’est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s’il chante c’est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l’oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau

 

  • Un thème récurrent chez lui est d’ailleurs une critique des intellectuels jugés poseurs et prétentieux et il a toujours professé une réelle méfiance à leur endroit. Le voici par exemple se moquant, avec verve, de poètes qui se prennent au sérieux, alors qu’il vante la poésie de son ami André Verdet, qui, lui, n’écrit pas des poèmes comme ceux-là, Verdet qui n’écrit :

 

«Pas des poèmes le doigt aux cieux les yeux pareils les deux mains sur le front et l’encre dans la bouteille/
pas des poèmes orthopéguystes mea culpiens garibaldiens/
pas des poèmes qui déroulent comme sur  Déroulède leurs douze néo pieds bots salutaires réglementaires cinéraires exemplaires et apocalyptiques/
pas de ces édifiantes et torturantes pièces montées/
où le poète se drapant vertigineusement dans les lambeaux tardifs et étriqués de son complet de première communion/
avec sur la tête un casque de tranchée juché sur les vestiges d’un béret d’étudiant/
se place soi-même tout seul arbitrairement en première ligne de ses catacombes mentales/
sur sa petite tour de Saint Supplice/
au sommet de sa propre crème fouettée/
donnant ainsi l’affligeant spectacle de l’homme affligé de l’affligeant et très banal complexe de supériorité.»

Mais le texte le plus connu de Prévert sur ce thème est probablement celui-ci :

 

Il ne faut pas

 Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les

allumettes
Parce que Messieurs quand on le laisse seul
Le monde mental Messieurs
N’est pas du tout brillant
Et sitôt qu’il est seul
Travaille arbitrairement
S’érigeant pour soi-même
Et soi-disant généreusement en l’honneur des travailleurs
du bâtiment
Un auto-monument
Répétons-le Messsssieurs
Quand on le laisse seul
Le monde mental
Ment
Monumentalement.

 

  • Vous le devinez : l’humour n’est pas absent de l’univers de Prévert, qui ne dédaigne pas le jeu de mot, même approximatif, le calembour, et les effets comme ceux que produit la contrepèterie. «Martyr, c’est pourrir un peu», écrit-il.
  • Une des procédés qu’il affectionne est l’inventaire, accumulation d’objets (voire d’idées) même disparates et qui peut produire des effets cocasses. Un poème de Paroles s’intitule d’ailleurs Inventaire et on y trouve un raton laveur désormais emblématique de Prévert. Dans la langue courante on parle d’ailleurs aujourd’hui d’un «inventaire  à  la Prévert» pour désigner ce procédé.
  • Prévert écrit des textes très longs (de 25 pages ou plus, parfois) et des poèmes courts, voire très courts, de quelques lignes à peine. En certains cas, quelques mots lui suffisent pour exprimer une idée, en certains cas en s’amusant aux dépens de ses têtes de turcs. Par exemple :

 

Les Paris Stupides

Un certain Blaise Pascal  - etc… etc…

Les belles familles

Louis I

Louis II

Louis III

Louis IV

Louis V

Louis VI

Louis VII

Louis VIII

Louis IX

Louis X (dit le Hutin) 

Louis XI

Louis XII

Louis XIII

Louis XIV

Louis XV

Louis XVI

Louis XVII

Louis XVIII

et plus personne plus rien…

qu’est-ce que c’est que ces gens-là

qui ne sont pas foutus 

de compter jusqu’à vingt ?

 

 

  • Il y a dans la poésie de Prévert à la fois une grande tendresse et une grande colère. Sa tendresse va en particulier aux enfants, aux animaux (il aime particulièrement les oiseaux), aux amoureux, aux petites gens, aux travailleurs; sa colère se déploie entre autres contre la religion, les pouvoirs politiques, l’armée, les possédants, les exploiteurs. Le Prévert tendre est beaucoup lu par les enfants dans les écoles. Non sans raison : il sait les toucher. Voyez cet exemple :

 

Le cancre

Il dit non avec la tête
mais il dit oui avec le coeur
il dit oui à ce qu’il aime
il dit non au professeur
il est debout
on le questionne
et tous les problèmes sont posés
soudain le fou rire le prend
et il efface tout
les chiffres et les mots
les dates et les noms
les phrases et les pièges
et malgré les menaces du maître
sous les huées des enfants prodiges
avec des craies de toutes les couleurs
sur le tableau noir du malheur
il dessine le visage du bonheur

 

Ou encore celui-ci :

Chanson des Escargots qui vont à l’enterrement

A l’enterrement d’une feuille morte
Deux escargots s’en vont
 
Ils ont la coquille noire
 
Du crêpe autour des cornes
 
Ils s’en vont dans le soir
 
Un très beau soir d’automne
Hélas quand ils arrivent
 
C’est déjà le printemps
 
Les feuilles qui étaient mortes
Sont toutes réssucitées
 
Et les deux escargots
 
Sont très désappointés
 
Mais voila le soleil
 
Le soleil qui leur dit
 
Prenez prenez la peine
 
La peine de vous asseoir
 
Prenez un verre de bière
 
Si le coeur vous en dit
 
Prenez si ça vous plaît
 
L’autocar pour Paris
 
Il partira ce soir
 
Vous verrez du pays
 
Mais ne prenez pas le deuil
 
C’est moi qui vous le dit
Ça noircit le blanc de l’oeil
 
Et puis ça enlaidit
 
Les histoires de cercueils
 
C’est triste et pas joli
 
Reprenez vous couleurs
 
Les couleurs de la vie
 
Alors toutes les bêtes
 
Les arbres et les plantes
 
Se mettent a chanter
 
A chanter a tue-tête
 
La vrai chanson vivante
 
La chanson de l’été
 
Et tout le monde de boire
 
Tout le monde de trinquer
 
C’est un très joli soir
 
Un joli soir d’été
 
Et les deux escargots
 
S’en retournent chez eux
 
Ils s’en vont très émus
 
Ils s’en vont très heureux
 
Comme ils ont beaucoup bu
 
Ils titubent un petit peu
 
Mais la haut dans le ciel
 
La lune veille sur eux.

 

 

  • Mais la poésie est aussi pour lui une arme de combat contre ce qui lui semble boucher notre bonheur. Les curés, les possédants, les exploiteurs, les militaires font alors l’objet de virulentes critiques. Prévert n’est plus alors le gentil poète pour enfants, mais un homme engagé et en colère. Par exemple durant la Guerre d’Espagne, outré de l’aliance  de l’église avec les fascistes espagnols, Prévert rédige La crosse on l’air, un long texte très virulent qui s’ouvre ainsi :

 

Rassurez-vous braves gens
ce n’est pas un appel à la révolte
c’est un évêque qui est saoul et qui met sa crosse en l’air
comme ça… en titubant…
il est saoul
il a sur la tête cette coiffure qu’on appelle mitre
et tous ses vêtements sont brodés richement
il est saoul
il roule dans le ruisseau
sa mitre tombe
c’est le soir
ça se passe rue de Rome près de la gare Saint-Lazare
sur le trottoir il y a un chien
il est assis sur son cul
il regarde l’évêque
l’évêque regarde le chien
ils se regardent en chiens de faïence
mais voilà l’évêque fermant les yeux
l’évêque secoué par le hoquet
le chien reste immobile
et seul
mais l’évêque voit deux chiens
dégueulis… dégueulis… dégueulis
voilà l’évêque qui vomit
dans le ruisseau passent des cheveux…
…des vieux peignes…
…des tickets de métro…
des morceaux d’ouate thermogène…
des préservatifs… des bouchons de liège… des mégots
l’évêque pense tristement
Est-il possible que j’aie mangé tout ça
le chien hausse les épaules
et s’enfuit avec la mitre
l’évêque reste seul devant la pharmacie
ça se passe rue de Rome
rue de Rome il y a une pharmacie
l’évêque crie
le pharmacien sort de sa pharmacie
il voit l’évêque
il fait le signe de la croix
puis
plaçant ensuite deux doigts dans la bouche de l’évêque il l’aide…
… il aide l’évêque à vomir…
l’autre appelle son fils fait le signe de la croix
puis recommence à vomir
le pharmacien avec les doigts qui ont fait le signe de la croix
aide encore l’évêque à vomir
puis fait le signe de la croix
et ainsi de suite
alternativement

signe de la croix et vomissement

 

  • Prévert a écrit les textes de très nombreuses chansons, avec des musiciens renommés. Sa préférence allait cependant à des formes non fixes, non usuelles, et à des chansons qui ne ressemblent guère à ce que nous entendons typiquement par ce terme — qui désigne pour nous des vers comptés et rimés, sur une musique où alternent des couplets et un refrain. Voici une chanson de ce genre non-typique :

 

Les enfants qui s’aiment

Les enfants qui s’aiment s’embrassent debout
Contre les portes de la nuit
Et les passants qui passent les désignent du doigt
Mais les enfants qui s’aiment
Ne sont là pour personne
Et c’est seulement leur ombre
Qui tremble dans la nuit
Excitant la rage des passants
Leur rage, leur mépris, leurs rires et leur envie
Les enfants qui s’aiment ne sont là pour personne
Ils sont ailleurs bien plus loin que la nuit
Bien plus haut que le jour
Dans l’éblouissante clarté de leur premier amour

 

  • L’amour est typiquement évoqué avec pudeur chez Prévert. Il dira que «je t’aime », ce sont des mots qui se taisent. Voici en tout cas la chanson la plus célèbre de Prévert, Les Feuilles mortes,— la musique, superbe, de J. Kosma, est devenue un standard de jazz. Notez que Prévert a rédigé ce texte sur une musique déjà composé et que, cette fois, la facture est plus classique; et pour que vous le sachiez : ces feuilles mortes ne sont pas des feuilles des arbres, mais celles d’un de ces calendriers d’autrefois (appelés éphémérides), sur lequel, pour dévoiler le jour commençant, on enlevait en effet la feuille du jour passé collée sur un bloc de feuilles  : ce sont ces feuilles arrachées qu’on appelait les feuilles mortes.

 

Les feuilles mortes

Oh ! Je voudrais tant que tu te souviennes
Des jours heureux où nous étions amis.
En ce temps-là la vie était plus belle,
Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui.
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle.
Tu vois, je n’ai pas oublié…
Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Et le vent du nord les emporte
Dans la nuit froide de l’oubli.
Tu vois, je n’ai pas oublié
La chanson que tu me chantais.

{Refrain:}
C’est une chanson qui nous ressemble.
Toi, tu m’aimais et je t’aimais
Et nous vivions tous deux ensemble,
Toi qui m’aimais, moi qui t’aimais.
Mais la vie sépare ceux qui s’aiment,
Tout doucement, sans faire de bruit
Et la mer efface sur le sable
Les pas des amants désunis.

 

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle,
Les souvenirs et les regrets aussi
Mais mon amour silencieux et fidèle
Sourit toujours et remercie la vie.
Je t’aimais tant, tu étais si jolie.
Comment veux-tu que je t’oublie ?
En ce temps-là, la vie était plus belle
Et le soleil plus brûlant qu’aujourd’hui.
Tu étais ma plus douce amie
Mais je n’ai que faire des regrets
Et la chanson que tu chantais,
Toujours, toujours je l’entendrai !

 

Bibliographie

Paroles (1946)  est le recueil à lire en priorité.

Puis, les autres recueils, notamment : Spectacle (1951); Grand Bal du Printemps; Charmes de Londres (1951 et 1952), deux recueils réalisés avec le photographe Izis sur deux villes que Prévert aimait beaucoup, Paris et Londres;  Choses et autres (1972).

Les films suivant sont aussi disponibles à la bibliothèque du collège: Le Quai des Brumes (1938 ); Les enfants du paradis (1945) ; Le roi et l’oiseau (un film d’animation pour petits et grands, 1980, posthume).

Vous y trouverez aussi :

Petit, Olivier, et al., Les poèmes de Prévert en bande dessinée,  Darnétal, Petit à Petit, France, 2007.

La grande biographie d’Yves Courrière : Jacques Prévert, en vérité, Gallimard, Paris, 2000. De Bernard Chardère, Jacques Prévert, Inventaire d’une vie, Gallimard, Paris, 1997. D’Arnaud Laster : Jacques Prévert, un poète, Gallimard, 1980. Sans oublier le catalogue de la récente exposition que la ville de Paris consacrait à Prévert : BINH, N.T. et al., Jacques Prévert. Paris la belle, Beaux-Arts Éditions, Boulogne-Billancourt, 2008.

Dans Trames. Esthétiques/Politique, Nota Bene, Québec, 2004, je consacre un chapitre à la critique des médias que propose Prévert dans : Prévert, Jacques et Pozner, André, Hebdromadaires, Gallimard, Paris 1972.

 

 

 

 

 

 

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  • 11 octobre 2012 · 07h53 Jean Bernatchez

    Mes deux poèmes préférés de Prévert, reproduits par ma blonde du temps (étudiante en lettres) sur les murs de mon appartement d’étudiant sur le rue St-Jean à Québec en 1980:

    Le temps perdu

    Devant la porte de l’usine
    le travailleur soudain s’arrête
    le beau temps l’a tiré par la veste
    et comme il se retourne
    et regarde le soleil
    tout rouge tout rond
    souriant dans son ciel de plomb
    il cligne de l’œil
    familièrement
    Dis donc camarade Soleil
    tu ne trouves pas
    que c’est plutôt con
    de donner une journée pareille
    à un patron?

    Alicante

    Une orange sur la table
    Ta robe sur le tapis
    Et toi dans mon lit
    Doux présent du présent
    Fraîcheur de la nuit
    Chaleur de ma vie

    • 11 octobre 2012 · 08h21 Normand Baillargeon

      Chanceux d’avoir une compagne qui fait de pareils cadeaux!

    • 11 octobre 2012 · 09h07 Jacques Pruneau

      J’ai également un gros faible pour ces deux poèmes. Pour d’autres aussi. J’ai vécu toute ma vie en « temps perdu » j’y ai perdu des jobs et gagné des Amis, des instants de Bonheur, j’y ai même gagné le respect de quelques personnes.
      Qui a dit que la Liberté était du temps perdu?
      Merci pour Prévert, je plains nos contemporains qui ne le savent pas…

    • 11 octobre 2012 · 13h35 Marie

      MM. Bernatchez et Pruneau vous me faites penser à un article du monde diplomatique de ce mois-ci dans lequel la problématique du temps, celui que nous nous accordons pour lire et penser, est abordée:

      http://www.monde-diplomatique.fr/2012/10/HALIMI/48240

    • 11 octobre 2012 · 14h11 Jean Bernatchez

      Merci pour le lien au MD! J’ai aussi téléchargé le MP3 sur Prévert, qu’un abonné FB de Normand lui avait signalé (à écouter lors d’une de mes prochaines marches) : http://www.la-bas.org/article.php3?id_article=349&var_recherche=pr%E9vert

  • 11 octobre 2012 · 11h45 Jacques Pruneau

    J’allais presque l’oublier:
    Merci à vous, Camarade Normand, de le faire connaître et de le faire aimer.
    Nul doute que nous t’aiderons…

  • 11 octobre 2012 · 13h01 Marie

    Merci merci merci pour ce texte!!

    Faire découvrir Prévert à la jeunesse est un des plus beau cadeau qu’on puisse lui faire!

  • 11 octobre 2012 · 14h37 Normand Baillargeon

    Marie: sur ce thème Prévert, vers 1970, écrivait ce texte prémonitoire:

    Ne rêvez pas
    (L’ordinateur)

    Ne rêvez pas
    pointez
    grattez vaquez marnez bossez trimez
    Ne rêvez pas
    l’électronique rêvera pour vous
    Ne lisez pas
    l’électrolyseur lira pour vous
    Ne faites pas l’amour
    l’électrocoïtal le fera pour vous

    Pointez
    grattez vaquez marnez bossez trimez
    Ne vous reposez pas
    le Travail repose sur vous.

    • 12 octobre 2012 · 15h37 Marie

      Prémonitoire en effet. La nature de l’asservissement ici envisagé n’est pas si éloignée des temps moderne de Chaplin. Seules les tâches exécutées sont de nature différente.

      N’oublions pas pourtant le revers de chaque médaille. La qualité des informations partagées est allées en se détériorant à mesure que l’impératif d’optimisation des flux s’est imposée à toutes les sphères de notre existence. À ce titre, la technologie n’est qu’un moyen de parvenir à cette fin comme elle aurait permis d’atteindre n’importe quelle autre. Il faut pourtant reconnaitre qu’en sachant faire preuve de rigueur, il est possible d’accéder aujourd’hui très rapidement à une quantité fort appréciable de connaissances de qualité et gratuites, une chose qui était difficilement concevable il y a 15 ans. Pour avoir vécue les deux périodes (pré- et post-développement d’internet et des réseaux sociaux) je dois reconnaitre apprécier le changement. Il s’est opéré une certaine démocratisation de l’accès à l’information et une plus grande remise en cause des arguments politiques et/ou journalistiques qui ne sont plus acceptés comme tels sans possibilité de vérification immédiate.

      L’impératif du présent à tout prix, des informations rapides et indigestes et de la pensée réduite (voir réductrice) sont la résultante d’une société qui voudrait noyer les individus dans leur rôle de consommateurs perpétuels (en leur faisant oublier au passage leur rôle de citoyen, qui pondère et réfléchit) tout en limitant au possible la passation de l’argent d’une main à une autre. Tâchons de ne pas oublier qu’un autre monde est possible.

    • 12 octobre 2012 · 15h40 Marie

      *Le temps de passation de l’argent d’une main à l’autre

  • 17 octobre 2012 · 11h04 Nicolas

    Dans mon armoire à livres, j’ai « Paroles » qui traîne depuis une décennie. Je l’avais subtilement subtilisé à mon père dans sa propre armoire à livres où il traînait probablement depuis déjà plusieurs décennies.

    Ce livre était tombé dans l’oubli, mais il m’est revenu à la mémoire dernièrement. La première fois au cours d’une « conférence gesticulante » et maintenant en lisant votre blogue, M. Baillargeon. Je crois qu’il est bien mûr maintenant et j’ai l’envie subite de mordre dans sa chair juteuse!

    • 17 octobre 2012 · 11h50 Normand Baillargeon

      Conférence gesticulante à Montréal récemment? Sur l’éducation? Je oense que j’ai assité à la même, alors.

    • 18 octobre 2012 · 13h47 Nicolas

      @Normand Baillargeon

      Oui, c’était bien la conférence gesticulante sur l’éducation. Drôle de coincidence! D’ailleurs, lors de la présentation, j’ai pensé plusieurs fois à votre livre, « Je ne suis pas une PME ». Beaucoup de points s’entrecoupaient. En tout cas, c’était très intéressant.

      Ce matin, dans le Devoir, il y avait un article nommé « L’iPad à l’école, planche de salut ou outil de marketing? ». Je ne sais pas si vous l’avez lu, mais il me semble qu’il s’agit encore là d’une tentative de l’entreprise privée pour s’introduire dans le domaine de l’éducation afin de rendre cette institution profitable sans réelle réflexion approfondie sur l’utilité et le coût d’une telle transformation.

    • 18 octobre 2012 · 13h48 Nicolas

      C’est un peu révoltant.

  • 17 octobre 2012 · 12h22 Jean-Serge Baribeau

    C’est avec ravissement que j’ai lu les propos de Normand Baillargeon, «prévertophile et prévertiste averti».

    Personnellement Jacques Prévert et un prêtre-professeur «baveux», subversif, indigné et «insoumis» (le Père Jean Chaussé, Clerc de Saint-Viateur), ont modifié la trajectoire de mon existence. Et je n’exagère pas.

    Je faisais mon cours classique (1955-1963) et j’étais dans la classe alors appelée Belles-Lettres (la cinquième année du cours classique). Et mon professeur de littérature, le Père Jean Chaussé a subitement fait irruption dans mon imaginaire, dans mes rêves, dans mes désirs, dans mes projets professionnels, dans mes plans existentiels et dans l’ensemble de ma vie. C’était un cours de cinq ou six heures par semaine qui durait deux semestres (à l’époque il n’y avait pas des sessions comme maintenant).

    Un jour, ce lascar, ce drôle de zèbre, nous a lu lentement, talentueusement et avec beaucoup d’émotion le célèbre poème de Jacques Prévert : BARBARA. Quelques amis et moi-même avons été bouleversés et ravis d’ainsi entrer dans un nouveau territoire littéraire, poétique et onirique.

    Après cette lecture, ce prof, pas comme les autres, nous a remis une copie du poème intitulé PAGE D’ÉCRITURE. Il nous donnait une semaine pour proposer, dans une dissertation substantielle et bien pensée, une analyse de ce poème hautement significatif et brillamment subversif.

    Une semaine après ce cours, il nous a étonnés en lisant, très brillamment, le poème LA CROSSE EN L’AIR, poème proposé par Normand Baillargeon dans son dossier sur Prévert. Le poème commence ainsi :

    Rassurez-vous braves gens
    ce n’est pas un appel à la révolte
    c’est un évêque qui est saoul et qui met sa crosse en l’air
    comme ça… en titubant…
    il est saoul
    il a sur la tête cette coiffure qu’on appelle mitre
    et tous ses vêtements sont brodés richement
    il est saoul
    il roule dans le ruisseau
    sa mitre tombe
    c’est le soir
    ça se passe rue de Rome près de la gare Saint-Lazare
    sur le trottoir il y a un chien
    il est assis sur son cul
    il regarde l’évêque
    l’évêque regarde le chien
    ils se regardent en chiens de faïence

    Puis, dans un autre cours épatant, nous avons longuement causé sur sur nos travaux portant sur PAGE D’ÉCRITURE et sur nos «lectures» de ce beau poème. Le prof a aussi lu le poème PATER NOSTER, poème que je présente ici, en partie :

    Pater Noster

    Notre Père qui êtes au cieux
    Restez-y
    Et nous nous resterons sur la terre
    Qui est quelquefois si jolie
    Avec ses mystères de New York
    Et puis ses mystères de Paris
    Qui valent bien celui de la Trinité
    Avec son petit canal de l’Ourcq
    Sa grande muraille de Chine
    Sa rivière de Morlaix
    Ses bêtises de Cambrai
    Avec son océan Pacifique
    Et ses deux bassins aux Tuileries
    Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
    Avec toutes les merveilles du monde
    Qui sont là
    Simplement sur la terre
    Offertes à tout le monde
    Eparpillées
    Emerveillées elles-mêmes d’être de telles merveilles
    Et qui n’osent se l’avouer
    Comme une jolie fille nue qui n’ose se montrer
    Avec les épouvantables malheurs du monde
    Qui sont légion
    Avec leurs légionnaires
    Avec leurs tortionnaires
    Avec les maîtres de ce monde
    Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
    Avec les saisons
    Avec les années
    Avec les jolies filles et avec les vieux cons
    Avec la paille de la misère pourrissant dans l’acier des canons.

    (Jacques Prévert)

    En fait, ce que je veux signifier dans ce texte trop long, c’est qu’après ma rencontre avec Jacques Prévert et le Père Chaussé, je me suis dit que j’allais peaufiner mon sens critique et qu’une certaine révolte, parfois «radicale», ne me quitterait plus jamais. Et j’ai alors décidé que je tenterais de ne jamais sombrer dans le conformisme et que deviendrais un poète. Je ne suis jamais devenu un poète mais, toute ma vie durant, j’ai «commis» certains poèmes. Et je n’arrêterai jamais. J’explore mon imaginaire et mes rêves.

    En somme, Prévert et Chaussé m’ont profondément bouleversé et influencé. Il y a aussi les poètes maudits qui n’ont jamais cessé de m’accompagner et de me «demander» de ne pas devenir un «assis» (voir Arthur Rimbaud).

    Je dois beaucoup au Père Jean Chaussé et à certains poètes insoumis. Cet anticonformiste (Chaussé) est décédé il y a quelques semaines, âgé de 92 ou 93 ans. Mais fait très bizarre : hier (17 octobre 2012) je suis allé me faire couper les cheveux. Le «barbier», un homme que j’aime beaucoup, m’a dit qu’il venait de perdre un excellent client, récemment décédé. Après réflexion il m’a dit que ce client, un prêtre, s’appelait Jean Chaussé.

    Alors, cher Normand Baillargeon, votre DOSSIER PRÉVERT m’a beaucoup touché et bouleversé.

    MERCI, BAILLARGEON ET CHAUSSÉ (j’oublie ici le merveilleux Guy Rocher qui m’a beaucoup «marqué» dans ses cours de sociologie).

    JSB

    • 17 octobre 2012 · 18h22 Normand Baillargeon

      Beau témoignage, mon cher. Touchant et inspirant.

    • 21 octobre 2013 · 21h55 Benton

      Pour paraphraser Prévert: « Voilà un type bien chaussé! »

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  • Normand Baillargeon
    Je suis professeur à l'UQAM. Ma spécialité est la philosophie de l'éducation. J'ai écrit quelques livres sur différents sujets qui m'intéressent, dont celui-là, mais aussi quelques autres.

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