La face non cachée de Léo Bureau-Blouin

21 février 2013 17h00 · Pierre-Yves McSween

Bien assis au Presse Café coin Ontario et Saint-Denis, j’attends le nouveau député du Parti Québécois Léo Bureau-Blouin. Il a accepté de m’y rencontrer, quelques jours à peine après son élection. Je le vois entrer dans le café. À peine a-t-il mis les pieds à l’intérieur que deux dames l’apostrophent pour lui dire à quel point elles l’admirent. À ce moment, je me dis qu’il sera difficile de réaliser cette entrevue sans se faire interrompre dans un quartier étudiant, à deux pas du Cégep du Vieux-Montréal, un véritable bastion de la lutte étudiante.

-          Je peux vous offrir quelque chose à boire?

-          Un thé?

-          Précisément?

-          Un Chaï Latté?

N’osant pas lui dire que j’ai à peine compris ce qu’il voulait, je me dirige au comptoir. Je verse mon premier « pot de thé » à un politicien et je commande le « Chaï latté » au son (parce qu’honnêtement, je n’avais aucune idée de ce que c’était à ce moment). Ne buvant pas de café et buvant du thé en feuilles, je ne suis aucunement familier avec les boissons à la mode.

Nous avons discuté de plusieurs enjeux politiques, Léo remplissant tout espace potentiel de pause sonore. C’était la rencontre d’un être volubile avec un plus volubile. Dès le secondaire, il a développé cette aptitude du discours. Il me précise que cela lui vient des débats oratoires pratiqués avec un enseignant au secondaire. Il a cette capacité de générer des mots et de construire son idée en même temps. On doit l’avouer, le contenant est parfait : belle gueule, bilingue, français impeccable, locution laissant planer un français à tendance internationale, etc. Léo est l’antithèse des étudiants de cégep et d’université auxquels je suis habitué de faire face. C’est un miroir amélioré de la population étudiante dans son ensemble. Je dois avouer, dans le débat étudiant, il a gagné mon respect.  Il a su s’élever au-dessus de la masse, au-dessus des impulsions.

Souverainiste convaincu pour sa part, je lui ai demandé de me convaincre de ses arguments. Nous avons discuté un peu sur le sujet, mais je demeure pour l’instant un « athée » constitutionnel.

Puis, lorsque j’aborde le sujet des droits de scolarité et de la CLASSE, il me surprend :

-          Il est difficile de s’entendre avec une organisation dont le but avoué est prendre la place de ton organisation.

Par ces mots, il exprimait une situation claire : la CLASSE (maintenant dissoute) et la FECQ sont en concurrence pour la représentation des associations étudiantes de cégeps. Je ne pensais pas qu’il avouerait simplement que les relations avec la CLASSE étaient difficiles.

Loin d’être amer ou d’adopter un ton provocateur, il m’explique que sa position personnelle et celle de la FECQ sont empreintes de nuances. Le but n’est pas d’atteindre la gratuité, mais bien de s’assurer de l’accessibilité financière aux études. Le nouveau député de Laval-des-Rapides est donc cohérent avec le discours du PQ du début de l’année 2013 : on semble être en faveur d’une indexation modérée au coût de la vie des frais de scolarité.

Lorsque les Canadiens de Montréal ont remporté leur dernière Coupe Stanley, Léo n’était pas âgé de deux ans. Pourtant, je le trouve fascinant. Il a une retenue hors des normes, surtout pour un adulte dans la jeune vingtaine. À son âge, il réussit à faire preuve de moins d’impulsivité et à contenir ses émotions davantage que bien des leaders aux tempes grises, ce qui me semble remarquable.  Lorsque je le questionne sur le sujet, il me répond candidement :

-          Ce n’est pas du contrôle, mais de la timidité.

Pour un gars timide, on peut dire qu’il a réussi à faire son chemin. D’étudiant de cégep à député, le saut est habituellement plus périlleux (à moins que l’on se soit présenté pour le NPD aux dernières élections fédérales.)

Avant de terminer notre conversation, je lui demande quel disque (je devrais dire MP3 si j’étais d’actualité ou musique en « flux ») il trainerait avec lui s’il devait se limiter à un seul :

-          De la musique Classique.

-          Et un livre?

-          Jules Vernes

Évidemment, ces réponses ne sont rien pour lui enlever son image de jeune premier. Je m’attendais à d’autres réponses, mais bon, je dois avouer qu’il m’est très sympathique ce Léo. Je ne m’attendais pas à Rage Against the Machine ou Nine Inch Nails , mais encore moins à une sélection l’approchant d’Edgar Fruitier.

Pour l’instant, c’est un jeune député avec un excellent contenant. Mais, on doit l’avouer, il a le potentiel de développer un excellent contenu. À suivre…

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Classé dans :  Divers, Humeur, Société

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 1

  • 22 février 2013 · 06h56 Yves Cazelais

    Petit tuyau pour LBB : sur Kindle, on peut obtenir d’Amazon.ca, en livre électronique bien sûr, un seul, l’intégrale des oeuvres de Jules Vernes, tout, tout, tout, pour quelques dollars! C’est monstrueux comme ouvrage! Il pourra se régaler à très petit prix!

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    Professeur | Chroniqueur | Consultant | Conférencier | MBA, CPA, CA On discute d'économie, de finances personnelles, de littératie financière et de politique dans un climat de répartie.

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